Réimaginer l’avenir des Noir.e.s

Événement
20 juin 2023

Voir Grand au Congrès 2023

Découvrez le rôle d’Haïti comme symbole des possibilités et de l’autogouvernance des peuples de descendance africaine dans les Amériques dans le cadre de cette causerie Voir Grand en compagnie de la très honorable Michaëlle Jean.

La seule société anciennement réduite en esclavage à se déclarer libre de ses capteurs, Haïti s’est auto-déclarée une République noire en 1804 et a offert un refuge à tous les peuples asservis qui fuyaient l’esclavage. Cependant, l’indépendance d’Haïti l’a ostracisée de la majeure partie du monde, y compris la France (jusqu’en 1825) et les États-Unis (jusqu’en 1862). L’occupation militaire et sa dette extérieure ont réduit encore davantage les possibilités d’Haïti au vingtième siècle. Aujourd’hui, Haïti est l’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère ouest, mais son histoire demeure comme registre des difficultés, de la résistance et des possibilités des Noir.e.s.

Joignez-vous à la très honorable Michaëlle Jean pour une discussion sur l’importance des histoires des Noir.e.s dans les Amériques, et comment la réflexion et les idées des Noir.e.s nous permettent de créer une société plus progressive et inclusive pour toutes et tous.

 

Headshot of the Right Honourable Michaëlle Jean

La Très Honorable Michaëlle Jean

27e Gouverneure Générale, Commandante en Chef du Canada

Headshot of Adelle Blackett

(interlocutrice) Adelle Blackett

Université McGill

[00:00:32] Andrea Davis : Welcome et bienvenue. Je m'appelle Andrea Davis, je suis la responsable académique du Congrès 2023. Au nom de la Fédération des sciences humaines, j'ai le plaisir de vous accueillir pour le dernier événement Voir Grand du 92e Congrès des sciences humaines.

[00:00:56] Aujourd'hui, la très Honorable Michaëlle Jean se penchera sur le thème « Réimaginer l'avenir des Noir.e.s » à travers le prisme historique et contemporain d'Haïti, puissant symbole de la liberté des Noir.e.s dans les Amériques.

[00:01:15] Elle sera rejointe par l'interlocutrice Adelle Blackett. L'événement d’aujourd'hui est bilingue et se déroulera en français et en anglais avec l'interprétation simultanée dans les deux langues.

[00:01:31] La cession comprend également la langue des signes américaines et le sous-titrage en français et en anglais. Pour accéder à l’interprétation simultanée, veuillez télécharger l’application […] et suivez les instructions reçues dans le lobby. Si vous avez besoin d'aide, veuillez lever la main. À ceux qui se joignent à nous de manière virtuelle, cliquez sur le bouton sous-titrage pour activer le sous-titrage. Pour utiliser l’interprétation simultanée, cliquez sur le bouton « Interprétation simultanée » et sélectionnez la langue que vous désirez.

[00:02:07] Nous commençons par reconnaitre l’histoire violente de l’endroit où nous nous trouvons en soulignant et en nous rappelant les contradictions et les conflits permanents de cette terre, de cette eau et de cet air.

[00:02:25] L’Université York reconnait que de nombreuses nations autochtones entretiennent des relations de longue date avec le territoire sur lesquels sont situés les campus de l'Université York, relations qui précédent l'établissement de l'Université.

[00:02:38] L'Université York reconnait sa présence sur le territoire de nombreuses nations autochtones. La région connue sous le nom de Tkaronto a été prise en charge par la nation Anishnabek, la confédération Haudenosaunee et les Hurons-Wendat. Elle abrite maintenant de nombreuses communautés de Premières nations, d’Inuits et de Métis. Nous reconnaissons les détenteurs actuels du traité, les Mississaugas de la Première nation de Credit. Ce territoire fait objet du Pacte de la ceinture de Wampum Dish with One Spoon, une entente visant à partager pacifiquement et à prendre soin de la région des Grands Lacs. 

[00:03:17] En tant qu’ascendante d’esclaves Africains dans les Amériques qui ont été pris de leurs terres ancestrales contre leur volonté, je suis engagée à ce que Tiffanny King appelle la « notion de soins mutuels ».

[00:03:30] Et je reconnais qu’un avenir pour les peuples noirs n’est pas possible sans un avenir pour les peuples autochtones qui m’ont permis de vivre, de marcher et de partager cette terre. Je reconnais enfin que ces Amériques sont construites sur la violence et l’effacement, et que nous apportons ces histoires avec nous lorsque nous entrons dans n’importe quelle pièce, n’importe quel espace virtuel, et que nous devons toujours les mettre en évidence.

[00:03:56] C’est avec cette connaissance de l’histoire que nous entrons ici, cet après-midi, dans l’espoir de créer un monde différent. 

[00:04:06] Au nom de la Fédération et de l’Université York, je remercie les sponsors de la série – le Conseil de recherches en sciences humaines, la Fondation Canadienne pour l'Innovation, Universités Canada, et le sponsor participant, SAGE Publishing – d’avoir parrainé cet événement.

[00:04:25] Aujourd'hui, 21 lycéens de la communauté environnante de York se joignent à nous, et j’ai l’honneur de vous présenter Kamahary Mohamed, une élève de 10e année du Emery Collegiate, qui réfléchira au thème du Congrès à travers son poème « I hear myself speaking » (« Je m’entends parler »).

[00:04:25] Elle sera suivie par Rhonda Lenton, Présidente et Vice-Chancelière de l’Université York, qui présentera la conférencière d’aujourd’hui. Merci d’être parmi nous. Veuillez accueillir Kamahary Mohamed.

