Un kilomètre carré. Une autre vision de l'université

Balado
1 octobre 2026

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Introduction | À propos des invitées | Retranscription | Suivez nous

 

 

Introduction

Une université n’est pas seulement un campus; c’est aussi un lieu qui fait partie d’un quartier, un lieu qui côtoie ses résidentes et résidents, ses commerces, ses aires publiques.

Mais comment faire en sorte que cette proximité entre l’université et le quartier devienne une véritable relation? Comment une université peut-elle contribuer à la vie de son quartier, tout en apprenant de ceux et celles qui y habitent?

C’est l’une des questions au cœur du projet du Quartier Latin de l’UQAM, qui cherche à transformer le quartier en un espace dynamique et inclusif, où se rencontrent apprentissage, culture, recherche et vie collective.  

Aujourd’hui, Karine Morin est accompagnée de Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la Relance du Quartier Latin de l’UQAM, et de Lucie Dumais, doyenne de la faculté des sciences humaines de l’UQAM. 

Ensemble, elles explorent comment l’université peut réellement faire partie prenante de son milieu, et le rôle des sciences humaines dans la mise en lumière des réalités d’un quartier.

À propos des invitées

Photo de Priscilla AnanianDétentrice d’un doctorat en art de bâtir et urbanisme de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et d’un postdoctorat en urbanisme de la même université, Priscilla Ananian est depuis 2022 professeure titulaire au Département d’études urbaines et touristiques de l’École des sciences de la gestion (ESG UQAM), qu’elle a joint en 2012 à titre de professeure adjointe.

Directrice de programme des cycles supérieurs en études urbaines à l’ESG UQAM au moment de sa nomination, elle est aussi directrice de l’Observatoire des milieux de vie urbains.

Priscilla Ananian a été nommée vice-rectrice associée à la Relance du Quartier latin le 14 décembre 2023. Elle est entrée en fonction le 8 janvier 2024 pour un mandat de cinq ans.

 


Photo de Lucie Dumais

Lucie Dumais est vice-doyenne aux études de la Faculté des sciences humaines de l'UQAM. 

Titulaire d'une maîtrise en sociologie de l'Université de Montréal et d'un doctoral en science  politique de la London School of Economics and Political, ses travaux de recherche portent notamment sur les politiques sociales, l'économie sociale, l'inclusion et la participation sociale des personnes en situation de handicap.

[00:00:15] Karine Morin : Une université n’est pas seulement un campus; c’est aussi un lieu qui fait partie d’un quartier, un lieu qui côtoie ses résidents et résidentes, ses commerces, ses aires publiques.

[00:00:27] Mais comment faire en sorte que cette proximité entre l’université et le quartier devienne une véritable relation? Comment une université peut-elle contribuer à la vie de son quartier, tout en apprenant de ceux et celles qui y habitent?

[00:00:39] C’est l’une des questions au cœur du projet du Quartier Latin de l’Université du Québec à Montréal, l'UQAM, qui cherche à transformer le quartier en un espace dynamique et inclusif, où se rencontrent apprentissage, culture, recherche et vie collective.

[00:00:55] Aujourd’hui, je suis accompagnée de Priscilla Ananian, vice-rectrice associée à la Relance du Quartier Latin, et de Lucie Dumais, doyenne de la faculté des sciences humaines de l’UQAM. 

[00:01:08] Ensemble, nous allons explorer comment l’université peut réellement faire partie prenante de son milieu, et le rôle des sciences humaines dans la mise en lumière des réalités d’un quartier.Je m’appelle Karine Morin, et je serais votre hôte pour cet épisode du balado Voir Grand

[00:01:28] Karine Morin : Bonjour professeure Ananian et Dumais. Quel plaisir d'avoir deux invitées aujourd'hui. Avant de se tourner vers le Quartier latin, qui sera vraiment le sujet de notre conversation, pourriez-vous nous dire comment vous en êtes venues à collaborer sur le projet dont on va parler? 

[00:01:45] Professeure Ananian, peut-être prenez la parole en premier, puis ensuite, je me tournerai vers professeure Dumais.

[00:01:51] Priscilla Ananian : Parfait. Bonjour, je suis très très contente d'être avec vous ce matin. C'est un projet qui a été initié il y a deux ans et demi, en 2024, avec la création d'un nouveau poste de vice-rectrice associée à la relance du Quartier Latin. 

[00:02:05] L'objectif, c'était vraiment que l'UQAM, qui est ancrée dans ce quartier depuis 56 ans, ne soit pas juste spectatrice des transformations de ce secteur, mais que soit vraiment actrice du changement.

[00:02:17] C'est sûr que par rapport aux enjeux, aux problématiques qu'on retrouve dans le quartier, dont les problématiques de cohabitation sociale, mais aussi d'identité du quartier, c'était essentiel de travailler avec la Faculté des sciences humaines, et donc avec Lucie Dumais, qui est doyenne de la Faculté des sciences humaines, on a trouvé vraiment une très belle synergie, en fait très tôt dans nos mandats respectifs.

[00:02:37] Karine Morin : Professeure Dumais, vous rappelez-vous de ce premier moment ou de ces premières conversations à propos de ce projet?

