Défense des intérêts en action : faire le lien entre la recherche et l’élaboration des politiques

Webinaire
24 janvier 2024

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Description

Nous sommes tou.te.s gagnant.e.s lorsque les chercheur.euse.s ont les moyens de faire entendre leur voix et de défendre efficacement leurs intérêts.

Aujourd'hui, les politiques publiques ont plus que jamais besoin des chercheur.euse.s. Face à des défis de plus en plus complexes liés au changement climatique, à la sécurité alimentaire, à l'aggravation des inégalités sociales et bien plus encore, il est urgent de renforcer les liens entre la recherche, les politiques et la société. Il est temps que les scientifiques et les chercheur.euse.s jouent un rôle plus important dans l'élaboration des politiques publiques et veillent à ce que les décideur.euse.s aient accès aux meilleures données disponibles.  

Comment les chercheur.euse.s en sciences sociales peuvent jouer un rôle plus important dans l'élaboration des politiques? Le 28 février 2024, Evidence for Democracy (E4D) et la Fédération des sciences humaines (FSH) réunissent un panel d'expert.e.s pour discuter de ce à quoi ressemble la défense de la science dans le paysage politique actuel. Participez à ce webinaire d'une heure et découvrez le nouveau guide Faire entendre la voix de la science d'E4D, ainsi que la manière dont le Guide peut vous aider à avoir un impact politique grâce à votre recherche.  

L'événement a eu lieu via Zoom le 28 février 2024 de 13h00 à 14h00 HE en anglais, avec interprétation simultanée en français. Il y a également eu un sous-titrage en direct en anglais et en français. 

Rencontrez les conférencier.ère.s

Photo de Karine Coen-Sanchez

Karine Coen-Sanchez

Université d'Ottawa

Photo de Kaitlin Schwan

Kaitlin Schwan

Université de Toronto

Photo de Paul Dufour

Paul Dufour

Université d'Ottawa

Headshot of Dr. Chelsea Gabel and Dr. Nicole Goodman

Chelsea Gabel & Nicole Goodman

Université McMaster & Université Brock

 

[00:00:03:11] Hannah Paveck : Bienvenue à toutes et à tous, et je vous remercie pour votre participation au webinaire d'aujourd'hui: Défense des intérêts en action : faire le lien entre la recherche et l’élaboration des politiques Je m’appelle Hannah Paveck, je suis la gestionnaire des politiques et recherches à la Fédération des sciences humaines.

[00:00:18:14] Aujourd’hui je suis à Ottawa, qui - comme les bureaux de la Fédération - se trouve sur un territoire non cédé de la nation algonquine Anishinaabe. Je suis reconnaissante de vivre et travailler sur cette terre et d’honorer les Premières Nations, les Inuits et les Métis pour leurs précieuses contributions passées et présentes. Ce webinaire est présenté conjointement par Evidence for Democracy et la Fédération, et nous sommes ravi.e.s de collaborer avec E4D pour explorer le rôle que les chercheur.euse.s en sciences humaines peuvent jouer dans la création d’un changement de politique.

[00:00:54:05] Ce webinaire a été organisé à la suite du lancement du récent guide Faire entendre la voix de la science d’E4D. qui est une ressource incroyable pour les chercheur.euse.s qui cherchent à s'engager efficacement dans le processus d'élaboration des politiques. Nous sommes très heureux.euses pour aborder cette conversation aujourd'hui avec notre billant groupe de conférencier.ère.s. qui partageront leurs idées sur la façon dont les sciences humaines peuvent influencer les politiques publiques au Canada.

[00:01:19:24] Avant de commencer, quelques points logistiques, que j’enverrai bientôt dans le chat. Aujourd'hui, nous proposons une interprétation simultanée de l'anglais vers le français ainsi que le sous-titrage dans les deux langues, et ces options se trouvent au bas de votre écran. Cette conversation sera enregistrée et il y aura une séance de Q&R à la fin du webinaire et vous pouvez soumettre vos questions à tout moment en les inscrivant dans la zone de Q&R. Sans plus attendre, j’ai le plaisir de vous présenter notre hôtesse et modératrice pour la conversation d’aujourd’hui, Sarah Laframboise est la directrice exécutive d'Evidence for Democracy.

[00:02:00:04] Sarah est une spécialiste en communication scientifique, politiques et défense des intérêts. Tout en achevant son doctorat en biochimie à l'Université d'Ottawa, Sarah a fondé le Réseau de Politique Scientifique d’Ottawa. Et au cours des deux dernières années, elle a été en première ligne pour défendre les intérêts d’une augmentation des financements pour les étudiant.e.s diplômé.e.s  et les chercheur.euse.s postdoctoraux.ales au Canada, en tant que directrice exécutive de la campagne « Support Our Science. » Merci beaucoup Sarah pour cette collaboration et pour avoir organisé cette conversation avec nous. Je te passe la parole.

[00:02:33:03] Sarah Laframboise : Merci beaucoup Hannah. Un grand merci à la Fédération pour avoir organisé cet événement avec nous aujourd'hui. Je suis honnêtement ravie d’être ici en compagnie de cet incroyable panel et je suis vraiment ravie pour vous parler de notre kit de défense des intérêts qui a été publié à la fin de l'année dernière. J'aimerais également souligner que je suis ici aujourd'hui à Ottawa, où j'ai l'honneur de vivre, de travailler et de jouer sur le territoire traditionnel non cédé de la nation algonquine Anishinaabe.

[00:02:57:17] Je tiens également à souligner que, tout au long de la présentation d'aujourd'hui, et notre discussion ultérieure, j'utiliserai le mot science dans sa définition la plus large pour englober tous les domaines de la science, des sciences sociales aux sciences humaines et au-delà. Diapositive suivante.

[00:03:13:18] Plus d’informations sur Evidence for Democracy, ou E4D, comme nous aimons l’appeler. Nous sommes la principale organisation à but non lucratif et non partisane fondée sur les faits qui promeut l'utilisation transparente des données dans la prise de décision gouvernementale au Canada. Pour ce faire, nous utilisons des recherches originales, des campagnes [...] et la formation professionnelle pour responsabiliser et impliquer la communauté scientifique tout en cultivant une demande publique et politique pour une prise de décision fondée sur des données probantes.

[00:03:40:18] L’origine d’Evidence for Democracy remonte à 2013 au cours de ce que l'on appelle aujourd'hui la « guerre contre la science. » Ici, vous pouvez voir la marche de la mort des données qui a eu lieu à Ottawa dirigée par le très inquiétant personnage de la Faucheuse. Et c'était vraiment un testament à l'époque sombre que cela représentait pour la science et les données. Au cours de cette période, près de 90 % des scientifiques fédéraux n'avaient pas l'impression de pouvoir s’exprimer librement dans les médias sur leurs travaux. La science est souvent totalement exclue du processus politique, ce qui a suscité cette réaction de la part de la communauté scientifique et de la recherche de se mobiliser réellement et d'occuper le devant de la scène dans le débat politique.

[00:04:21:03] Depuis, E4D travaille pour s’assurer que les scientifiques soient respecté.e.s par le gouvernement et qu'ils/elles jouent un rôle dans les décisions politiques. À la suite des élections de 2015, le gouvernement Trudeau est arrivé et nous avons remporté des victoires très importantes pour la science. Nous avons assisté à l'élection d'un conseiller scientifique en chef, nous avons vu la nomination d'un ministre de la Science et d'un ministre de l’ISED. Nous avons vu la politique d'intégrité scientifique, qui garantit non seulement la liberté d'expression, mais aussi une culture d'ouverture, et l'intégrité dans la conduite de la recherche et la communication des données au sein des ministères et des agences.

[00:04:55:01] Chez E4D, nous avons continué à parler au nom de la communauté scientifique canadienne. Pour ce faire, nous nous appuyons sur l'analyse du Comité permanent de la science et de la recherche. Nous avons suivi une série d'engagements financiers différents, comme la Revue fondamentale des sciences, et nous menons également différentes campagnes de sensibilisation comme c'est le cas avec notre campagne « Votez la science » en période électorale. Nous essayons vraiment de faire en sorte que la science fasse partie intégrante des programmes électoraux. Parallèlement, nous continuons à développer des programmes de formation et des ressources pour doter les scientifiques des compétences nécessaires pour s'engager dans la politique. Diapositive suivante.