[00:05:13] –> [00:08:54] [Ce qui suit est la traduction du poème de Kamahary Mohamed]
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas
Je leur demande plus d'opportunités pour poursuivre mon éducation afin de contribuer à la société. 
Mais bien sûr la couleur de ma peau rendra mes 100 % équivalents à leurs 60 %. 
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas.
Je leur demande de reconnaître l'impact de personnes comme Claudette Johnson, Romare Bearden et Katherine Johnson, qui ont été occultées, blanchies et diluées dans nos sociétés présentes. 
Bien sûr ils nous maintiennent dans l’ignorance parce qu’il est plus facile de cacher la vérité que de la reconnaître.
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas.
Je leur demande d'arrêter de me traiter d’« adulte » quand j'agis tels que je l’ai fait toute ma vie. 
Attendez, c’est peut-être de l’adultisation qu’ils inculquent à ma descendance.
Le racisme systémique à forcer les enfants noirs à assumer des rôles sociaux, émotionnels et physiques d'adultes avant qu'il ne soit des adultes, pourquoi? Je leur demanderais bien, mais… 
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas.
Je leur demande d'arrêter les stéréotypes, les jugements et les actes qui en découlent lorsqu’ils « servent et protègent » afin que l'enfant de quelqu'un puisse retourner auprès de leur mère au lieu d'être assassiné alors qu’il achetait un paquet de skittles.
Malheureusement, Trayvon Martin a subi ce destin et ceci ne va probablement pas changer parce que…
Je m’entends parler, mais ils ne m’écoutent pas.
Lors des entretiens je leur dis que la façon dont je me coiffe me met à l’aise dans ma peau et que je garderai mes cheveux comme ça.
Même si nos cheveux n’affectent en rien notre performance dans cet environnement professionnel, les femmes noires perdent de nombreuses opportunités d'emploi. 
Il semblerait que… 
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas.
Avez-vous remarqué que quand une personne blanche porte un vêtement perçu comme étant ghetto, ratchet ou thug, on les bombarde de compliments, du genre « Wow, c’est mignon sur toi ». 
Mais si je le porte de la même façon, c’est « elle porte sans public? » 
Peut-être que c'est parce que…
Je m'entends parler, mais ils ne m'écoutent pas. 
Est-ce que je suis muette? M’entendez-vous parler? Je parle, non, je hurle. Et je le fais même avant d'être arrivé sur cette terre, portant les cris de mes ancêtres et les transmettant aux générations futures. 
Générations qui méritent d'avoir les mêmes opportunités de travail afin d'améliorer leurs avenirs ; générations qui méritent de connaître les changements apportés par d'autres Noirs forts et indépendants ; des générations qui méritent d'être respectées dans tous les environnements de travail ; des générations dont les mains ne tremblent pas à chaque fois qu'une voiture de police passe.
Ils méritent cela. Je mérite cela.
Ma gorge me fait mal. Il est bien temps que je souffle. J'ai presque perdu ma voix.
Combien de temps vous faudrait-il pour m’entendre?
Je m’entends parler, mais ils ne m’écoutent pas.  

[00:09:24] Rhonda Lenton : Il est difficile de faire suite à cela, n'est-ce pas? Merci beaucoup, Andrea, et aux organisateurs pour m'avoir invité ici aujourd'hui, afin de me joindre à vous. Merci beaucoup Kamahary. 

[00:09:39] C’était très puissant et pousse à la réflexion. Tes mots reflètent parfaitement la thématique du Congrès de cette année, et l'urgence de nos responsabilités individuelles et collectives pour identifier et mettre en application des opportunités qui mènent à un changement significatif. 

[00:09:57] Bon après-midi à tout le monde. C'est un grand plaisir d'être ici aujourd'hui, pour cette présentation aujourd'hui pour la conférence Voir Grand.

[00:10:12] Le Congrès de cette année, « Confronter le passé, réimaginer l’avenir » est une opportunité unique de rassembler des centaines d'intellectuels, je pense que nous avons dépassé les 10 000 savants de tout le pays et au-delà pour déterminer ensemble, comment on peut renforcer notre impact sur les 17 objectifs du développement durable des Nations Unies.

[00:10:38] Ce faisant, la thématique du Congrès reflète notre compréhension que nous devons incorporer les approches intersectionnelles qui donnent voies aux injustices historiques et aux inégalités contemporaines que vivent les personnes noires et autochtones et autres groupes méritant d’être pris en compte dans l’équité si nous voulons réimaginer et avancer vers un monde plus durable et équitable.

[00:11:06] Nous attendons avec impatience la causerie Voir Grand d’aujourd’hui sur Réimaginer l’avenir des Noir.e.s qui sera animé par la Professeure Adelle Blackett de la faculté de droit de l'Université McGill qui rejoindra Madame Jean à la suite de son intervention.

[00:11:23] Je me réjouis d’introduire notre conférencière, la très Honorable Michaëlle Jean. Bien qu’elle n'ait pas besoin d'être présentée, permettez-moi de mettre en exergues quelques points. Je ne saurais faire justice à sa biographie, mais après une carrière fructueuse en tant que journaliste, présentatrice de journal télévisé et en 2005, elle est devenue la première femme noire à être nommée Gouverneur générale et Commandante en chef du Canada. 

[00:11:56] Elle a un lien fort avec l'Université York, ayant reçu un doctorat honorifique en droit en 2007 et durant cette même journée, elle a inauguré l’Institut de Recherche Harriet Tubman ici à l’Université qui a commémoré le 200e anniversaire de la loi britannique mettant fin à la traite de l'esclavage. 

[00:12:20] Et sans trop tarder, joignez-vous à moi en demandant à Michaëlle Jean de se joindre à nous afin de nous faire part de son discours. Merci. 

[00:12:50] La Très Honorable Michaëlle Jean : Merci beaucoup. J’aime toujours commencer par regarder qui est ici présent et c'est très important pour moi d'être ici parmi vous. 

[00:13:06] Quelques salutations d’abord, Professeure Lenton, Rhonda Lenton, Présidente et Vice-Chancelière de l’Université York ; merci pour ces gentils et pour m'avoir inclus ici, pour m'avoir souhaité la bienvenue ici, de nouveau. Monsieur Gabriel Miller, Président et Chef de la Direction de la Fédération des sciences humaines, où êtes-vous? Ça fait plaisir de vous voir, vous m’avez souhaité la bienvenue ici hier, c'était vraiment un plaisir. Merci.

[00:13:41] Chère Adelle Blackett, titulaire de la chaire de recherche du Canada en droit transnational du travail, Professeure Andrea Davis, ma chère amie, responsable académique du Congrès et professeure en sciences humaines, je vous salue.