[00:02:43] Lucie Dumais : Oui, c'était tout à fait naturel puisque dès le début de mon mandat de doyenne, j'ai commencé avant Priscilla, j'avais invité la communauté de la Faculté des sciences humaines, qui comprend les sciences sociales, les professions comme le travail social et psychologie, à s'intéresser à la relance du Quartier latin, à comprendre ses dynamiques et à intervenir aussi, puisque toutes les disciplines dans ma faculté peuvent à la fois analyser, faire de la recherche et faire de l'intervention.

[00:03:16] Priscilla Ananian : J'ajoute une petite anecdote. En fait, en fait, c'était, je pense, le 16 avril 2024 que Lucie en fait avait organisé cette grande rencontre et c'était ma première présentation publique en tant que vice-rectrice avec la vision pour le quartier latin et à partir de là, on ne s'est plus jamais lâchés.

[00:03:28] Karine Morin : Et depuis ce moment, combien d'autres présentations et événements, si vous les comptez?

[00:03:35] Priscilla Ananian : Je ne vais pas dire présentation, mais sur la première année, en fait, j'ai tenu sept cent cinquante rencontres. J'ai tout catalogué pour être capable de dire quels sont les acteurs, la cartographie des acteurs à l'intérieur de l'UQAM, mais aussi à l'extérieur, dans le Quartier Latin.

[00:03:49] Karine Morin : Graphiquement ou en quelques images, le quartier latin Montréal ressemble à quoi? Il est où?

[00:03:55] Priscilla Ananian : Il est où? Il est vraiment au cœur de la métropole. Il est à l'intersection des différentes lignes de métro. Donc ça, c'est peut-être l'image la plus parlante. Donc c'est la station Berri-UQAM, qui dans le temps s'appelait, je pense, Berri-de-Montigny.

[00:04:07] C'est un quartier, en fait, qui était vraiment l'épicentre de la bourgeoisie canadienne-française et vraiment, je dirais, donc le contrepoids francophone par rapport à la métropole. Et donc géographiquement, c'est central au niveau des lignes de transport, ça se trouve sur deux arrondissements, donc l'arrondissement Ville-Marie, qui est l'arrondissement vraiment central, et aussi l'arrondissement du Plateau, donc, qui est aussi très connu, je pense, dans l'imaginaire collectif.

[00:04:36] Donc les gens quand ils pensent à Montréal, donc, ont probablement cette image des rues, en fait, qui sont très à échelle humaine, donc ça, ce serait peut-être les premières considérations. Et le clocher, le clocher Saint-Jacques, en fait, qui est la trace de l'église Saint-Jacques, qui est vraiment un repère pour tout le monde, en fait, dans le, dans le secteur.

[00:04:55] Karine Morin : Et puis, si on traçait une brève histoire de ce quartier, comment, depuis quand existe-t-il? Comment a-t-il évolué au cours des, du dernier siècle, des dernières décennies? Les faits marquants, historiquement, de ce quartier.

[00:05:10] Priscilla Ananian : Alors là, je vais m'avancer sur un territoire, je dirais, qui n'est pas le mien directement. Donc, en fait, je cite mes deux collègues Joanne Burgess, de la Faculté des sciences humaines, donc historienne, et mon collègue Martin Drouin, qui est historien au département d'études urbaines et touristiques, qui est d'ailleurs mon département d'origine. 

[00:05:28] Et, ces deux historiens-là du Laboratoire d'histoire et du patrimoine de Montréal ont fait un travail vraiment remarquable pour essayer de reconstituer cette histoire-là. Et donc, si je vous dis un peu l'effet marquant, mais il y a deux cents ans, il y avait encore des champs en fait dans ce, dans ce secteur. 

[00:05:42] Et c'est vraiment, comme je disais tout à l'heure, donc à partir du boulevard Saint-Laurent, la constitution de ce contre-pouvoir, de ce pôle, en fait, francophone très très important et avec une succession d'installations religieuses, d'installations vraiment d'institutions importantes dans le quartier. 

[00:06:01] Et en 1852, malheureusement, il y a eu un grand incendie. Et ce grand incendie-là, il a détruit ce qu'aujourd'hui, on appelle le Quartier Latin, parce qu'il faut se souvenir qu'à l'époque, on parlait de la Paroisse Saint-Jacques, donc on parlait pas du Quartier latin.

[00:06:13] Cette appellation, elle est beaucoup plus récente. Et donc cet incendie a vraiment ravagé ce qu'aujourd'hui, on appelle le Quartier Latin, une partie du Vieux-Montréal, donc vraiment une grande extension, en fait, de Montréal de l'époque. 

[00:06:25] Et pour ça, même, je disais, le clocher qu'on voit aujourd'hui n'est pas le clocher de l'époque. C'est une reconstruction. Et donc voilà pour les quelques repères historiques. Et le Quartier Latin, donc le terme, ça, c'est important pour ceux qui nous écoutent en fait. Donc le Quartier latin vient d'une appellation qui a été donnée par les étudiants. 

[00:06:42] À l'époque, en 1895, les étudiants de l'Université Laval, qui était la première université évidemment basée ici, en fait, dans le, dans le Quartier Latin. Et ça a été une appellation qui, euh, fait référence au quartier latin de Paris et à la Sorbonne.

[00:06:57] Karine Morin : Oui.

[00:06:58] Priscilla Ananian : Voilà.