[00:05:32:09] Pour informer une grande partie de cette recherche sur la défense des intérêts, on entreprend plusieurs projets de recherche qui constituent en quelque sorte la base de la défense des intérêts. Par exemple, vous pouvez voir ici, en haut, la recherche « Evidence in action » qui se penche sur les défis spécifiques auxquels sont confrontés les parlementaires canadien.ne.s lorsqu'ils cherchent à comprendre et à recueillir des données scientifiques. Notre série « Eyes on Evidence » étudie la transparence des données en politique par l'analyse des politiques de qualité fédérales et provinciales mises à la disposition du public. Nous sommes allés plus loin et avons réalisé des sondages auprès du public pour examiner les valeurs et les points de vue du public sur ce que sont les données et comment elles peuvent être utilisées dans le processus d'élaboration des politiques.

[00:06:11:00] Tous ces rapports sont donc disponibles sur notre site web et je ne les présenterai pas aujourd'hui, mais j'ai voulu les mettre en évidence parce qu'ils ont vraiment informé une grande partie de notre travail de création du kit d’outils de défense des intérêts. Dans sa totalité, la recherche que nous avons effectuée à E4D nous montre vraiment que les Canadien.ne.s n'apprécient pas seulement les données en tant que contribution aux décisions politiques, mais ils veulent aussi plus de transparence autour de ces données. Et lorsque nous le faisons correctement, nous pensons que tout le monde en profite quand les gouvernements prennent des décisions politiques fondées sur les meilleures données disponibles.

[00:06:41:17] Les données probantes peuvent aider les décideurs politiques à comprendre ce qui fonctionne, où cela fonctionne, pourquoi, et pour qui. Et ça peut réellement distinguer les limites entre la réalité et le cadrage politique. Tout cela nous amène à notre boîte à outils de défense des intérêts, à laquelle vous pouvez accéder directement grâce au code QR ici, ou vous pouvez la trouver dans notre site web. Le guide Faire entendre la voix de la science a été lancée par le sénateur Stan Kutcher et le Dr. Rémi Quirion, qui ont tous deux été d'incroyables alliés à cette communauté au cours de ces dernières années. Ils ont tous deux réalisé qu'il y avait un manque d'outils et de ressources pour former les scientifiques à mieux s'impliquer dans le processus d'élaboration des politiques. Diapositive suivante.

[00:07:20:01] Nous parlons donc de défense des intérêts, il est très important que nous réfléchissions aux raisons, pourquoi les scientifiques devraient-ils/elles défendre la science en premier lieu? En bref, les raisons sont multiples. Notre recherche nous a réellement montré qu'il y a un très grand intérêt de la part du public pour les données. Plus de la moitié des Canadien.ne.s estiment que le gouvernement n'accorde pas assez d'attention aux preuves scientifiques et à l'opinion publique, ce qui constitue une opportunité. De plus, il est impossible de dissocier la science des solutions de nombreux grands défis auxquels nous sommes confrontés en tant que nation, tant aujourd'hui que demain. Tout ce qui touche au changement climatique, à la sécurité [...], à l'aggravation des inégalités sociales, les futures pandémies et bien d'autres choses encore exigent la science comme solution à tous ces grands défis.

[00:08:06:21] Le paysage illustre également les réalités de notre dilemme particulier nous interpelle en nous permettant de faire preuve de prévoyance dans différents scénarios ou dans l’inaction. C'est ainsi que l'on peut se rendre compte de la réalité d'une situation, et d’aider à la saisir. Diapositive suivante. Au fond, la défense des intérêts nécessite l'établissement de relations. Il s'agit d'une voie à double sens. Nous avons déjà fait allusion au fossé qui sépare les décideur.euse.s politiques des scientifiques, et il leur est donc très difficile d'établir des liens sur des questions différentes. Par exemple, du côté des décideur.euse.s politiques, nous savons qu'ils/elles cherchent vraiment des informations fiables et réellement pertinentes dont ils/elles ont besoin en temps réel.

[00:08:46:19] En particulier, ils/elles sont souvent confronté.e.s à des difficultés d'accès aux expert.e.s, et donc, en particulier, sur le fait qu'ils/elles ont des inquiétudes sur les préjugés et la surcharge d'informations. Et il leur est pratiquement impossible de savoir ce qui est exact et ce qui ne l'est pas. Avec une variété de différents types de choses qui s'y retrouvent. D'autre part, nous avons des scientifiques qui cherchent vraiment un public pour pouvoir transmettre leurs données. Ça permet aux chercheur.euse.s d'avoir un impact et d'étendre leurs recherches en dehors des contraintes du monde académique, cet accès aux décideur.euse.s politiques, [...] n'est pas facile et cela demande du temps supplémentaire et des ressources, ce qui est souvent difficile à trouver pour les chercheur.euse.s.

[00:09:32:08] Il existe également des différences dans le langage utilisé par les scientifiques beaucoup de jargon qui n'est pas accessible aux décideur.euse.s politiques ou au public, et nous avons tendance à un peu trop compliquer les choses. Comme je l'ai dit, les décideur.euse.s politiques ont vraiment besoin de comprendre ces hypothèses de base et ces éléments d'impact pour savoir ce que cela va signifier pour leur communauté, où nos scientifiques aiment parler en détail et comportent souvent ces grandes sections de résultats sur la façon dont tout cela apportera un certain changement. D'une certaine manière, cela crée un fossé entre ces deux groupes. La défense d’intérêt dans l'établissement de relations est donc décrite dans notre boîte à outils sur la façon dont vous pouvez créer ces relations. Diapositive suivante.

[00:10:15:16] [...] a tendance à tomber dans cette idée qui provient en réalité d'un modèle de communication dépassé, nous croyons que si vous transmettez un élément d'information, les gens nous croiront et cela changera leur comportement. Ce n'est pas du tout le cas. Dans le cadre de l'élaboration des politiques, nous devons nous rendre compte que les données scientifiques n'aboutiront pas toujours à un résultat politique correspondant. Les recommandations scientifiques ne sont que ça, des conseils à prendre ou à ignorer. Et ce, parce qu'en réalité, le processus d'élaboration des politiques est vraiment compliqué et nuancé. Les données scientifiques ne sont qu'un type de données parmi d’autres. De même, nous disposons de données sociales, économiques et juridiques, et c'est à ces élu.e.s qu'il incombe de rassembler, de synthétiser et donner un sens à des informations en constante évolution provenant de nombreuses sources différentes.

[00:11:04:05] La situation se complique encore lorsque l'on sait qu'il y a plusieurs décideur.euse.s qui travaillent en même temps et de recevoir de multiples formes d'informations sur leurs bureaux. Diapositive suivante. Au fond, il n'existe pas d'approche unique en matière de défense des intérêts, et je suis sûre que nos conférencier.ère.s vous le diront aujourd'hui lorsque vous entrez dans le domaine de la défense des intérêts, il est important d'être patient.e, cohérent.e et créatif.ve. J'aime montrer cet exemple de l'une de nos abonné.e.s à E4D Amanda Veri qui a écrit le nom de son député sur [...], et elle l’a posté sur Twitter et a pu ainsi obtenir un rendez-vous avec Stephen Lecce en faisant ça. Tout cela pour dire qu'il faut sortir de sa zone de confort, vous savez, être engagé.e dans les réseaux sociaux, être ouvert.e aux opportunités.

[00:11:55:20] Et il y a toujours différentes façons de s'engager dans une conversation politique. Tout ce dont j'ai parlé aujourd'hui est donc couvert par notre boîte à outils, au cas où vous vous demandez ce que vous pourriez obtenir d'autre, il s'agit en fait de compétences tangibles. Dans la boîte à outils, nous espérions donc couvrir certains mécanismes du gouvernement, le fonctionnement du gouvernement, la préparation d'un projet de budget, comment rencontrer les élu.e.s, comment participer au travail en commission, rédiger une note d'information, et comment rédiger un message. À quoi ça ressemble? Comment pouvez-vous utiliser la narration pour transmettre votre recherche? Jetez-y donc un coup d'œil. Il s'agit du code QR de la boîte à outils. Je pense qu'il existe de nombreuses ressources extraordinaires, et qu'il y a beaucoup plus à savoir sur la défense des intérêts que ce que j'ai pu présenter. Diapositive suivante.