[00:14:05] À vous tous, chercheurs, universitaires, membres de l'université des sciences sociales et humanitaires, membre de cette université, et d'autres un peu partout au monde, je vous salue, je vous salue de tout cœur.

[00:14:24] Si vous ne comprenez pas le français, c'est le moment de mettre vos écouteurs. Je veux saluer vous tous et vous toutes qui avez travaillé à l'organisation de cette conférence de haut niveau qui n'a d'égale, je pense, que la qualité de son auditoire que je salue également.

[00:14:44] Chère Kamahary, où es-tu? Je t'ai entendue. Je t’ai écoutée, j'ai entendu tes mots de reconnaissance et de justice pour tous, sans exception, sans exclusion. Je vous ai écoutée et je vous entends, merci beaucoup.

[00:15:10] Chers amis, ce que je m'apprête à vous raconter est l’un des chapitres les plus improbables de l'histoire, un combat surhumain contre l'un des pires crimes contre l'humanité, celui de la dépossession absolue, de la déshumanisation par tous les moyens de millions de femmes, d'hommes et d'enfants.

[00:15:44] Un génocide dont on ne rend encore aujourd'hui que très peu compte. Cette histoire que je vais vous raconter afin de mieux comprendre y compris les réalités que nous affrontons aujourd'hui. Cette histoire ne me quitte jamais. 

[00:16:03] J'aimerais qu'elle trouve son chemin dans votre vie. J'aimerais que vous voulez en savoir plus et toujours plus. L’histoire d'Haïti est l'histoire du monde, elle ne concerne pas que les haïtiennes et les haïtiens.

[00:16:21] Il s'agit d'une histoire fondamentale et que nous avons nous toutes et nous tous ici présents en partage. Nous ne serions pas là ensemble et moi devant vous, n'était-ce son dénouement. Savoir de quoi est faite l'expérience haïtienne, car elle est singulière, fera de vous certainement des intellectuels, des chercheurs, des penseurs beaucoup plus éclairés. Et je suis venu pour cette raison.

[00:16:55] Et permettez-moi de commencer par ma propre histoire, comment faire autrement? Et la manière dont elle a façonné la femme qui vous parle aujourd'hui. Et je vous parle librement, cela est important. Ce qui nous réunit en ce moment, c'est ce qui m'est arrivé à l'âge de 10 ans. 

[00:17:17] C'est l'âge que j'avais lorsque j'ai été contrainte avec mes parents, comme des milliers et des milliers d'autres familles de quitter mon pays natal, Haïti, dans des circonstances terribles.

[00:17:30] Je suis née l'année de l'arrivée au pouvoir du dictateur François Duvalier. J'ai vécu ce qu'aucun enfant, personne en fait, ne devrait jamais avoir à vivre. J'ai vu des amis ligotés à des poteaux, en plein soleil, sous un soleil brûlant, des heures durant, exécutés par des soldats qui ont d'abord à intervalles tiré à blanc plusieurs fois avant le 12e coup qui fut fatal. Quelle cruauté.

[00:18:17] J'ai connu des familles entières emportées et qu'ils ont fait disparaître. J'ai entendu les cris de nos voisins assassinés par des milices du régime, qui ont mis le feu à la maison après en avoir bloqué toutes les issues.

[00:18:37] Quand mon père à son tour a été arrêté, nous nous préparions à l'idée qu'il ne reviendra jamais vivant. Un camion militaire la plus tard jetée devant la maison, et si vous saviez comme j'ai pleuré, comme j'ai pleuré de voir mon père recroquevillé, tenant se relever, vacillant sur ses jambes, visage méconnaissable, défiguré par les coups, son corps couvert de sang, le sien et celui de son meilleur ami, mort dans ses bras des blessures infligées par les tortionnaires.

[00:19:18] Et s'ils ont libéré mon père, c'était pour montrer à tous les étudiants du collège qu'il dirigeait ce qui pouvait leur arriver s'ils osaient critiquer le président et son armée.

[00:19:34] Il n'y avait pour nous comme pour tant d'autres pas d'autre solution que de fuir, de quitter le pays. C'était une question de vie ou de mort. 

[00:19:44] Nous avons eu la grande chance d'être aidés par des ambassadeurs qui ont réussi à faire sortir mon père. Ma sœur et ma mère et moi avons vécu dans la peur et l’insécurité jusqu'à ce que nous puissions à notre tour le rejoindre un an plus tard et c'était au Québec, au Canada, où le statut de réfugié lui avait été accordé. 

[00:20:06] C'est un tel traumatisme de devoir tout laisser derrière soi dans la précipitation, la peur et la terreur. Vous imaginez, devoir quitter tout ce qui vous est familier, toute votre vie derrière vous, certains d'entre vous savent de quoi je parle certainement dans cette salle.

[00:20:31] Rassembler dans l'urgence le peu de choses que l'on peut emporter avec soi, quelques vêtements, quelques photos, ne pas pouvoir dire au revoir à ses proches, à ses amis, ne pas savoir si vous allez y arriver, ni même où vous allez. 

[00:20:44] Vous n'avez pas d'idée, combien j'aimais la mer des Caraïbes, dans tous ses tons de bleu si pur, scintillant au soleil. J'ai adoré le parfum des fleurs tropicales, ylang-ylang, jasmin, frangipane, le goût des mangues, des ananas et des fruits de la passion, la douceur de la canne à sucre et de la noix de coco fraîche, l'arôme de la vanille dans le lait […] j’aimais les histoires de ma grand-mère jusque tard dans la nuit chaude. 

[00:21:19] Haïti est aussi une terre de grande beauté, vous savez. D’un peuple si généreux. On peut dire que j'étais une enfant heureuse, soudainement plongée dans un cauchemar. Imaginez maintenant cette fillette de 10 ans, la petite réfugiée d'Haïti, prise d'un vertige, aveuglée par les néons à l'aéroport de Dorval, à Montréal, avec sa mère et sa petite sœur. 

[00:21:52] Quitter sa maison et sa terre natale pour toujours c'est un peu comme se séparer de son propre corps. Aujourd'hui encore, cette expérience me hante, mais enfin, le Canada, j'étais là, une enfant du soleil arrivant dans ce pays d'hiver, par une froide nuit de février.