[00:07:00] Karine Morin : Professeure Dumais, peut-être une histoire plus récente?

[00:07:03] Lucie Dumais : Oui, oui. Par exemple, c'est important, on a commencé avec le carrefour du métro. Donc ça, c'était au milieu des années soixante, donc, on a relancé un peu le quartier en en faisant un carrefour, mais c'était déjà au carrefour d'artères commerciales des rues Sainte-Catherine et Saint-Denis. 

[00:07:24] L'une étant plus axée sur la culture et la musique ou les études comme l'université, mais aussi le commerce. Et là, on parle de beaucoup la bourgeoisie commerciale sur la rue Sainte-Catherine.

[00:07:40] Et l'artère Sainte-Catherine, donc, c'est vraiment est-ouest et l'artère Saint-Denis, c'est nord-sud. Il y a aussi tout de même, et ça c'est important de le faire remarquer, c'est que les congrégations religieuses étaient là aussi parce qu'on n'est pas loin d'un quartier très défavorisé aussi. Donc, historiquement, c'est un quartier qui, où il y a beaucoup d'organisations sans but lucratif communautaire.

[00:08:07] Karine Morin : Vous amenez un peu le sujet dont je veux discuter. Aujourd'hui, en 2026, quels sont les principaux enjeux au cœur de ce quartier? Et peut-être commencer à décrire un peu le projet qu'entreprend l'UQAM par rapport à ce Quartier latin.

[00:08:27] Priscilla Ananian : Alors le, le principal enjeu, c'est la cohabitation sociale. Donc aujourd'hui, on est en pleine campagne électorale hein. Donc évidemment, il y a vraiment beaucoup d'attention sur la question de l'itinérance à l'échelle du Québec. 

[00:08:38] Mais à ce moment-là, donc à l'époque de la pandémie, donc les étudiants n'étaient plus sur place, les travailleurs non plus, et donc l'itinérance qui était déjà présente, comme disait, Lucie, c'est quelque chose qui a toujours été présent en fait. 

[00:08:52] Donc des personnes plus en situation de vulnérabilité. Il y avait l'Œuvre de la Soupe qui était vraiment à quelques pas de ce qui est aujourd'hui l'université. Et donc tout ça était quand même déjà très présent, ça a toujours été une réalité. 

[00:09:03] Mais avec la pandémie, c'est sûr que c'est devenu encore plus visible d'une part, mais aussi toutes les difficultés qu'on assiste aujourd'hui, donc à l'échelle du Québec en fait, de plusieurs villes, ont été aussi exacerbées.

[00:09:15] Et donc c'est sûr que ça a été aussi, je dirais, donc la bougie d'allumage d'une mobilisation de différents acteurs, dont l'université, mais aussi la ville de Montréal, l'arrondissement, pour se dire : mais il y a quand même une problématique de cohabitation sociale, d'itinérance couplée à la santé mentale, couplée également à la toxicomanie qui est quand même assez importante.

[00:09:35] Et c'est comme ça qu'on a démarré en fait, à la fois donc ce qu'on fait beaucoup en fait avec Lucie, mais aussi avec toute une série de projets de recherche pour essayer de documenter et outiller les pouvoirs publics en fait, pour agir dans ce quartier.

[00:09:50] Karine Morin : Et, et j'aimerais savoir un peu comment s'est décidé que l'UQAM avait ce rôle important. Comment se prend une telle décision, là, de se présenter activement dans un lieu où se trouvent nos campus à travers le pays?

[00:10:06] Lucie Dumais : Je pense qu'il faut ici souligner la venue d'un nouveau recteur, Stéphane Pallage, parce que les recteurs sont élus dans notre institution, euh, ils sont élus par la communauté, et dans sa campagne électorale, il avait mentionné le rôle important qu'aurait l'UQAM comme institution forte dans le quartier à relancer le Quartier latin.

[00:10:33] Donc, on est à l'hiver 2023. Donc c'est la suite de la pandémie. On a des difficultés, il y a moins de gens au centre-ville, il y a une recrudescence et même une augmentation des problèmes de cohabitation. Il y a de la vulnérabilité, les gens vulnérables se convergent vers le Quartier latin.

[00:10:54] Donc c'est, c'est vraiment sous le leadership du recteur Pallage qu'on commence à parler de ça. À la Faculté des sciences humaines, je suis aussi tout à fait dans cette lignée-là. Et l'année suivante, en 2024, l'université publie ou produit son plan stratégique de cinq ans, dans lequel une des six orientations principales, c'est la relance du Quartier latin et la création d'un vice-rectorat associé à la relance du Quartier latin et c'est Priscilla qui prendra ce mandat.

[00:11:31] Karine Morin : L'autre chose que j'aimerais bien explorer, c'est lisant un peu sur ce qui se passe, l'expression qui revient, c'est celle d'un quartier apprenant, ailleurs autour d’une université on parle souvent d’innovation ou de secteur innovateur, mais là vous utilisez un autre terme, l’expression d’un quartier apprenant. Expliquez-nous c’est quoi exactement ce type de quartier?

[00:11:56] Priscilla Ananian : Oui, mais avec grand plaisir. Et là, il y a peut-être ma petite casquette de chercheur hein, parce qu'avant tout, je suis une chercheure en études urbaines et en urbanisme, j'avais beaucoup étudié les quartiers de l'innovation. 