[00:12:41:24] Si vous souhaitez en savoir plus sur E4D, vous pouvez vous inscrire à notre lettre d'information pour rester informé.e des activités. Mais surtout, [...] qui pourraient vous intéresser. Hier, nous avons lancé le concours "Evidence Advocate", où vous pouvez vous nommer ou nommer d'autres personnes pour mettre en valeur les efforts de la défense des intérêts à l'intersection de la société et de la politique. Comme je l'ai mentionné, nous organisons également divers programmes de formation et notre programme “Science to Policy Accelerator” sera ouvert aux soumissions la semaine prochaine. Il s'agit d'un programme de formation de cinq semaines destiné aux jeunes diplômé.e.s, qui leur permettra d'en savoir plus sur la politique scientifique. Il s'appuie sur un grand nombre d'outils décrits dans notre boîte à outils pour la défense des intérêts. J'ai donc l'impression que c'était un bon départ pour la défense des intérêts. J'ai le grand plaisir de vous présenter notre panel d’aujourd'hui mettant en lumière les expériences des chercheur.euse.s en défense des intérêts.

[00:13:35:02] Et je pense que lorsque nous réfléchissons à la boîte à outils de défense des intérêts, j'espère vraiment que la conversation d'aujourd'hui sera l'occasion de raconter quelques histoires, quelques exemples d'actions de défense des intérêts dans la vie réelle. Aujourd’hui, nous sommes rejoint.e.s par un groupe extraordinaire de défenseur.euse.s des intérêts. Je commencerai par présenter brièvement chacun.e d'entre eux/elles, puis nous passerons aux questions [...] que je poserai, qui permettra aux conférencier.ère.s de se présenter et décrire leur parcours dans le domaine de la défense des intérêts. Vers 13h45, nous passerons aux questions du public, préparez donc certaines de vos questions dans la fonction Q&R sur Zoom. Si nous avons beaucoup de questions, je passerai un peu plus tôt à ces questions également. N'hésitez donc pas à les inclure dans le Q&R au fur et à mesure qu'elles sont abordées au cours de la session.

[00:14:13:22] J’invite les conférencier.ère.s à activer leurs caméras, et je commencerai par présenter brièvement tout le monde. Pour commencer, nous avons Karine Coen-Sanchez, elle est candidate au doctorat en sociologie à la Faculté des sciences sociales à l’Université d’Ottawa et coprésidente du comité du Conseil de recherches en sciences humaines sur la lutte contre le racisme anti-Noir.e. Par la suite nous avons Paul Dufour, il est directeur de Paulicy Works et chercheur principal à l'Institut pour la science, la société et la politique de l'Université d'Ottawa. Nous avons aussi la Professeure Kaitlin Schwan. Elle est professeure agrégée de médecine familiale à l'Université de Californie du Sud et nouvelle directrice du California Street Medicine Collaborative.  Et ensemble nous avons la Professeure Nicole Goodman, Chaire d’excellence en recherche du chancelier et professeure agrégée de sciences politiques à l'université Brock, accompagnée par la Professeure Chelsea Gabel, Chaire de recherche du Canada sur le bien-être l'engagement communautaire et l'innovation chez les Autochtones et professeure agrégée au département de la santé, du vieillissement et de la société et au département des études Autochtones de l'université McMaster. Mais ensemble, les Professeures Gabel et Goodman dirigent le projet de démocratie numérique des Premières nations.

[00:15:29:10] Je vous remercie donc tou.te.s d'être présent.e.s. Je suis impatiente d'entamer la discussion. Pour commencer, je ferai appel à Karine. Karine, vous êtes vraiment une voix puissante pour les chercheur.euse.s de la génération future et j'ai eu le plaisir de travailler avec vous au cours des dernières années. Votre travail considérable dans la lutte contre le racisme anti-Noir.e et la promotion de l’équité, la diversité, l’inclusion dans le domaine de la recherche et au-delà sont vraiment incroyable. Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours dans le domaine de la défense des intérêts et peut-être quelques motivations clés qui vous poussent à militer dans ces domaines?

[00:16:03:22] Karine Coen-Sanchez : Tout d'abord, je tiens à vous remercier de m'avoir invitée. Et avant de répondre à la question, je voudrais partager un poème. Parce que j'ai l'impression que ce poème brise non pas la glace, mais il permet aux gens d'accéder à un niveau de conscience différent. Et je pense que c'est la notion que nous essayons de défendre ici en tant que défense des intérêts. La défense des intérêts n’est pas quelque chose qui vient naturellement parce que nous avons été programmé.e.s à suivre au lieu de diriger. Je vais donc commencer le poème, qui s'intitule "Ce que je vois est différent de ce que vous voyez."

[00:16:36:19] [ndlr : ce qui suit est une traduction du poème]  Ce que je vois est différent de ce que vous voyez.

Je vois des rois et des reines, vous voyez des animaux.

Je vois un empire, vous voyez un village.

Je vois une culture, vous voyez un déguisement.

Je vois de belles et longues tresses, mais vous voyez des cheveux sales.

C'est la différence entre vous et moi, nous ne voyons pas la même chose.

La seule chose que nous pouvons tous deux voir, c'est le manque de respect.

Mais si vous ouvrez les yeux et que vous les entrouvrez suffisamment, vous pourrez voir leur beauté et ce que vous ne voyiez pas auparavant.

[00:17:15:06] Ce texte a été écrit par une petite fille Noire de neuf ans à l'occasion du Mois de l'histoire des Noir.e.s, et j'ai la permission de l'utiliser, c'est ma fille. Mais le plus important, c'est que nous ne voyons pas les choses de la même manière. Et ce n'est pas grave. Je pense que c'est la notion de défense des intérêts, nous ne sommes pas censé.e.s voir la même chose, nous ne sommes pas censé.e.s être tou.te.s d'accord, nous sommes censé.e.s être capables de respecter les différences.

[00:17:33:14] Ainsi, lorsque nous parlons de changements, d'inclusion et de diversité, nous devons faire la distinction entre la diversité et l'inclusion. Donc, pour répondre à votre question initiale, ce qui m’a inspiré entant que Canadienne Noire, je suis née et j’ai grandi ici, mais je n’ai jamais eu l’impression d’être à ma place. Et ce n'est pas nécessairement parce qu'ils peuvent dire, eh bien, Vous savez, il n'y a pas beaucoup, il y a 2 ou 2,5 % de Noir.e.s. Oui, ce n'est pas la question. Le fait est que l'appartenance est un processus à plusieurs niveaux, et c’est devenu de plus en plus dominant dans mes méthodes d'apprentissage au fur et à mesure que je montais l’échelle. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre. Personne ne parle donc la même langue que moi. Et quand je parle de langue, je ne parle pas de l'anglais. Nous parlons tou.te.s les deux anglais, mais nous ne nous comprenons pas parce que nous ne parlons pas la même langue. Je dis cela comme une forme de métaphore.

[00:18:25:02] Je voulais faire des recherches sur un certain sujet, personne n'a été en mesure de me fournir l'assistance ou le guide dont j'avais besoin, personne ne comprenait le langage que j'utilisais, qu'il s'agisse d'afrocentrisme ou de narration. Comme vous l'avez mentionné précédemment, ces méthodes ne sont pas reconnues comme étant basées sur le mérite, leur valeur n'est donc pas reconnue dans les universités. Cela soulève donc la question de savoir qui décide de cela. Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'entrer dans toute la structure de ce système. Je pense que tout le monde ici est assez familier avec ce genre de choses. Mais cela m'a amené à me demander pourquoi mon premier article, “Racisme poli,” m'a permis de comprendre quelle est ma position dans ce pays dans lequel je suis? Pourquoi suis-je à ma place? Et pourquoi je me sens invisible dans des espaces où je suis censée être visible? Comment cela se manifeste dans mon apprentissage cognitif temporel et spatial? Est-ce que cet apprentissage est une forme [...] d’apprentissage?