[00:22:15] D'abord, il y a eu la peur devant la terre glacée, puis l'émerveillement devant cette première chute de neige qui entrera dans ma mémoire. Et dans cette petite communauté minière de l'amiante, Thetford Mines au Québec, nous étions la seule famille noire.

[00:22:37] Nous ne pouvions échapper au regard. Nous étions l'attraction, l'objet d'une curiosité, oui, bienveillante, la plupart du temps, mais pas toujours. Ici et là quelques mots racistes, quelques insultes nous accablait.

[00:22:53] Avec le traumatisme du déracinement total, je me suis murée dans le silence, je ne parlais plus. J'écoutais, comme muette et les larmes venais, souvent.

[00:23:14] Je me disais que je ne prononcerai plus un mot de toute ma vie. Les mots étaient trop lourds, ils enflammaient ma gorge. Et maman, isolée elle aussi, était très silencieuse. Et puis est venu comme un moment de rédemption. C'est une professeure qui m'a sauvé.

[00:23:38] Elle m'a appelé devant toute la classe et d'une voix très douce m'a dit : Michaëlle, raconte-nous ton histoire. Raconte-nous ton histoire. J'étais effrayée. Je la regardais fixement, et elle insistait avec douceur. 

[00:24:06] Et j'ai eu l'impression que cela avait duré une éternité. Michaëlle, dis-nous d'où tu viens? Racontes. Et j'ai enfin réussi à articuler quelques mots, et j'ai vu une lueur d'intérêt dans les yeux de mes camarades de classe. Je la vois dans les vôtres en ce moment.

[00:24:33] Les mots et les souvenirs ont commencé à affluer, la voix m’est revenue, j'ai parlé de mon amour pour ma terre natale, j'ai parlé de ma perte, parce que j'étais en deuil, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à guérir. Et peu à peu, les cauchemars ont lâché prise et le besoin de raconter a été un baume sur mes blessures. 

[00:25:06] J'ai pu réapprendre à respirer… Nous avons toujours été reconnaissant d'avoir trouvé asile au Canada, et mes parents disaient toujours : Michaëlle, l’indifférence n'est pas une option. Il faut tout voir, même si c'est difficile, même quand c'est douloureux. Et cela a fait de moi qui je suis aujourd'hui.

[00:25:43] Dans les réunions de haut niveau aux Nations Unies sur les questions migratoires auxquelles j'ai participé à plusieurs reprises en tant que secrétaire général de l'organisation internationale de la francophonie, j'étais la seule, toujours la salle de tous les dirigeants dans la salle pouvoir dire : je suis passé par là. 

[00:26:02] Pour moi il ne s'agit pas de rangés de chiffres et de statistiques. Nous parlons de vies brisées, de ces hommes et ces femmes, ces enfants qui tentent tout pour renaître et se reconstruire.

[00:26:25] Alors je veux bien vous dire de quelle histoire je viens, puisque vous me le demandez. Et que vous m'invitez à la raconter. Ce grand pan d'histoire que trop peu de gens connaissent ici, l’histoire d'Haïti, l'histoire des Noir.e.s et l'histoire du monde.

[00:26:46] Tout comme l'histoire des peuples Autochtones constitue un chapitre crucial de l'histoire de l'humanité, sans connaître l'expérience des peuples noirs et celle des peuples autochtones, on ne peut comprendre l'histoire du monde. 

[00:27:05] L’île où je suis née, la plus grande île des Caraïbes, après Cuba, était appelée à l'origine par les peuples Arawaks, Taïnos et Caribes dont elle était le territoire depuis des millénaires Haïti Bohio Quisqueya, qui signifie terre ondulée de montagne.

[00:27:32] Un jour, l'histoire rapporte que c'était le 12 octobre 1492, les Arawaks, Taïnos et Caribes, eux-mêmes grands navigateurs sur la mer des Caraïbes virent arriver à l'horizon trois vaisseaux à grand mats, trois caravelles espagnoles d'où essaimèrent des dizaines de canaux avec des équipages qui ne tardèrent pas à débarquer sur l'île. 

[00:28:05] Et ce qui va se jouer changera le court de l'histoire de l'humanité. Les indigènes comprennent vite que celui qui exige de ses hommes d'enfoncer dans le sol une énorme croix, une énorme croix de bois et le chef. Il s'appelait Christophe Colomb, l'explorateur italien qui a convaincu la reine d'Espagne, Isabelle Première de Castille et son mari le Roi Fernand 2 d'Aragon de financer son expédition à la conquête des Indes. 

[00:28:44] À l'époque que les Européens appelaient les Indes étaient les territoires orientaux de l'Asie, l'Asie du Sud et du Sud-Est. Colomb promet de rapporter au monarque toutes les richesses des territoires dont il prendra possession. Il promet également à Isabelle, dite Isabelle la Catholique, d'évangéliser et de convertir au christianisme tous les peuples conquis. 

[00:29:12] Les Européens placent ainsi leur conquête territoriale au nom de Dieu, de la foi chrétienne qu'ils veulent répandre. Depuis des siècles, ils font la guerre aux peuples arabes et musulmans notamment autour de la Méditerranée l'Afrique du Nord où ils mènent croisade sanglantes. 

[00:29:32] Territoires et peuples conquis, voilà donc ce que signifie cette croix plantée au sol. Les Espagnols scrutent attentivement les insulaires massés devant eux, des hommes, des femmes, peu couverts en raison du climat tropical, et sur leur peau une patte rouge tirée des graines d'une fleur appelée […] pour ses propriétés médicinales, antiseptiques, qui les protège aussi du soleil. 

[00:30:02] Alors dans son journal, Colomb les décrits comme des pôts rouge. Et convaincu d'avoir débarqué en Inde, il les appelle des Indiens. Il a tout faux. Il a tout faux.

[00:30:19] Et dire que nous continuons d'appeler les Premières Nations des Indiens. Qu'est-ce qu'on dit, « Indian Affairs », nous continuons à dire cela, alors que c'est tout faux. 