[00:12:05] D'ailleurs, on a eu un quartier de l'innovation à Montréal et plusieurs villes du monde, Barcelone et d'autres ont beaucoup insisté là-dessus. Et j'étais assez critique par rapport à ce modèle pour plusieurs raisons, dont une particulière qui était la désincarnation de ce modèle-là par rapport au contexte géographique, social, économique, local.

[00:12:25] Parce que souvent, un quartier d'innovation, oui, autour des universités, il y a quand même des bonnes choses, évidemment, mais c'est très axé sur l'innovation technologique ou l'innovation en santé, mais très peu sur l'innovation sociale. Et pour nous, à l'UQAM, donc, comme disait Lucie très bien, en fait, sur le leadership de Stéphane Pallage, mais aussi dans l'historique de cette université, l'ADN est vraiment très connecté sur les aspects sociaux et d'engagement au niveau de la communauté.

[00:12:51] Et le besoin ici, il y a peut-être le besoin technologique pour apporter des solutions sociales. Donc ça, c'est tout à fait possible, mais le premier besoin ici, c'est de l'innovation sociale. 

[00:13:01] Et donc le quartier apprenant est complètement différent au quartier de l'innovation. Le quartier apprenant puise de ce qui existe déjà sur le quartier, donc les ressources - on parle ici des différentes institutions, on parle des différentes formations qui existent. 

[00:13:15] Donc, on a une grande bibliothèque, on a un hôpital universitaire, on a évidemment l'UQAM, on a d'autres institutions d'enseignement : l'INRS, le Cégep du Vieux Montréal, l'Institut d'hôtellerie, j'ai parlé de l'ITHQ également, l'INRS.

[00:13:29] Et donc toutes ces institutions-là ont des forces, mais on sait, on a vu qu'on travaille pas tant ensemble en fait. On travaille sur des formations, on travaille sur des choses qui sont très, je dirais, cadrées. Mais travailler ensemble pour le quartier, pas vraiment. 

[00:13:44] Et c'est comme ça que l'idée du quartier apprenant, qui est inspirée de l'UNESCO, donc c'est un réseau de villes qui compte quatre cent vingt-quatre villes en ce moment, donc quatre-vingt-onze pays différents et dont le fil conducteur de toutes ces villes-là, c'est vraiment de favoriser l'apprentissage tout au long de la vie, la connexion, le maillage entre universités, citoyens, organismes communautaires, organismes culturels.

[00:14:05] Et on avait tous les ingrédients aussi pour le faire. Donc c'est comme ça qu'est venue la vision du quartier apprenant. Et on va déposer notre candidature en mars 2027. C'est le prochain concours des villes apprenantes à l'UNESCO. Et si jamais on a le bonheur d'être sélectionné, on sera le premier quartier apprenant au monde.

[00:14:24] Karine Morin : Quel beau défi que vous avez entrepris. On vous souhaite beaucoup de chance avec ce dépôt. Donc vous venez de le mentionner, il y a d’abord plusieurs autres secteurs au niveau de l’enseignement, secteur de l’éducation supérieure et tout, mais organismes communautaires, et donc comment se forment ces relations entre l’UQAM et tout ces autres organismes à but non lucratifs bien ancrés dans la communauté. Comment ses relations se développent-elles? Quels rôles peuvent jouer ces différents groupes communautaires? 

[00:15:08] Lucie Dumais : La première chose qu'il faut mentionner, c'est ce que Priscilla appelle la tradition ou nos façons de faire à l'UQAM. On a déjà une foule de professeurs qui sont engagés dans la recherche collaborative ou la recherche participative avec des groupes collectifs.

[00:15:28] L'UQAM a, depuis 45 ans, un service aux collectivités qui fait de la recherche avec des organismes communautaires et des organisations syndicales ou le mouvement féministe, par exemple. Donc c'est dans l'ADN de l'UQAM de travailler avec les partenaires. 

[00:15:48] Déjà, on avait un grand nombre de professeurs et d'organismes avec lesquels on avait tissé des liens en recherche, en recherche intervention, notamment. Et là, je vais laisser Priscilla dire ce qu'elle a fait de plus par la suite avec d'autres organisations.

[00:16:06] Priscilla Ananian : Je pense que tu résumes très bien Lucie. Ces liens-là, ils sont déjà présents, on vient donner une certaine cohérence, je dirais, entre ces différentes actions à l'échelle d'un quartier. C'est un quartier qui, finalement, est petit, c'est un kilomètre carré, ce n'est pas très grand, un kilomètre carré. 

[00:16:21] Il y a 8 600 résidents dans ce quartier. Normalement, on dit qu'un quartier en urbanisme est un quartier qui peut vraiment être desservi par des dépanneurs et toute une série de services de proximité quand il a 12 000 personnes. Donc, il y a encore de la marge pour croître en termes de densité de population.

[00:16:37] Mais ce qui est intéressant, c'est que ces synergies-là sont déjà là. Donc, on vient donner juste une cohérence et intensifier cette synergie-là à l'échelle très localisée qui est l'échelle du quartier. 

[00:16:48] Et aussi de décloisonner - je pense que c'est ça qui est important aussi - les activités qu'on a menées, peut-être qu'on aura l'occasion d'en parler plus tard, mais ce qu'on a surtout fait, les projets que j'ai portés ici avec mon équipe au sein de l'université, c'était vraiment des projets interinstitutionnels ou inter-organismes.