[00:19:21:07] Parce qu'on m'a empêché d'étudier des choses qui ressemblent à la vérité, qui parle de l’histoire sous une forme véridique. J'ai été positionnée comme une esclave chaque fois qu'ils abordent, par exemple, le Mois de l'histoire des Noir.e.s. Alors que je sais que c'est plus important que cela, il y a d'autres éléments à prendre en compte. C'est donc ce qui m'a poussé à “faire tomber les barrières” et en faisant tomber les barrières, nous devons créer de l'espace. Créer un espace, ce n'est pas seulement faire venir des gens qui ont une apparence différente de la vôtre. Nous devons respecter les connaissances et les souhaits que nous introduisons dans l'espace. Nous devons également accepter cette connaissance afin d'avoir un dialogue authentique et une inclusion authentique.

[00:20:07:06] Cela signifie que je t'accepte comme l'être que tu es. Je ne vais pas changer votre façon de penser ou votre récit ni la façon dont vous devez parler, ni le ton que vous utilisiez, ni la langue. Ce n'est plus de l'inclusivité. C'est moi qui vous amène dans un espace et qui surveille ensuite votre comportement et votre ton pour qu'il corresponde à ma perception de ce à quoi je pense que vous devriez ressembler. Il s'agit donc d'un travail très approfondi et, en même temps, il est très enrichissant de pouvoir devenir des observateur.rice.s du système. Cela signifie que nous devons nous dissocier et comprendre pourquoi je fais ce que je fais. Je me pose toujours ces questions : sur quoi se basent mes réflexes?

[00:21:00:20] Vous devez procéder à un processus d'autoréflexion. Pourquoi je fais ça? Il y a une raison, mais nous n'en sommes peut-être pas conscient.e.s. Ainsi, une fois que nous aurons commencé à explorer ces aspects de qui nous sommes et de ce que nous faisons, et de ce que tout cela implique, soit dit en passant, parce que le succès individuel n'existe pas, c'est un succès collectif. Il n'y a pas de séparatisme. J’espère que je ne parle pas trop vite. Il n'y a pas de séparatisme au sein de notre unité collective. Ainsi, pour adopter la collectivité et le changement, nous devons travailler en équipe. Je ne sais pas combien de temps on a, donc. C'est à peu près tout pour l'instant et je pense que je -  

[00:21:40:22] Sarah Laframboise : C'était incroyable alors. Oui. Merci beaucoup. Je suis très impatiente d'approfondir un grand nombre se vos propos et de vos questions. Je pense que ce sera excellent. Merci. Paul, vous êtes le suivant. Vous avez beaucoup d'expérience dans le domaine de la politique scientifique et vous avez occupé des fonctions très diverses. Et, vous savez, ces contributions à la prochaine génération ont également été extrêmement louables. Je vous remercie donc pour tous vos efforts. Je me demandais si vous pouviez nous parler un peu de votre parcours dans le domaine de la politique scientifique. Qu'est-ce qui motive votre passion pour l'avancement des sciences et des technologies, tant au niveau national que mondial? Vous avez également été de plusieurs côtés de l'équation.

[00:22:25:02] Paul Dufour : Merci beaucoup Sarah et merci encore à la Fédération pour m’avoir invité avec ce panel distingué. Je vais faire la plupart de mes remarques en anglais. Mais vous savez, je suis heureux de répondre à toute question en français, certainement. Je suis un peu un passionné de politique scientifique. J'ai passé une bonne partie de ma carrière à travailler dans le domaine de la science et de la politique publique, et j'ai eu le privilège de travailler avec un grand nombre d'organisations et de personnes très intéressantes. J'ai appris et j'apprends encore, même si je vous parais très âgé, je suis encore en train d'apprendre. Et je veux donner en retour.

[00:23:18:12] Ma défense des intérêts dernièrement est de travailler avec la prochaine génération, la relève. C'est pourquoi j'ai essayé très activement de de travailler avec les différents mouvements qui se développent de jeunes dans le domaine des sciences et des politiques publiques à travers le pays, bien sûr, y compris le réseau de politique scientifique d'Ottawa auquel Sarah a fait référence, mais aussi l'échange de politiques scientifiques à Montréal et la nouvelle deuxième cohorte du Conseil de la jeunesse qui assiste notre conseillère scientifique en chef, Mona Nemer, que nous avons rencontrée hier. Et il s'agit de personnes dynamiques et passionnées qui veulent faire la différence, qui veulent changer le paysage et modifier le dialogue et la conversation avec beaucoup de respect comme vient de le mentionner Karine, qui est un outil indispensable.

[00:24:26:13] Donc, pour ceux d'entre vous qui ne se sont pas encore penché.e.s sur le guide que Sarah vient d'évoquer aux lignes directrices essentielles, il s'agit vraiment d'un document bien fait, et il vaut la peine de le lire en détail, et c'est une voie à double sens. Crier ou hurler sur les gens ne fonctionne pas toujours. C'est d'ailleurs parfois le cas. Et l’évènement d’Evidence For Democracy , vous savez, la Marche de la mort qui a eu lieu sur la Colline que Sarah a mentionné il y a 14 ou 12 ans maintenant a eu un moment crucial très puissant. N'est-ce pas? Parce qu'il a alerté sur la science et la recherche. Et quand je dis science, je veux dire les savoirs et le large contexte qui comprend, bien entendu, les connaissances, les savoirs autochtones, les sciences sociales, les sciences humaines, etc.

[00:25:27:23] Cette marche a été un formidable signal d'alarme pour l'ensemble de la communauté des chercheur.euse.s de ce pays. Je salue les personnes qui s’y sont engagée et qui l'ont menée avec beaucoup de passion. Et Sarah, vous savez, je vous félicite d'entretenir cette passion que vous avez, mais il faut aussi de la patience, parce que, vous savez, la patience est la passion de tous les grands cœurs, je le dis. Et il faut persévérer, parce que je m'occupe de cette question depuis plusieurs années. J'ai fait l'expérience de la fermeture d'organisations qui fournissent des conseils en matière de science et de politique publique, et ce n'est pas amusant lorsque cela se produit. C'est arrivé sous l'administration Harper, avec lequel je travaillais à l'époque en tant que conseiller scientifique, et le bureau a été fermé et il faisait partie d’une série de problèmes à l'époque où l'administration était impliquée dans [...] de ses scientifiques et, vous savez, le mouvement E4D a réagi à cela, comme l'ont fait d'ailleurs les médias. À l'époque, les médias disaient qu'il ne s'agissait que d'une bande de geeks sur la Colline, mais c'est bien plus que cela.

[00:26:51:12] C'est, vous savez, des personnes qui veulent faire la différence et changer le dialogue un peu. Et donc, pour ceux d'entre vous qui seraient intéressé.e.s, J'ai écrit un chapitre d'un livre Kathryn O'Hara, une journaliste scientifique, que nous avons appelé “How Accurate is the Harper Government Misinformation?” Il y était question de la façon dont ils essayaient de changer l'utilisation ou l'absence de données dans leur prise de décision. Et cela a changé tout le dialogue à l'intérieur du pays et a entraîné toute une série de mouvements qui, je pense, a déclenché bien d'autres choses. Et maintenant, Sarah a mentionné, vous savez, nous avons un gouvernement qui s'intéresse clairement aux données. Chaque ministre dispose d'une lettre de mandat qui stipule que je dois valoriser et respecter l'utilisation de la science et des données dans mon, vous savez, mandat.

[00:27:55:05] Nous disposons également d'un conseiller scientifique, comme l'a indiqué Sarah, etc. Mais il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers dans ce métier. De drôles de choses se produisent en cours de route et des choses peuvent se perdre en cours de route, n'est-ce pas? Il est donc très important de continuer à raconter des histoires et des histoires qui ont du sens, des histoires qui ont un impact à nos élu.e.s, oui, mais n'oubliez pas que les élu.e.s sont soutenu.e.s par toute une série de sympathisant.e.s, etc. Et il est toujours important de communiquer ce que vous essayez de faire passer, pas seulement aux ministres, pas seulement à leurs adjoint.e.s, pas seulement aux élu.e.s, mais aussi les personnes qui travaillent avec eux parce qu'ils/elles font la différence en cours de route ils/elles peuvent être très influent.e.s. C'est donc une leçon très importante que j'ai apprise.