[00:30:34] Mais en fait, les vents ont fait dériver et caravelles espagnoles vers l'est. Non pas par les Indes, l’Orient et l’Asie mais dans l'ouest dans l'autre sens. Lorsqu'il réalise leurs erreurs, ils nomment ces terres les Indes Occidentales en ajoutant ce qualificatif, le Nouveau Monde.

[00:30:56] Colomb et ses hommes sont frappés par les ornements sophistiqués, les plumes colorées, les tatouages, mais leur attention se porte surtout sur ses perles dorées que les indigènes portes autour du cou et aux poignets. 

[00:31:12] Il remarque aussi que ces gens ne sont pas armés. Anacaona, la courageuse reine Arawak, et les autres chefs Taïno et Caribe ne manifestent aucune hostilité. Au contraire, ils sont accueillants, ils veulent communiquer, ils sont curieux de savoir d'où viennent ces hommes vêtus de cuir, qui sont-ils? Quelle est donc cette langue que nous ne comprenons pas?

[00:31:43] Ils offrent aux Espagnols des plateaux de fruits, partage des pipes à tabacs, des boissons chaudes et sucrées, du café, du chocolat, autant de produits de saveurs exotiques inconnues en Europe. Les indigènes leur offrent enfin également quelques-uns de ces colliers. Colomb et ses hommes constatent alors qu'il s'agit bien de pépite d'or, oui, de cet or que convoitent les Européens. 

[00:32:11] Ces hommes venus d'Espagne, bien armés bien équipés sont précisément là pour ramener l'or, prêts à piller, massacrer pour s'en emparer. 

[00:32:22] Les Arawaks, les Taïnos et les Caribes sont dupés. Ils ne connaissent rien de ses sabres, de ses épées, de ses armes à feu qui seront bientôt retournées contre eux. Les chefs indigènes sont massacrés, la reine Anacaona est enlevée et pendue. La population indigène sera réduite en esclavage pour extraire l'or qui fera de l'Espagne une des puissances les plus riches d'Europe. Mission accomplie pour Christophe Colomb. 

[00:32:57] Et il baptise effrontément l’île Hispaniola, ou petite Espagne. D'autres voyages suivront poussant plus loin la conquête. Les grands empires des monarchies européennes, Espagne, Grande-Bretagne, Frances, Portugal, Hollande, Belgique Allemagne, désireuses d’étendre leur emprise et leur pouvoir sur la planète, rivaliseront pour s'arracher les territoires, s'arracher les richesses naturelles et minières, en Afrique, en Asie, est désormais dans les Amériques. 

[00:33:37] Nommées par un cartographe allemand en l'honneur d'Amerigo Vespucci, autre explorateur italien au service de l'Espagne. Ainsi a été baptisé par les Européens ce vaste continent habité pourtant depuis des milliers d'années du Nord au Sud par de nombreuses populations dont la fierté de leur trait de civilisation sera bafouée. 

[00:34:02] Les peuples aussi outrageusement vaincus ont radicalement et tragiquement diminué en nombre sur ce continent, décimés par les attaques meurtrières des colonisateurs qui les ont également montés les uns contre les autres et par des virus et des maladies apportés d'Europe.

[00:34:24] Alors le missionnaire espagnol de l'ordre dominicain, Bartolomé de las Casas, connu pour sa dénonciation des pratiques des colonisateurs espagnols en Amériques et sa défense des droits des peuples indigènes, et celui-là même qui recommandera que l'on prenne des Africains noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes et effectuer le dur labeur dans les mines d'extraction, et celui dans les plantations de sucre, de cacao et de café. 

[00:34:59] Las Casas n’a que tardivement pris conscience de la guerre menée en Afrique et des traitements brutaux et barbares inhumains infligées par les colonisateurs aux populations africaines. Jusqu'à son dernier souffle, il se repentira. Il se repentira de son erreur fatale qui a coûté des millions de vies humaines, soumises à l'idéologie déterminante de la colonisation qui est celle de la supériorité de la race blanche.

[00:35:30] C'est sur la foi de cet argument, celui de la suprématie blanche que les monarchies européennes s'arrogent le droit de dominer, déposséder, exterminer, capturer et embarquer sur des milliers de navires qui vont sillonner les océans et les mers entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques des millions d'hommes, de femmes et d'enfants enchaînés, humiliés, pour être vendus et livrés comme du bétail, comme des bêtes de somme sur lesquels les maîtres avaient tous les pouvoirs, de vie et de mort, de viol et de torture. 

[00:36:10] C'est une histoire terrible, de ce commerce et de l'esclavage, l’Europe a encaissé tous les bénéfices et s'est couverte d'or. Et des richesses tirées de la spoliation des autres, du sang de la sueur des peuples meurtris et envahis.

[00:36:30] L'histoire des peuples d'Afrique et des Amériques est entachée d'une expérience dont on ne sort pas indemne. Celle d'un racisme omniprésent, d'une déshumanisation totale et d'un génocide aux proportions inouïes, estimé à plus de 30 à 40 millions de victimes.

[00:36:55] Les principales langues parlées aujourd’hui dans le monde sont le reflet de l'emprise coloniale. Puis les territoires sont ainsi balkanisés. En République Dominicaine, sur une même île, on parle espagnol et en Haïti juste à côté le français.

[00:37:16] Puis émergera le créole, langue d'ancrage et de résistance pour ses escales dans les maîtres s'assurait qu'ils soient issus de différents groupes ethniques et linguistiques africains pour ne pas qu'ils puissent communiquer entre eux.

[00:37:32] Alors la France avait pris à l'Espagne une partie de l’île qui est devenue la colonie française de Saint-Domingue tandis que les Espagnols ont gardé l'autre moitié qu'ils ont appelé Santo Domingo. 

[00:37:45] Au bout de 400 ans, 400 ans, d'exploitation inhumaine et de colonisation féroce survient en 1791 quelque chose d'inimaginable à Saint-Domingue. Saint-Domingue qui rassemblait les plus grands domaines, les plus riches plantations de la région, une explosion de colère et une insurrection que plus rien ne peut contenir. 