[00:17:04] Plutôt que de dire : on travaille juste avec des organismes communautaires, on travaille juste avec la culture, on travaille... Non, on fait des projets qui ont du sens, qui sont un peu fédérateurs et qui vont mettre ensemble justement un organisme communautaire avec une salle de spectacle, par exemple, et avec des étudiants et avec des professeurs de l'université. Donc ça, c'est peut-être un peu l'innovation qu'on a pu amener.

[00:17:28] Karine Morin : Puis là, on vient de mentionner très rapidement le domaine de la culture, des arts, mais on voulait aussi bien parler du rôle des sciences humaines, sciences sociales. 

[00:17:38] Professeur Dumais, donnez-nous des exemples un peu de ces chercheurs, chercheuses, de leurs projets qui relèvent des sciences humaines ou des sciences sociales.

[00:17:48] Lucie Dumais : Bon, je vais donner des exemples dans des disciplines différentes. Je l'ai mentionné tout à l'heure, la Faculté des sciences humaines embrasse plusieurs disciplines qui vont des professions d'intervention : psychologie, travail social et à l'UQAM, la sexologie, jusqu'aux études plus classiques : la linguistique, la philosophie, l'histoire.

[00:18:08] Et à travers ça aussi, on a des instituts qui sont très proches de l'intervention. Par exemple, l'Institut de recherche et d'études féministes, l'Institut de santé société. On a aussi un Institut de sciences cognitives. Donc, on a des disciplines qui œuvrent dans des domaines qui sont d'emblée axés sur l'intervention.

[00:18:27] Il est clair que, par exemple, tout ce qui concerne la santé communautaire, la psychologie communautaire, le travail de rue, l'intervention auprès des sans domicile fixe, des itinérants, ça, c'est important. Ou encore un travail énorme avec les minorités de genre, puisque le Quartier Latin est l'endroit où se situe le village gay.

[00:18:56] C'est quand même caractéristique de Montréal, c'est dans le Quartier Latin que se situe le village gay. Donc, ces disciplines d'intervention sont d'emblée dans l'action et la recherche action. 

[00:19:08] D'un autre côté, on parle de l'histoire. Le Quartier Latin et donc l'Institut du patrimoine de Joanne Burgess ou d'autres professeurs qui font l'histoire du quartier, l'histoire contemporaine, ont des liens, par exemple, avec des musées.

[00:19:24] L'Écomusée du Fier Monde. Donc, il y a la volonté de travailler avec des in- d'autres institutions muséales pour produire du matériel de musée, pour informer la population. Ça, c'est important de le dire, on est dans, dans, vraiment dans des disciplines même classiques, on est proche de la recherche qui colle à des enjeux et à des besoins de développement du quartier, par exemple.

[00:19:53] Priscilla Ananian : Donner un exemple concret donc de ce que Lucie vient, vient de dire. Donc, avec les historiens, on travaille à un parcours signature Quartier Latin en ce moment. Donc, on a à la fois des designers, on a les historiens et évidemment, on a toute une série de partenaires dans le quartier. 

[00:20:07] Et l'idée, c'est de faire un parcours socioéducatif qui va mettre en valeur cette histoire du Quartier latin, mais de façon ludique sur le territoire. Et donc, en ce moment on travaille très fort. J'ai vu les premières esquisses qui sont vraiment emballantes. Et l'horizon temporel, ce serait de les avoir, en fait, une première partie en, à l'été 2027 et une, un lancement final en 2028. 

[00:20:29] Et ça, c'est vraiment précieux parce que, justement, on a à la fois des muséologues qui travaillent avec des historiens pour mettre en valeur le quartier dans toutes ses coutures, je dirais, historiques, donc toutes ses dimensions apprenantes, sociales, entrepreneuriales et culturelles, évidemment.

[00:20:47] Et ce parcours-là va servir de support pour, par exemple, les étudiants qui vont arriver à l'UQAM à chaque cohorte. Est-ce que ce parcours pourrait être un cours d'introduction, donc en sociologie, en design, en études urbaines, en urbanisme? où les étudiants sortent de l'université et viennent vraiment apprendre du contenu sur le terrain et une pierre deux coups, c'est-à-dire qu'en plus de ça, ils sont aussi reaffiliés à ce quartier-là qui, historiquement, était un quartier très estudiantin, mais qui a un peu perdu cette vitalité dans, dans les dernières années.

[00:21:17] Karine Morin : Bah vous savez, quelque chose d'intéressant, c'est vraiment une façon potentiellement très active d'apprendre. Est-ce que les étudiants, les étudiantes à l’UQAM connaissent un peu le projet? Est-ce qu’ils y participent d’une certaine façon? Est-ce qu’il y a certains chercheurs, chercheuses qui en profitent pour développer la prochaine génération de chercheurs chercheuses d'intervention? Où sont les étudiants, étudiantes dans tout ça?

[00:21:45] Priscilla Ananian : Ça tombe très bien. Dès que je raccroche avec vous, je m'en vais dans une salle de classe pour faire une introduction sur le Quartier latin. Je suis à ma quatrième visite, j'ai quatre cours cette session-ci où les professeurs ont décidé d'intégrer le Quartier latin dans leurs cours. 