[00:28:56:10] Sarah Laframboise : Je vais peut-être vous interrompre, Paul. Je veux juste m'assurer que nous avons le temps de poser des questions, mais Je pense que c'est une excellente réflexion. Encore une fois, comme je l'ai dit, je pense que nous en couvrirons une grande partie lors des questions. Nous passons maintenant à Kaitlin, et Kaitlin, je suis impatiente d'en savoir plus sur votre travail à l'intersection du sans-abrisme, de la prévention et des droits humains, la médecine de rue et les interventions sur le terrain. Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours, les éléments qui motivent votre engagement dans ce travail de défense des intérêts? Et, vous savez, aborder ces défis uniques pour les communautés marginalisées, en particulier les femmes, et aborder l’accès aux logements et aux soins de santé adéquats.

[00:29:34:14] Kaitlin Schwan : Bien sûr. Merci beaucoup Sarah. C'est merveilleux d'être ici avec vous tou.te.s. Je tiens à dire que je suis une colone non invitée qui appelle depuis le territoire traditionnel et non cédé de Mississauga de la Première Nation Credit. Et je vais vous parler un peu de moi, parce que je veux me plonger dans les questions avec vous tou.te.s. Je travaille depuis 15 ans sur les questions de logement et de sans-abrisme au Canada. Ce qui anime vraiment mon travail c'est l'engagement en faveur du logement en tant que droit humain et je crois savoir que nous sommes l'une des nations les plus riches du monde et que nous avons toutes les chances de le faire pour tou.te.s. J'ai obtenu un doctorat en travail social et j'ai effectué des travaux de traduction de politiques et de recherches dans des universités et des centres de recherche. Et j'ai eu la chance de travailler aux Nations Unies pendant plusieurs années sur le droit au logement.

[00:30:45:12] J'évoquerai brièvement ce qui a peut-être été le plus important et le plus déterminant dans mon travail, ça a été de diriger le réseau national des femmes sur le logement et le sans-abrisme au cours des dernières années. Il s'agit d'un réseau qui s'efforce de mettre fin au sans-abrisme pour les femmes et les personnes de sexe différent dans tout le pays. Et ce que nous avons découvert en examinant la politique du logement, est qu'il y a eu d'énormes lacunes dans la compréhension de la crise du logement comme une crise sexospécifique, une crise intersectionnelle sexospécifique. Ce réseau s'est donc constitué pour construire un ensemble de données dirigé par des personnes ayant vécu des expériences d'absence de chez-soi dans tout le pays, et a ensuite transformé ce travail en un défi pour les droits humains. Je vais mettre dans le chat un lien vers nos recherches et nos revendications en matière de droits humains pour les personnes intéressées. L'objectif de notre travail est vraiment d'essayer d'élaborer une base de données, l'analyse politique, puis l'analyse des droits humains qui nous permettraient d'aller de l'avant en termes de changement de politique en s'appuyant sur les engagements du Canada en matière de droits humains. Je m'arrêterai donc là, mais je vous remercie, c'est un plaisir d'être ici.

[00:32:11:08] Sarah Laframboise : Quel bel exemple d'impact fondé sur des données. Je trouve ça formidable. Nous avons conjointement Chelsea et Nicole, qui, ensemble, ont une très grande expérience dans le bien-être des Autochtones, la démocratie numérique et l'impact de la technologie sur la participation civique. Je vais donc vous donner à toutes les deux l'occasion d'en dire un peu plus sur vos parcours respectifs et comment cette collaboration s'est concrétisée, vous savez, les engagements ont réellement contribué à relever les défis uniques auxquels sont confrontés les communautés autochtones pour faire progresser la culture numérique et l'inclusion. Je suis donc impatiente d'en savoir plus.

[00:32:49:03] Chelsea Gabel : Génial. Je vais peut-être commencer. Nicole et moi nous sommes rencontrées hier rapidement et nous avons tout planifié. Merci beaucoup Sarah, c'est vraiment un plaisir d'être ici. Donc un bref aperçu de mon parcours. Je suis une Métis de Red River, je viens de Rivers, au Manitoba, et je suis une citoyenne de la Fédération des Métis du Manitoba. Comme Sarah l'a souligné précédemment, je suis actuellement professeure agrégée dans le département Santé, vieillissement et société et j’ai une nomination croisée avec le département d'études autochtones de McMaster. Nous avons été un programme pendant plus de 30 ans nous sommes devenu.e.s officiellement un département il y a deux ans, avec plus de 12 professeur.e.s Autochtones, ce qui est vraiment génial.

[00:33:25:14] J'ai également été titulaire d'une Chaire de recherche du Canada sur le bien-être des populations autochtones, l’engagement communautaire et l’innovation. J'ai été la première directrice du McMaster Indigenous Research Institute, et ma collègue, la Professeure Savage Bear, est maintenant notre première directrice à temps plein. C'est donc une chance inouïe de l'avoir. J'ai siégé pendant six ans au comité permanent d'éthique des Instituts de recherche dont deux ans en tant que première vice-présidente autochtone de ce comité. Je travaille dans le domaine de la politique de santé autochtone depuis plus de 20 ans.

[00:33:58:08] J'ai travaillé à Ottawa au sein d'une organisation nationale autochtone ainsi qu'à Santé Canada  et en tant qu'étudiante diplômée au début des années 2000, et c'est tellement bizarre à dire, au début des années 2000, j'ai fait partie du réseau Environnements pour la recherche en santé autochtone, qui fait partie des IRSC, et que l'objectif de ce programme était d'établir un réseau national de centres axés sur le renforcement des capacités, a recherche et l'application des connaissances. Ça a créé des environnements de recherche incroyablement favorables à la recherche en santé autochtone menée par les communautés autochtones du Canada et ancrée dans celles-ci. Et je pourrais continuer à parler du réseau, Je dis toujours que cela a vraiment changé ma vie. C'est là que j'ai été formée aux méthodes et méthodologies de recherche autochtones et aux approches artistiques.

[00:34:47:18] Je suis une universitaire engagée dans les arts et j'incorpore donc des éléments tels que la voix photographique, body mapping [...] film, narration numérique. Je codirige à présent le Centre national de coordination, qui joue en quelque sorte le rôle de secrétariat qui coordonne les neuf réseaux NEIHR à travers le pays. Je dirige également le réseau de mentorat autochtone de l'Ontario, qui est également financé par l’IRSC, s'est vraiment engagée à développer et à soutenir la recherche communautaire sur la santé et le bien-être des Autochtones ainsi que les possibilités de recherche et de formation pour les stagiaires Autochtones et avoir un partenariat avec Story Center et Story Center Canada. Je mettrai quelques-uns de ces liens dans le chat, mais nous travaillons avec des organisations et des communautés pour créer des programmes basés sur des histoires, principalement en soutenant les communautés et les organisations dans la création de ces histoires numériques. Il s'agit donc de vidéos courtes de 3 à 5 minutes et de récits, dont j'espère parler dans l'une des questions de suivi. Vous savez, la narration et la narration numérique sont des données. Il peut s'agir de données vraiment puissantes qui inspirent à la fois, je pense, la connexion et l'action.

[00:35:53:09] Je vais donc passer la parole à Nicole pour qu'elle nous parle plus précisément de nos expériences et le travail que nous avons réalisé dans le cadre du projet de démocratie numérique des Premières Nations sur lequel nous avons travaillé depuis plus de dix ans et avec lequel nous avons collaboré très étroitement avec le gouvernement et la communauté, toutes sortes d'avantages, vous savez, mais c'était aussi un projet très ambitieux. À toi la parole Nicole.