[00:38:19] D'abord de par le nombre d'hommes et de Noir.e.s révoltés. Un demi-million d'esclaves enflammés par un gigantesque espoir. Trois faisceaux de lumière, trois valeurs phares, Liberté, Égalité, Fraternité. Que les Noir.e.s des plantations ont ressenti dans leur chair, Liberté, Égalité, Fraternité. 

[00:38:52] Ils vont oser s'en emparer, à la vue de leur charge puissante, de ces trois valeurs phares, dans cette révolution qui en 1789 met fin à la monarchie absolue en France. La liberté ou la mort. Ils se saisissent de cet idéal et l’appliquent à eux-mêmes, malgré leurs conditions, ou surtout du fait de leur condition d'esclave. Traités comme des êtres inférieurs, exploités sans pitié, dès le berceau, et maltraités jusqu'à la tombe par leur maître. Ils incendient les plantations, ils incendient les propriétés, prenne les armes, font fuir les propriétaires blancs des plantations et s'emparent du territoire. 

[00:39:43] Vous vous imaginez, paniqué, l'empereur Napoléon Bonaparte envoie ses navires de guerre. Mais rien ne parvient à mater la révolte. Les Noir.e.s brisent leur chaîne et s'affranchissent par eux-mêmes.

[00:40:04] Pas question de reculer. 100 000 y laisseront leur vie. Alors c'est de ce combat, c'est de ce courage invincible qu'est né mon pays, et nous, ses filles et ses fils, nous en sommes conscients, tous les jours. 

[00:40:30] Et permettez que je pousse encore plus loin. Je vous le disais, on ne sort pas indemne des siècles d'esclavage, des stigmates de la domination coloniale, de cette violence inouïe et de cet héritage. Il n'est pas étonnant qu'un système fondé sur l'idéologie de la suprématie de la race blanche, cette aliénation, cette haine insensée, fondée sur la couleur de la peau, mais surtout sur des intérêts, ait donné lieu à tant de fracture, de déchirure et d'horribles massacres.

[00:41:10] On aime à se rappeler bien sûr, la grande et glorieuse histoire, l'incroyable exploit victorieux, mais il nous faut apprendre aussi des contours de cette histoire, des épisodes d'affrontement impitoyable et sanglant entre les pères fondateurs d'Haïti eux-mêmes.

[00:41:25] Retenez leurs noms : Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, Jean-Jacques Dessalines et Henry Christophe, généraux, afro-descendants recrutés et formés au sein de l'armée française coloniale. 

[00:44:45] Tous ces héros ont eu bien sûr leur part de bravoure, leur vaillance, mais aussi leur part de méfaits de contradictions que les colons blancs ont su attiser et exploiter à leur guise, diviser pour mieux régner.

[00:42:09] Ancien esclave affranchi à l'âge adulte par ses maîtres, les capacités militaires exceptionnelles de Toussaint Louverture le hissent au sommet du pouvoir militaire et politique de la colonie française, de Saint-Domingue. 

[00:42:26] Napoléon Bonaparte le reconnaît comme un leader et le nomme capitaine général de Saint-Domingue, deuxième personnage d'importance après le représentant légal de La France.

[00:42:41] Cet homme noir, ancien esclave, et ainsi hissé à ce sommet. Toussaint Louverture alors rêve davantage d'autonomie dans le contexte colonial. Lorsque Napoléon Bonaparte devient commandant général de toutes les troupes et premier consul chargé de réviser la constitution française, les colonies sont placées sous un régime d'exception. Toussaint Louverture rédige alors de son côté une nouvelle constitution. 

[00:43:16] La constitution de Saint-Domingue du 8 juillet 1801 qui ose garantir l’égalité des chances et l’égalité devant la loi pour toutes les races. Contradictions toutefois, il conserve le travail forcé et l'importation des travailleurs par le biais de la traite des esclaves et se consacre gouverneur à vie. 

[00:43:42] Louverture s'identifie comme français et tente de convaincre Napoléon Bonaparte de sa bonne volonté. Évidemment Bonaparte qui prépare un pacte avec l'Espagne désapprouve l'ambition de décolonisation de Toussaint Louverture pour toute l'île, y compris sa sous-région espagnole. 

[00:44:05] Il envoie son beau-frère, le général Leclerc, avec 20 000 hommes armés arrêter Toussaint Louverture, assurer fermement l'ordre colonial et renforcer l'esclavage.

[00:44:20] Trahi par son lieutenant général, Jean-Jacques Dessalines, le voir participer à sa capture, Toussaint Louverture tombe dans un désarroi total. Il est déporté pour être emprisonné dans les murs glacés du Fort de Joux en France où il meurt en 1803 de froid. 

[00:44:49] Alexandre Pétion et d'autres ennemis de Toussaint Louverture rejoignent le mouvement indépendantiste et proclame la république d'Haïti le 1er janvier 1804. C'en est fini de la colonie française de Saint-Domingue. 

[00:45:09] C'est ainsi qu'est née en 1804 la première République d'hommes et de femmes noirs qui se sont libérées par eux-mêmes et ont rendu à la terre jadis souillée par leur dégradation et leur douloureuse captivité son nom d'origine, Haïti.

[00:45:36] Cette alliance fondamentale entre les peuples conquis. Nous sommes, mais aussi en gardant en mémoire les premiers peuples de ce lieu. Quelques mois plus tard, Jean-Jacques Dessalines établis le premier empire d'Haïti et se proclame empereur sous le nom de Jacques Premier. 

[00:46:03] Son règne est de courte durée. Alexandre Pétion, d'abord proche de l'empereur, mène contre lui une conspiration qui aboutit à la mort de Jean-Jacques Dessalines le 17 octobre 1806. Suivi de l'abolition de son petit empire.

[00:46:21] Pétion parvient à un accord avec une autre figure illustre de la révolution haïtienne, Henri Christophe. Mais la concurrence et très vite la discorde s'installe. Christophe élu président de la république, rompt avec le Sénat contrôlé par Pétion. 

[00:46:39] Haïti est de facto divisé en deux états : le Sénat qui ne reconnaît plus Christophe comme président élu Pétion à sa place. La guerre s’en suit.