[00:22:02] C'est des cours aussi divers que des cours en éducation et en numérique, en management, en design thinking ou encore en organisation sociale et communautaire donc c'est vraiment très intéressant de voir l'intérêt des professeurs et des étudiants. 

[00:22:15] Les étudiants, leurs yeux pétillent parce que d'une part, beaucoup de nos étudiants viennent de l'extérieur de Montréal. Et avec les prix des loyers, on n'est plus vraiment dans l'esprit où les étudiants sont tous à Montréal ou dans le Quartier latin, malheureusement, ce n'est plus cette réalité-là. 

[00:22:23] C'est d'autant plus important de faire cette intégration par les cours, parce que sinon, ils n'ont pas vraiment l'opportunité de se l'approprier. Effectivement, on a eu déjà une cohorte l'année dernière et donc on a eu des échos des étudiants qui - ça c'est les professeurs qui nous racontent ça - qui se sont sentis transformés parce qu'en passant par le cours, ils ont été mis en contact avec la réalité de la cohabitation sociale et ils portent un autre regard aujourd'hui que juste le regard de la peur quand ils sont arrivés éventuellement dans les premiers jours.

[00:25:30] Lucie Dumais : Il y a peut-être deux autres exemples sur lesquels on est intimement associés, Priscilla et moi. Il y en a un qui s'appelle une recherche sur la cohabitation sociale dans le Quartier Latin. On fait ça avec de nombreux partenaires et on a une douzaine de stages reliés à ce projet de deux ans de recherche participative.

[00:23:28] Nos associés sont notamment la Ville de Montréal, un partenaire important, mais aussi la santé publique et des acteurs institutionnels. Et là, il y a quand même douze stages. Ça veut dire au moins une dizaine, presque une dizaine d'étudiants dans ce projet de recherche collaboratif de deux ans. 

[00:23:46] Notre deuxième exemple, c'est à l'initiative du service de sécurité, notamment de l'UQAM. La cohabitation réelle entre la communauté de l'UQAM, étudiants, employés, professeurs et la population itinérante ou avec des problèmes de consommation, doit se faire de manière productive. 

[00:24:10] Et donc, depuis trois ans, on a une halte chaleur à l'UQAM, dans les murs de l'UQAM, organisée avec le vice-rectoral, service de sécurité, un organisme sans but lucratif d'intervention, une initiative dans laquelle l'année dernière, presque cinquante étudiants ont travaillé comme bénévoles. Donc c'est une amorce ou une expérience de premier plan pour ces étudiants-là.

[00:24:37] Karine Morin : Oui, de très beaux exemples, je suis un peu jalouse de leurs expériences. Professeur d'université, c'est toujours chercheur, chercheuse, est-ce que vous voyez quand même une nouvelle... énergie, nouvelle synergie au niveau de la recherche que ce projet apporte ou des nouvelles collaborations, des nouvelles façons de développer la recherche. Est-ce qu'il y a quelque chose d'innovateur en plus de quelque chose d'accélérateur dans ce projet?

[00:25:07] Priscilla Ananian : Je rebondirais peut-être sur ce que Lucie vient d'illustrer pour la recherche sur la cohabitation sociale, parce que ce n'est pas juste une recherche qui est faite avec des stagiaires et des professeurs dans la tour d'ivoire, comme on dit, donc vraiment dans l'université, mais il y a toute une gouvernance qui s'est installée au niveau de ce projet, donc avec un comité terrain et un comité stratégique.

[00:25:27] Donc c'est vraiment une table de partenaires et avec des organismes communautaires, des organismes qui représentent les personnes en situation d'itinérance, mais comme disait Lucie, également la santé publique. Donc, on a par exemple la directrice de la direction de la santé publique de Montréal. Donc c'est vraiment très intéressant.

[00:25:43] Et ce qui est vraiment intéressant, c'est que ça nous permet de faire le lien plus rapidement entre la production de la connaissance et les acteurs qui sont en train d'agir sur le terrain en ce moment en parallèle et qui n'attendent pas forcément la finalisation de la recherche pour agir. Parce qu'évidemment, les temporalités sont très différentes.

[00:26:00] Mais ça, c'est de l'innovation, à mon avis, par rapport à... En fait, on est vraiment dans une recherche partenariale avec le respect, les limites, évidemment, de ceux qui font le travail d'intervention sur le terrain et la liberté académique et évidemment tout ce qui découle.

[00:26:14] Lucie Dumais : Je me permets d'ajouter ici, puis ça, c'est le travail important qui est associé au vice-rectorat. Donc, un vice-rectorat, ce n'est pas rien dans un organigramme d'une université, c'est quand même une personne qui est très bien placée dans la sphère décisionnelle, mais aussi pour faire des liens avec l'ensemble des acteurs et des actrices d'un quartier. 

[00:26:38] Donc, dans ce sens-là, à mon avis, il y a beaucoup aussi d'émulation ou d'apprentissage. Le quartier apprenant, c'est aussi un quartier, grâce à l'action de Priscilla comme vice-rectrice, qui va apprendre à avoir une gouvernance multipartite. 