[00:36:15:03] Nicole Goodman : Merci. Je suis professeure agrégée de sciences politiques à l'Université Brock, où je termine la Chaire du Chancelier pour l’excellence en matière de recherche, qui s'est concentrée sur la défense des intérêts des municipalités du Canada dans le domaine des élections numériques, notamment en créant les premières normes pour les services de vote en ligne au Canada avec l’Institut des normes de gouvernance numériques. Je suis très passionnée par la défense des intérêts et j’inclus des résultats pratiques dans tous mes projets, dont beaucoup ont conduit à un changement de politique ou ont tenté de le soutenir. Une partie de mon travail avec les communautés autochtones à travers le Canada, j'ai travaillé avec Chelsea depuis 2013 sur le projet de démocratie numérique des Premières Nations, qui a été initialement financée par subvention pour le développement de partenariats de [...] et n'a cessé de prendre de l'ampleur en fonction de son impact sur les communautés et du besoin de soutien qu'il offre.

[00:37:04:11] Et l'un des principaux défis auxquels sont confrontées les Premières Nations que nous avons rencontrés dans cette recherche, était que les communautés dont la gouvernance électorale relevait de la loi sur les Indiens ou de la loi sur les élections des Premières nations, n'étaient pas en mesure de choisir des modes de vote alternatifs ou sans papier, même en temps de crise. Par exemple, au début de la pandémie de COVID, lorsque certaines Premières Nations ont été contraints d'organiser des élections en personne sur papier, tandis que d'autres élections dans tout le pays ont été annulées ou reportées. Ainsi, grâce à notre travail de collaboration avec les communautés, nous avons été en mesure de défendre les intérêts et travailler avec le gouvernement pour envisager une modification du règlement relatif au référendum, ce qui permettrait à ces Premières Nations de choisir les modes de vote les mieux adaptés à leurs communautés et à leurs circonstances particulières.

[00:37:45:03] Ce n'est qu'un exemple parmi les exemples merveilleux qui sont issus du projet. Je m'arrêterai donc là pour laisser le temps de continuer.

[00:37:52:11] Sarah Laframboise : C'est fantastique. Un grand merci à vous deux. J’invite tou.te.s les conférencier.ère.s à activer leurs caméras afin que nous puissions avoir une discussion. Je suis consciente du temps, et je vais donc encourager tout le monde à poser des questions dans la fonction Q&R, que je combinerai aux questions que j'ai à poser aux conférencier.ère.s au fur et à mesure que nous avançons. L'un des points qui me semble résonner après cette histoire est l'équilibre entre les données quantitatives et qualitatives pour décrire la question de la défense des intérêts. Cette démarche est également décrite dans notre boîte à outils de défense des intérêts, et nous parlons du rôle spécifique que la narration peut jouer dans ce type de discussions.

[00:38:31:05] Je veux dire par là que c'est aussi plus difficile lorsque vous avez des secteurs qui souvent ne se parlent pas et que vous avez les sciences naturelles ici et les sciences sociales là, et personne ne discute vraiment les uns avec les autres. Il est donc difficile d'adopter la narration lorsque nous ne disposons pas de ce type de connexions interdisciplinaires. Je vois également une question sur la narration dans le chat. Je veux dire par là, comment la narration joue un rôle dans ce domaine? Nous pouvons peut être commencer avec ce sujet. La question posée dans le chat est la suivante : les responsables politiques et autres décideur.euse.s accordent plus d'importance aux histoires, voire autant, qu'aux données économiques, et à l’impact social sur une question particulière.

[00:39:12:03] Quel type d'équilibre avez-vous trouvé? Pensez-vous que l'un fonctionne mieux que l'autre? Voyez-vous une place pour les deux? Et peut-être faites un petit signe de la main si vous voulez être le ou la premier.ère sur ce point.

[00:39:29:20] Chelsea Gabel : Je peux commencer. Je pense donc que oui, peut-être en combinaison avec l'une des questions que vous avez posées à notre groupe, Sarah, vous savez, quelle a été votre expérience pour équilibrer le rôle des données et de la narration dans vos efforts de défense des intérêts? Je pense donc que je voudrais presque clarifier ce point. Je pense que j'ai mentionné plus tôt que la narration et tout le travail artistique sont des données, n'est-ce pas? C'est une forme de données. Et ces données peuvent être très, très puissantes.

[00:40:01:09] L'été dernier, nous avons travaillé sur un projet de narration numérique à Back to Batoche, qui est un site historique Métis, et c'est maintenant un rassemblement annuel pour célébrer la culture métisse. Nous avons examiné les expériences des survivant.e.s de cancer métis.se.s, depuis le diagnostic jusqu'au traitement et à la rémission. Dans leurs récits, ils ont beaucoup parlé de leur traitement, de leur prise en charge, de leur adaptation tout au long de leur parcours. La chaîne CBC a d'ailleurs interviewé certain.e.s de nos participant.e.s lundi dernier. J'allais donc peut-être mettre le lien pour cela aussi, l’article sur l’histoire. Et les histoires qui sont partagées fournissent, je pense, des données et des informations qualitatives qui sont autrement très difficiles à accéder et à partager.

[00:40:45:09] D'après mon expérience, il arrive que de simples photos ou de courtes vidéos de 3 à 5 minutes suscitent l'émotion et l'inquiétude du public plus intensément que n'importe quel rapport statistique ou n'importe quelle publication académique. N’est-ce pas?  Ils peuvent réellement mobiliser l'empathie et l'intérêt. Et en fin de compte, vous savez, ils peuvent avoir la capacité de changer la politique, je pense, d'une manière positive. Je dirais que le contexte est très important et que j'en parle, et je vais parler sans gêne d'un livre qui va sortir, intitulé Statistiques Autochtones. Il s'agit de la deuxième édition avec mes collègues Autochtones, les professeur.e.s Chris Andersen, Maggie Walter et Tahu Kukutai. Et nous parlons vraiment, vous savez, du danger des statistiques hors contexte, en particulier dans un contexte autochtone.

[00:41:31:04] Ainsi, les histoires de cancer que nous avons effectuées à Back to Batoche ont permis, je pense, d'entamer un dialogue pour partager des histoires qui créent une communauté invitent à la guérison et permettent aux autres de savoir, vous savez, qu'ils ou elles ne sont pas seul.e.s. J'espère que cela répond en partie à la question. Les décideur.euse.s politiques adoptent-ils/elles nécessairement les histoires numériques ou les récits de leur propre chef? Non, vous savez, je pense que c'est un véritable défi de faire partie d'un travail basé sur les arts, vous savez, parce qu'ils aimeraient voir les chiffres et le travail quantitatif. Mais ces histoires fournissent, je pense, une alternative puissante et un contexte.

[00:42:14:16] Sarah Laframboise : Et ça humanise les problèmes, n'est-ce pas? Je pense que ce que vous dites est tellement puissant ça illustre vraiment le défi d'une manière visuelle et souvent, dans certains cas, d'une manière audio qui résonne davantage. Karine, j'ai vu votre main levée voulez-vous faire un commentaire à ce sujet?

[00:42:32:20] Karine Coen-Sanchez : Oui, j'ai fait quelques recherches et j'ai organisé des groupes de discussion centrés sur la narration. Je pense qu'il est possible d'intégrer les deux. Lorsque vous comprenez votre position en tant que chercheur.euse, je pense que cela revient à la [...], il ne s'agit pas seulement d'obtenir des données, mais de respecter les expériences vécues par les personnes qui participent au groupe de recherche. J'ai récemment mené une recherche financée par Mitacs avec des étudiant.e.s racialisé.e.s de troisième cycle qui a été mise en œuvre pour modifier une politique de l'Université d'Ottawa dans le cadre du programme d'études afin d'inclure si vous êtes confronté au racisme ou à des préjugés, de vous adresser au Bureau des Droits de la Personne. Cette phrase n'a jamais été incluse dans aucun de leurs programmes. Les données peuvent être utilisées pour manifester le changement si elles sont utilisées de manière respectueuse.

[00:43:27:06] Ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut respecter, comme je l’ai dit au début, les expériences vécues par les participant.e.s, il ne s'agit pas d'un gain personnel, il ne s’agit pas d’obtenir des prix, il ne s'agit pas de publier et tout le reste. Oui, c'est excellent. Mais en fin de compte, nous devons procéder à des changements sociaux. J'ai publié un certain nombre de choses. Je ne vais pas en parler, vous pouvez me chercher sur Google. Je ne me soucie pas de la publicité [...]. Ce qui m'importe, c'est d'apporter une forme de prise de conscience qui vous permet, à votre départ, de réfléchir à vos propres responsabilités en tant qu'individu. Tout cela dans le cadre de la société que nous partageons sur cette planète appelée la Terre. C'est vraiment la base de ce type de conversations, je pense. Je vais donc m'arrêter là, car je peux continuer.