[00:46:50] Christophe contrôle le nord où il crée un royaume dont il s'autoproclame roi. Pétion règne sur le sud et reconnaissant l'aspiration des paysans, anciens esclaves, à posséder leur propre lopin de terre, il s'empare des plantations et les répartit entre ses partisans et le peuple. Et pour la population, Pétion est devenu Papa Bon-Cœur. Le chef au bon cœur.

[00:47:19] Partisan en principe de la démocratie constitutionnelle, Pétion devient de plus en plus, on le sent, intolérant aux contraintes imposées par le Sénat. En 1816, il se proclame président à vie. En 1818, il suspend le pouvoir législatif.

[00:47:38] Mais rendons une chose à Pétion, c'est lui qui a permis aux formidables mouvements d'abolition impulsée par Haïti à s'étendre à tous les peuples opprimés des Amériques. Liberté, égalité, fraternité non seulement pour nous, haïtiens et haïtiennes, mais pour tous les autres peuples enchaînés du continent et du monde, a dit le président de la jeune république d'Haïti à Simón Bolívar, surnommé El Libertador.

[00:48:16] Chassé du Venezuela en 1815 et à qui Pétion a donné asile. Pétion lui donne aussi des ailes, accepte de fournir à Bolívar les moyens financiers, matériels et logistiques pour reprendre les campagnes de décolonisation, en suivant l'exemple étonnant d'Haïti. Mais une condition, à une condition, que cette lutte garantisse l'émancipation des esclaves, la liberté pour tous sur l'ensemble des terres libérées. 

[00:48:53] C'est ainsi que naissent les nouvelles républiques d'Amérique Latine, que nous connaissons aujourd'hui, elles naissent de l'audace, de la vision victorieuse et des ressources de la petite république d'Haïti. Il n'y a pas de petits peuples ni de grands peuples. Il y a une vision pour l'ensemble. 

[00:49:15] Haïti et son peuple, comme vous le savez, ont payé très cher cet incroyable exploit qui bouscule quatre siècles de domination coloniale. Les grandes puissances européennes avec la complicité des États-Unis, tous esclavagistes et ségrégationnistes, n'ont pas ménagé leurs représailles. Haïti a été isolé par un embargo total et faute d’accès au marché, son économie a été réduite à néant.

[00:49:41] La France exige des haïtiens qu'ils versent à leurs anciens maîtres 150 millions de francs et que les emprunts soient exclusivement contractés à des banques françaises, au taux d'intérêt les plus élevés. Elle crée une dette si lourde et si durable qu'elle a contribuée à jeter Haïti dans la pauvreté et le sous-développement. 

[00:50:06] Je vous recommande de lire d'ailleurs la série d'enquête du New York Times de mai 2022. Précipitez-vous, allez la lire. Un effort monumental dirigé par la journaliste canadienne Catherine Porter anciennement du Toronto star. 
[00:50:21] l’une des questions auxquelles l'enquête temps de répondre est la suivante : que ce serait-il passé si Haïti, libérée du fardeau de la dette, s'était développé au même rythme que ses voisins d'Amérique latine?

[00:50:35] Une hypothèse raisonnable à tous points de vue. Et si l'argent était resté en Haïti? Il aurait pu être investi dans des infrastructures essentielles, ponts, écoles, hôpitaux, des investissements qui s'avèrent payant à long terme et stimulent la croissance d'un pays, son développement. Compte tenu de ces éléments, la perte pour Haïti, ce que les économistes appellent le coût d'opportunité est estimé entre 21 et 115 milliards de dollars américains, soit environ une fois et demie à huit fois la taille de l'économie haïtienne en 2020.

[00:51:11] Alors pendant près de six générations jusqu'à celle de mes parents, Haïti a versé des dizaines de milliards à l'État français. Et ça, pour indemniser capital et intérêt, les propriétaires d'esclaves chassés par nos ancêtres, chassés de leur plantation, et leurs descendants. 

[00:51:37] En d'autres termes, nous avons dû payer ceux qui nous possédait pour le privilège d'avoir repris notre liberté après des siècles de violence, de génocide, d'abus et de travail forcé à leur profit. 

[00:51:53] Alors, de cette odieuse dette, l’économie haïtienne ne s'est jamais remise, au point de devenir, oui, le pays le plus pauvre de l'hémisphère. Un stigmate, un qualificatif toujours accolé à Haïti dans le discours dominant. Que vous dit-on et qu'entendez-vous quand on vous parle Haïti? Pays le plus pauvre de l'hémisphère. Il faut savoir pourquoi.

[00:52:18] Les États-Unis prendront position également en Haïti avec l'envoi de centaines de marines par le président américain Woodrow Wilson qui occuperont le pays afin, dit le président américain, d’y protéger les intérêts économiques américains. Raciste, allié de la France, ils prennent ainsi à leur tour le contrôle complet de l'économie et de la banque centrale Haïti. 

[00:52:47] Le 1er août 1934, le président Franklin Delano Roosevelt décide du retrait des marines et le 15 août 1934 transfèrent formellement l'autorité aux forces armées haïtiennes qui ont été créées par les États-Unis.
[00:53:06] 220 ans plus tard, depuis sa proclamation, la république d'Haïti est toujours en sol instable. Et la population tente de survivre, affligée d'une épreuve à l'autre, y compris par l'esprit de discorde.

[00:53:23] Le spectre de la trahison, de la division, très souvent attisés par des grandes puissances dans lequel malheureusement les pères eux-mêmes, les pères fondateurs de la nation ont sombré.
[00:53:36] Comme si nous ne pouvions pas y échapper. Je pourrais, vous savez, continue à parler de l'occupation américaine, des nombreux coups d'état, du passage d'un régime à l'autre, de la déstabilisation, de la désarticulation politique du pays, des impasses.

[00:53:55] L’histoire a montré à maintes reprises, je termine là-dessus, combien les auteurs de nos malheurs ne sont pas seulement extérieurs mais aussi dans nos rangs. Combien d'autocrates, meurtriers, combien de prédateurs, d'assassins et de bandits ont accédé au pouvoir pour en abuser. 

[00:54:15] Ne se souciant nullement du bien commun, ni des idéaux de notre émancipation, ni de l’État de droit, les principes de justice, de l'intérêt supérieur du peuple et de la république, l'intérêt supérieur de la nation, l'intérêt général, ils ont systématiquement bafoué la liberté. 