[00:26:58] Et c'est un des défis actuels dans toutes les actions et les politiques publiques. On peut bien avoir des segments de solutions et d'idées, les mettre ensemble, les combiner, c'est un nouveau défi et en termes d'action, mais aussi de compréhension de la chose publique. Et dans ce sens-là, la création d'un vice-rectorat amène beaucoup sur le plan de la gouvernance et d'un quartier dans son ensemble.

[00:27:27] Karine Morin : Oui, pour ceux qui connaissent un peu la gouvernance universitaire, on sait que ça, c'est déjà complexe et donc d'aller ajouter toutes ces autres dimensions sociales et autres, bravo d'avoir relevé le défi de prendre ce poste.

[00:27:44] Je suis un peu curieuse. À Montréal, il y a quand même trois autres universités et nombre d'autres établissements euh dans le secteur d'éducation, les cégeps et tout. Est-ce qu'on porte un peu attention à l'extérieur de l'UQAM à ce qui se passe dans ce quartier et ce que fait l'UQAM? Est-ce que vous avez des collègues qui viennent poser un peu de questions, voire d'un peu près, qui viennent d'ailleurs?

[00:28:07] Priscilla Ananian : C'est une très belle observation. Moi, je dirais à deux niveaux. C'est-à-dire que d'une part, on a beaucoup de collaborations avec d'autres institutions qui sont dans le quartier. Donc comme je disais, donc le cégep du Vieux-Montréal, l'INIS, l'ITHQ.

[00:28:19] On est tous alignés et derrière le quartier apprenant parce qu'on a des enjeux communs, même si on a des créneaux d'enseignement, en fait, de formation qui sont assez différents et souvent complémentaires et des fois concurrentielles, il faut le dire aussi, on a un intérêt commun qui est quand même l'amélioration de ce milieu de vie pour nos effectifs étudiants, pour nos travailleurs et de façon générale, pour la cohabitation avec les usagers.

[00:28:39] Ça suscite énormément d'intérêt. Donc, je pense ici à Ottawa, à Avignon. Je pense à Nantes, je pense à Aix-en-Provence, je pense à Bruxelles, à Évry-Courcouronnes, en fait - donc là, c'est plutôt aussi une ville apprenante - à Lille, à Denver, on a reçu une délégation il y a quinze jours avec vingt-cinq personnes qui s'intéressaient beaucoup sur ce lien entre université et quartier.

[00:29:03] Et donc ça intéresse beaucoup et ça semble peut-être un, un, je dirais, un incontournable. Donc l'université ne peut plus se voir en fait comme un univers isolé, non, au contraire, surtout une université urbaine, elle est connectée de partout, donc pas juste au niveau de ses formations ou de son accessibilité, mais aussi au niveau, je dirais, de son ancrage physique et social dans les différents quartiers dans lesquels elle implante, elle s'implante.

[00:29:26] Donc avec ou sans vice-rectrice, d'office, les universités sont des acteurs du changement dans leur territoire. Donc ça, c'est quelque chose qui-- on vient juste en fait renforcer en fait cette, ce lien-là.

[00:29:39] Karine Morin : Mais je vois avec beaucoup d'énergie, d'enthousiasme. On est en 2026. Si on regarde pour l'année 2035, à quoi pourrait ressembler le quartier latin apprenant pleinement réalisé?

[00:30:00] Priscilla Ananian : On rêve à quoi? Mais déjà qu'il existe sur la map, sur le plan, parce que c'est quelque chose qu'on prend pour acquis et qui ne l'est pas, en fait. Donc c'est-à-dire, il a été très fort dans l'imaginaire collectif, donc des gens qui ont étudié à l'UQAM dans les années quatre-vingt parlent du quartier latin avec, avec amour, avec nostalgie, avec vraiment beaucoup de souvenirs, beaucoup de, de choses vécues dans ce quartier.

[00:30:22] Et tout ça, c'est quand même perdu un peu. Et un quartier, donc pour qu'un quartier soit durable dans sa dynamisation, il dépend beaucoup d'un engagement et d'un sentiment d'appartenance. Et donc déjà de le refaire, en fait, exister dans cet imaginaire collectif, que ça soit par les formations avec les étudiants, que ça soit par la halte chaleur qu'on vient de nommer, que ça soit par un parcours signature qui va vraiment le marquer sur le territoire.

[00:30:47] Aujourd'hui, vous sortez dans le quartier, il n'y a pas une plaque, il n'y a pas une affiche qui dit quartier latin nulle part. Vous savez pas que vous êtes dans le Quartier latin. Et donc déjà de travailler cet imaginaire et cette identité-là à nouveau, c'est un gain majeur pour l'avenir. 

[00:31:00] Deuxièmement, la gouvernance, effectivement. Il y a deux ans quand j'ai commencé, c'est pas qu'il y avait pas de collaboration, il y avait des collaborations, mais souvent bipartites, pas multipartites. Donc deux institutions qui collaborent de façon très ponctuelle sur un enjeu ou un dossier, mais jamais une gouvernance qui associe plusieurs acteurs.

[00:31:23] Et je pense que ce qu'on a réussi surtout entre l'UQAM, Bibliothèque et Archives nationales du Québec et la Société de développement du Quartier latin qui réunit plus de deux cent quarante commerçants, on est chacun, en fait, on est très différents, mais on a quand même cet objectif commun. 