[00:44:12:14] Sarah Laframboise : Merci Karine. Paul, vous voulez vous lancer?

[00:44:16:05] Paul Dufour : Oui, je voudrais juste faire écho à ce qui vient d'être dit. Et j'ajouterai très rapidement que, vous savez, si vous allez assister à une séance d'information d'un.e représentant.e élu.e, ou autre, faites toujours vos devoirs, comprenez toujours, essayez de comprendre d'où viennent les personnes auxquelles vous vous adressez. Vous savez, les valeurs et le jugement sont importants et comprendre où et comment, quelles ont été leurs expériences par rapport à ce que vous essayez de mettre en avant en termes de votre histoire, de vos données ou de votre analyse. Je veux dire que pour moi, ce sont des choses évidentes, mais parfois parce que je l'ai vu souvent, vous savez, les chercheur.euse.s disent, c'est ce que je veux faire, ça va arriver sans penser aux personnes à qui ils/elles parlent, à leurs expériences vécu.e.s, et ce à quoi ils/elles sont confronté.e.s, parce que beaucoup d'entre eux/elles sont confronté.e.s à beaucoup de choses. Quoi qu'il en soit, je m'arrête là.

[00:45:16:00] Sarah Laframboise : Merci Paul. C'est aussi un excellent contexte. Kaitlin, vous vouliez ajouter quelque chose?

[00:45:20:13] Kaitlin Schwan : Oui, je voulais juste ajouter quelque chose à ce que vous avez dit, Paul, et partager une brève anecdote. Une partie de mon travail a donc consisté à soutenir le travail sur les droits de la personne autour des personnes vivant dans des campements. Il y a quelques années, j'ai rencontré une femme qui vivait dans les bois à Cherry Beach, à Toronto, et j'ai passé une heure avec elle pour comprendre sa situation. En partant, j'ai remarqué qu'il y avait un ruban de mesure déployé devant sa tente.

[00:45:59:07] Et je lui ai demandé de partager avec moi si ce ruban de mesure avait une fonction spécifique. Et elle a dit, oui, cela fait un bruit de crépitement quand quelqu'un marche dessus. Il s'agit donc d'un outil de sécurité pour sa propre sécurité physique et son bien-être. J'ai constaté que ce genre d'anecdotes était extrêmement utile lors de conversations avec, par exemple, des responsables de la réglementation qui pourraient regarder ce ruban de mesure et dire qu'il s'agit d'un simple déchet sans vraiment voir la fonction et l'outil qu'il représente. Je pense donc, Paul, que votre remarque sur la façon dont les gens voient physiquement les objets avec lesquels ils ou elles s'engagent dans le domaine politique ou dans l'espace physique, dans les espaces urbains, peut les aider à les voir d'une manière différente? Merci.

[00:46:55:08] Sarah Laframboise : Quel fantastique exemple de perception, je pense que c'est très important. Merci de nous en avoir fait part. Nicole, vous voulez ajouter quelque chose?

[00:47:04:00] Nicole Goodman : J’allais juste intervenir. J'ai regardé l'heure et j'allais faire un commentaire qui s'inscrit dans le prolongement des autres commentaires sur la façon dont nous pouvons prendre des histoires et les traduire en recommandations politiques réalisables. Quelques exemples de discussions avec les participant.e.s, tout d'abord, pour s'assurer que les recommandations que les recommandations que nous rédigeons reflètent fidèlement leurs souhaits et leurs espoirs. Je pense que trop souvent les chercheur.euse écrivent les recommandations qu'ils/elles voient, mais il n'y a pas, vous savez, de suivi pour s'assurer que c'est bien le cas. Un exemple que Chelsea et moi avons rencontré dans le cadre de notre projet sur la démocratie numérique des Premières Nations nous avons rédigé ce rapport pour le gouvernement fédéral et, vous savez, nous pensions qu'il allait être terminé, et nous avons rencontré les communautés pour nous assurer qu'elles étaient satisfaites des recommandations et qu'elles avaient l'impression que leur voix avait été prise en compte, ce qui n'a pas été le cas.

[00:47:50:12] Nous avons donc dû tout réécrire, mais nous sommes très ravies de l'avoir fait, parce qu’en fin de compte, lorsque le rapport a finalement été publié, il était d'autant plus significatif. Et pour continuer sur cette lancée, la spécificité est très importante en termes de recommandations. Si vous allez faire une recommandation pour une augmentation du financement, qu’est-ce que cela signifie?  Vous savez, qu’est-ce que c’est? Concrètement, à quoi ça ressemble? Sous quelle forme le financement doit-il se présenter? Combien? Combien de temps? À qui? Quelles sont les exigences en matière de rapports?

[00:48:20:12] Plus la recommandation est précise, plus la défense des intérêts est efficace. Si vous ne donnez pas de précisions, le gouvernement peut dire, vous savez, nous avons donné 1 000 000 $ à X, Y, Z, ce qui ne répond pas nécessairement au problème. C'est donc une autre leçon très importante que nous avons tirée de cette expérience. Merci.

[00:48:36:16] Sarah Laframboise : Merci beaucoup. De grandes leçons ont été tirées. Et je suis également attentive au temps. J’aimerais qu’on parle de cette question pour toujours. Je pense qu’on peut continuer pendant encore une heure. Je sais que ce groupe a parlé de faire quelque chose pour donner suite à ce projet et j'ai l'impression qu'il est de plus en plus important de recueillir ces histoires et de les consigner par écrit quelque part. Aux membres de l’audience, veuillez noter qu’il y aura plus de contributions de la part de ce groupe.

[00:48:58:10] Mais vous savez, pour nous donner une idée de [...] et ensuite entrer un peu plus dans les détails des efforts de défense des intérêts que vous avez tou.te.s expérimentés, quels sont, selon vous, les solutions faciles ou les moyens par lesquels les chercheur.euse.s peuvent peut-être faire le premier pas vers la défense des intérêts? L'un des commentaires de l'auditoire, également, est comment s'engager dans la défense des intérêts face à des phénomènes tels que la désinformation et la polarisation politique? Peut-être pourriez-vous inclure dans vos réflexions les défis personnels que vous rencontrez lorsque vous vous engagez dans la défense des intérêts les structures dont nous avons besoin pour que les chercheur.euse.s puissent s'engager en toute sécurité dans la défense des intérêts et bénéficier du soutien dont ils ont besoin pour s'engager dans la défense des intérêts? Il s'agit donc d'une question un peu compliquée, mais je vais la poser pour voir si elle trouve un écho dans le panel d'aujourd'hui. Qui veut commencer? Peut-être Chelsea, nous reviendrons à vous ou à Nicole.

[00:50:00:08] Nicole Goodman : D’accord, je suppose qu’il y a en quelque sorte deux parties, en ce qui concerne les solutions faciles, Je pense, tout d'abord, l'une des choses les plus importantes est de réaliser qu'en tant que chercheur.euse.s, nous pouvons étendre l'impact de notre travail à travers la défense des intérêts et en contribuant à la littérature scientifique. Beaucoup de chercheur.euse.s ne font pas nécessairement de défense des intérêts parce que les universités ne reconnaissent pas nécessairement ces types de résultats ou ces efforts dans les processus de titularisation et de promotion, dans les évaluations annuelles. Il n'y a donc que peu d'incitation à s'engager dans ce type de travail.

[00:50:30:12] Je pense qu'il est important de réaliser que le fait de s'engager dans ce travail de défense des intérêts eut en fait bénéficier à notre recherche et à la valeur de notre recherche, comme le fait de travailler sur les deux en tandem. Quelques choses à considérer en termes de solutions faciles, un.e chercheur.euse qui n'a pas fait beaucoup de défense des intérêts pourrait envisager d'élargir son répertoire de publications pour inclure des articles d'opinion, des balados, vous savez, les solutions faciles en termes d'efforts de défense des intérêts. Elles peuvent encore avoir un impact, mais nécessitent moins d'efforts que, par exemple, les propositions législatives. Je pense qu'il faut aussi inclure les participant.e.s dans les conversations sur ce qu'ils/elles aimeraient voir. Cela peut inclure la rédaction de rapports ou de présentations pour les communautés our les groupes de participant.e.s. Je pense que si nous sommes plus ouvert.e.s à leurs perspectives uniques et que nous les écoutons, cela peut aider à ouvrir l'esprit des chercheur.euse.s à la défense des intérêts.