[00:31:40] Et donc d'avoir réussi à porter des projets financés communs avec des échéanciers, avec des livrables dans ces dernières années, je pense que ça augure très bien, en fait, pour, pour une dynamisation plus durable et qu'on, qu'on soit plus à parler de relance, parce que si on le fait pas, on parlera de relance d'ici dix ans, malheureusement.

[00:31:55] Karine Morin : J'espère voir ce moment dans toutes ces couleurs. Mot de la fin peut-être : qu'est-ce que vous aimeriez aujourd'hui que le public et les élus retiennent de vos efforts, de vos ambitions, de ce projet d'un Quartier latin, d'un quartier apprenant

[00:32:18] Lucie Dumais : C'est clair que c'est un quartier où on doit vivre, transiter et auquel on s'attache. Ça fait partie des souhaits pour notre quartier. Parce que notre quartier, comme on l'a dit, à cause de la pandémie, a vécu toutes sortes de difficultés, la convergence de personnes avec des difficultés vers le centre-ville, quoique maintenant, elles se déplacent aussi.

[00:32:47] L'autre chose, c'est les infrastructures du quartier latin. On est en train de reconstruire, de le mettre plus beau, mais ça, ça prend du temps, les infrastructures. Donc de faire en sorte que la population comprenne que c'est un quartier où c'est intéressant de venir, de rester un bout de temps ou même de se loger, de devenir résident.

[00:33:14] Ça, c'est très important. De faire en sorte aussi que nos étudiants aiment venir fréquenter leur campus. Ce n'est pas toujours le cas, c'est des problèmes de centre-ville. Donc ça, ça serait très intéressant que ça se sache. 

[00:33:34] On a la chance, nous, à l'UQAM aussi, d'avoir un recteur et une vice-rectrice qui ont de la vision, mais on a aussi une chancelière qui est une ancienne première ministre du Québec et qui souhaite, et elle l'a dit, elle a déjà fait beaucoup de chemin là-dessus, elle convie l'ensemble des partis politiques et des élus à faire un sommet sur l'itinérance en 2027. Donc, ce n'est quand même pas rien comme vision et comme ambition, et je pense qu'on va y arriver.

[00:34:06] Priscilla Ananian : Moi, j'ai un petit mot en complément là. Donc Lucie a bien parlé des personnes et c'est essentiel. Mais souvent, la difficulté majeure, c'est mon petit message politique, c'est vraiment le financement de la brique. Donc il n'y a plus personne qui finance la brique. Donc que ça soit les philanthropes, que ça soit même les différents paliers de gouvernement, c'est très difficile.

[00:34:26] Et étant architecte urbaniste, je dirais le bâti peut beaucoup, en fait, il n'est pas la seule solution, mais le bâti peut à la fois renforcer un sentiment d'insécurité. Donc si vous avez des bâtiments, justement, l'université, elle date des années 60, elle est très repliée sur elle-même, donc, on veut vraiment faire un plan de développement de campus, ce qu'on fait en ce moment, mais on aura besoin d'aide, évidemment, pour ouvrir notre bibliothèque sur l'espace public, pour que, par exemple, notre bibliothèque soit en lien direct avec la place Émilie-Gamelin, pour qu'on puisse évidemment, en fait, réaménager tout ce rez-de-chaussée qui aujourd'hui est très concentré avec des bureaux, par exemple, mais qui pourrait avoir vraiment une synergie avec la ville beaucoup plus importante et des aménagements de l'espace public.

[00:35:09] Je pense que ça aussi, donc la question de l'espace public est vitale. Donc c'est un espace de démocratisation, de socialisation. Et aujourd'hui, on n'a pas encore un plan d'ensemble, mais on a quand même des bons espoirs qu'avec— ben il y aura les changements à Québec, il y a également donc l'administration municipale qui travaille assez fort à réfléchir éventuellement à une mise à jour du programme particulier d'urbanisme qui a été en fait publié en 2013.

[00:35:33] Donc, je pense que les astres vont être quand même alignés avec beaucoup d'enthousiasme, en fait, pour les années prochaines. Et on compte là-dessus pour être capable de répondre en fait aux différents défis qui sont les nôtres.

[00:35:45] Karine Morin : Eh ben sur ça, je vous remercie beaucoup et à nos auditeurs, nos auditrices, je crois que l'invitation a été bien lancée. Allez faire un tour au coin des rues Sainte-Catherine, Saint-Denis. 

[00:34:55] Allez passer du temps dans le Quartier latin, mais faites-vous un rappel annuel d'aller voir comment les choses évolueront. On vous souhaite bon succès à vous deux et à l'UQAM, l'ensemble des professeurs, des chercheurs, chercheuses, étudiants, étudiantes impliqués dans ce projet.

[00:36:11] Lucie Dumais : Merci.

[00:36:12] Priscilla Ananian : Merci beaucoup

[00:36:20] Karine Morin : Merci d’avoir écouté le balado Voir Grand, et merci à mes invitées, Priscilla Ananian et Lucie Dumais. Je remercie également nos amis et partenaires au Conseil de recherches en sciences humaines, et la société de production CitedMedia, sans qui ce balado ne serait possible.

[00:36:36] Vous pouvez retrouver tous les épisodes précédents sur votre plateforme de balado favorite. Faites-nous savoir ce que vous avez pensé de cet épisode en connectant avec nous sur les médias sociaux. À la prochaine!

 

 

 

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