[00:51:17:16] La façon dont nous envisageons un problème ou une question ne nous permet peut-être pas de voir les possibilités de défense des intérêts mais en collaborant avec les communautés, nous pourrons peut-être, vous savez, vous savez, nous ouvrir et voir ces choses. Toutefois, je pense que, d'une manière générale, il faut lentement changer l'approche que de nombreux.euses chercheur.euses.s adoptent en matière de recherche, en collaborant davantage. Vous avez ensuite parlé de ce que les institutions peuvent faire ou vous vous engagiez dans cette voie? Je pense, Sarah, que cela revient en fin de compte à la flexibilité institutionnelle et que plus les universités sont ouvertes à une véritable collaboration et à l'intégration de groupes, d'entreprises et d'autres acteurs publics, comme tous les types de parties prenantes, il s’agit notamment d’être rapide dans l’élaboration d’accords pour faciliter ce travail.

[00:51:56:17] J'ai récemment achevé un projet pour lequel la préparation de l'accord a pris un an, et de tels retards peuvent paralyser les projets. De même, vous savez, peut-être organiser régulièrement des sessions semestrielles avec les chercheur.euse.s pour comprendre comment la défense des intérêts évolue  Et comment continuer à mettre en place des efforts pour les soutenir. Merci.

[00:52:16:07] Sarah Laframboise : C’est génial. On va d’abord chez Karine, puis Chelsea.

[00:52:19:19] Karine Coen-Sanchez : Je pense que nous devons également être réalistes. Est-ce que la défense des intérêts implique  de compromettre notre relation avec le capitalisme. Une grande partie de ce travail n'est pas payable. Et beaucoup de choses que j'ai faites à la base, Sarah vous savez, je n'ai pas été payée pour  et je ne cherchais pas à être payée pour ça parce que j'avais une vision plus large à l'esprit. Et je pense que lorsque nous faisons de la défense des intérêts, selon l'endroit où vous en êtes dans votre vie, vous devez comprendre que vous ne savez pas - je veux dire, peu importe où vous en êtes dans votre vie - nous ne savons pas tout, la connaissance est continue. Ce n'est pas comme si - ne présumez pas que vous avez atteint une plate-forme qui vous permet de parler au nom des autres. Même si vous êtes au niveau de la recherche, vous ne pouvez pas faire cela.

[00:53:02:03] Vous devez fournir cet espace et créer un espace pour que les personnes que vous défendez puissent continuer à s'exprimer en leur nom propre. En tant que femme noire, je ne me plie pas à toutes les [...] car elles ne sont pas homogènes. Il y a les immigrations, [...], il y a les différences de genre, il y a la sexualité, il y a différentes facettes. Nous devons également être réalistes : une grande partie de la défense des intérêts est contrôlée par ce qui semble bon à l'heure actuelle. Quels sont les mots à la mode du moment, certaines des informations que nous pourrions apporter ne seraient peut-être pas vendables. Ils n'ont peut-être pas envie de parler du racisme envers les Noirs e.s. en ce moment. Ils veulent parler d'une autre communauté marginalisée, c’est une forme de contrôle. C'est une façon de contrôler la narration et de déterminer où ils/elles vont trouver quoi. Nous devons être conscient.e.s de toutes ces choses et même si votre voix, si vous avez l'impression que votre voix n'est pas entendue, quelqu'un vous écoute.

[00:54:00:02] J'ai eu des étudiant.e.s, j'ai eu [...] où j'avais cinq étudiant.e.s. Lorsque je fais mes discours, il y a toujours un.e étudiant.e qui vient me parler après. Des professeur.e.s viennent me parler ensuite. « Merci d'avoir pris la parole. » Nous devons donc être attentifs non seulement à ce que nous en gagnons, mais aussi à ce que nous apportons sur le plan social et à l'échelle mondiale.

[00:54:26:14] Sarah Laframboise : Nous parlons souvent, vous savez, de ce qui se fait évidemment sur le côté du bureau des gens, n'est-ce pas? C'est toujours une chose supplémentaire que les gens doivent faire et c'est certainement un fardeau. Chelsea, à vous la parole.

[00:54:40:20] Chelsea Gabel : Je veux dire que j'ai l'impression que je vais me contenter de répéter les choses à ce stade. Je commencerai par dire, vous savez, que mes étudiant.e.s, mes étudiant.e.s Autochtones sont des défenseurs des intérêts comme notre département d'études autochtones, vous savez, c'est ce que nous faisons. Ils/elles aiment le travail communautaire, ils/elles aiment les approches artistiques.

[00:54:59:03] Mais en réalité, et Nicole en a parlé, il s'agit d'espaces universitaires, vous savez, ces approches prennent du temps. Souvent, nous ne sommes pas récompensé.e.s. Et les publications universitaires sont très lentes, voire inexistantes. Vous savez, et nous faisons beaucoup, beaucoup d'autres choses importantes que Nicole a soulignées. Je ne reviendrai donc pas sur ce point.

[00:55:20:22] Il y a quelques années, nous avons réalisé un projet portant sur les revues de sciences sociales et nous avons constaté une absence de travaux participatifs et dirigés par des Autochtones dans le domaine des sciences sociales dans les revues. Les chercheur.euse.s en sciences sociales mènent donc de nombreuses recherches sur les Autochtones. Tout le monde aime la recherche Autochtone, mais elle n'est pas dirigée par les Autochtones, elle n'est pas engagée dans la communauté et n'est pas participative. C'est souvent pour cette raison que j'essaie de défendre et de parler du travail de mes collègues, car ils ont besoin d’être reconnus.

[00:55:54:06] Je veux parler de leurs publications et du travail qu'ils/elles font, vous savez, mais cela soulève des questions sur la reconnaissance et l'impact de ces approches au sein des sciences sociales. Et que nous manquons une occasion vraiment importante de soutenir notre recherche participative en tant qu'outil efficace de développement des connaissances.  Il est évident que cela a de graves conséquences sur les pratiques d'embauche et sur les comités de titularisation et de promotion, n'est-ce pas? Qui se concentrent essentiellement sur notre nombre de publications évaluées par des pair.e.s. Je pense donc que nous devons adapter nos lignes directrices en matière de titularisation et de promotion.

[00:56:58:00] Nous l'avons fait à McMaster. Et si vous ne connaissez pas DORA, il s'agit de la Déclaration sur l'évaluation de la recherche, elle reconnaît la nécessité d'améliorer les méthodes d'évaluation des chercheur.euse.s dans les résultats de la recherche académique. Je m'en tiendrai donc là.

[00:56:43:07] Sarah Laframboise : Non, c'est parfait. Et oui, absolument, à tout ce qui a été dit. Merci beaucoup à tou.te.s. Je pense que nous allons devoir conclure maintenant. Et je suis triste de dire que cette heure est passée bien trop vite. J'espère donc que nous pourrons poursuivre cette conversation, et que nous aurons d'autres choses à partager avec ce groupe. Je voulais donc m'assurer d'avoir l'occasion de remercier tou.te.s les participant.e.s d'aujourd'hui et les conférencier.ère.s. Je laisse donc la parole à Hannah, de la Fédération, pour quelques dernières remarques.

[00:57:14:03] Hannah Paveck : Merci Sarah. Je voudrais simplement rappeler à quel point c’était merveilleux d'entendre et d'apprendre davantage sur le travail de chacun aujourd'hui. C'est une conversation brillante et nous sommes impatient.e.s de la poursuivre avec les prochaines étapes. J'aimerais également vous informer que nous partagerons l'enregistrement de ce webinaire dans les prochaines semaines. Gardez donc un œil sur votre boîte de réception. Merci beaucoup.