[00:54:38] Des castes privilégiées d'oligarques se sont constituées, des fossés se sont creusés toujours davantage, entraînant un appauvrissement plus important de la population et le rêve d’égalité a été anéanti, anéanti.
[00:54:55] Le mépris de l'autre et de sa dignité, la prédation, l'indifférence totale et l'exploitation abjecte et accablante pour les classes ouvrières et paysannes livrés à la misère et la pauvreté extrême, la séparation et la caractérisation fondée sur la couleur de la peau ne constitue qu'un déni de notre humanité commune.

[00:55:16] Et si seulement, si seulement nous avions pu garder au premier plan les valeurs humanistes universelles, les idéaux fondateurs et originelles. Le pays sombre dans la misère faute d’investissement dans son capital humain, dans des politiques publiques ciblées, dans des infrastructures essentielles, dans la protection de son territoire, faute d'une vision de développement inclusive, responsable et durable, sa jeunesse est désœuvrée, sans but et sans perspective d'avenir. Et le déficit est abyssal. 

[00:55:49] Un déficit de justice et d'équité. L'impunité et la corruption érigée en système, une population abandonnée, livrée la précarité et à l’indigence, voyez le désastre. Ces organisations criminelles sans foi ni loi, désormais maîtresse de la capitale et président à la balkanisation du pays, plus d'une centaine d'organisations criminelles dont les munitions et les armes de guerres sont achetées sur le libre marché américain transitent aussi librement de la Floride jusqu'en Haïti sur des bateaux qui ne sont nullement importunés par les garde-côtes américains et qui une fois les armes livrées repartent avec des cargaisons de drogue. 

[00:56:30] L'hypocrisie est flagrante, il faut le dire. Alors que la police maritime américaine arraisonne toutefois les bateaux transportant les pauvres migrants qui fuient par la mer la terreur se met par ces gangs. 
[00:56:43] Une terreur sans nom qui se traduit par des viols quotidiens de femmes et d'enfants, l’effarante multiplication des kidnappings, des quartiers incendiés, des assassinats ciblés, des assauts constants, c'est l'enfer. 

[00:57:00] La population épuisée et se sentant complètement larguée par une classe politique corrompue, une force de police largement infiltré et dépassé, verse dans une colère exaspérée. Et comme il est difficile de la voir se mettre à pratiquer une violence expéditive sur toute personne présumée membre d'un gang, capturé par des vigiles populaires en place dans les quartiers. 

[00:57:32] L'horreur des exécutions sommaires de jeunes recrues avérées ou présumées des gangs, se passe sous les yeux effarés des enfants. Le premier ministre de facto Ariel Henry n'a pas la confiance de la population. Il a été mis en place par le groupe des ambassadeurs notamment des États-Unis, de la France, du Canada et des Nations Unies en Haïti après l'assassinat du président Jovenel Moïse.

[00:57:59] Et ils ont procédé sans tenir compte de la société civile ni de la constitution haïtienne. Le président Moïse a été exécuté par les mêmes criminels à qui il avait été accordé l’impunité, pensant obtenir leur protection en les encourageant à se coaliser, suivant ainsi la voie tracée par son prédécesseur Michel Martelly 

[00:58:20] Or avec la mafia, dès lors que vous vous en approchez, elle vous dévore. Elle saisit l'occasion. Alors à quoi je pense en voyant mon pays natal dans cet état? Je ne peux m'empêcher de penser aux 500 000 esclaves de la colonie française de Saint-Domingue, ce demi-million de femmes, d'hommes et de jeunes qui se sont rebellés pour la conquête de la liberté, l'espoir d’égalité et la soif de fraternité. 

[00:58:55] Aux 100 000 d'entre eux ont perdu la vie, à leurs souffrances, leurs sacrifices, leurs aspirations profondes à la justice et à la solidarité, et je suis peinée de voir les institutions haïtiennes démantelées, paralysées, nivelées une fois de plus par la corruption et l'impunité totale. Je suis attristée par le spectacle de materne natal, discréditée aux yeux des organisations internationales est méprisée par tant de gens. 

[00:59:22] Et je le dis en toute vérité, librement. Alors il faut se mettre à l'épreuve des faits et des réalités, des siècles passés à aujourd'hui. En conclusion, je voudrais que chaque fois que vous entendez dire Haïti, le pays le plus pauvre de l'hémisphère, que vous pensiez à ce que le peuple haïtien a su offrir à l'humanité. 

[00:59:55] Nous sommes ici au Canada, de cette même histoire, celle de la colonisation européenne sur ce continent, d'est en ouest et du sud au nord. Nos destins sont dès lors liés il nous incombe donc d’en tirer solidairement des enseignements. 

[01:00:18] Je vous remercie.

[01:00:49] Adelle Blackett : Madame la Présidente Lenton, Chef de la direction Murray, Professeure Davis, poète Kamahary, membre de l'audience, collègues et amis, votre Excellence, la Très Honorable Michaëlle Jean, quel honneur de vous entendre dire cette histoire d'Haïti qui peut difficilement être dite.  

[01:01:15] Mais doit être dite et redite dans toute son ampleur sans nous épargner de sa douleur. La douleur vécue par la petite fille de 10 ans qui aimaient tellement la mer et qui, face aux traumatismes de l'oppression sanglante, historique et systémique, s'est murée dans le silence. 

[01:01:44] Cette fillette qui est devenue une voix des plus distinguées et éloquentes offrant un plaidoyer juste pour comprendre à quel point l'histoire d'Haïti est l'histoire du Canada, est l'histoire du monde. Car veut, veut pas l’histoire de l’esclavage et du colonialisme est une histoire globale qui a façonné le monde tel qu'on le connaît et tel qu'on le vit, dans toutes ses inégalités. 

[01:02:15] Car veut, veut pas, le passé sera réduit au silence. Si selon l'anthropologue Michel-Rolph Trouillot, l'histoire de l'Occident n'est pas redite selon les perspectives du monde. Les perspectives du monde, on sait quand les paroles, et oui les silences viennent nous chercher, nous habiter quand les paroles sont les nôtres ou pas.  

[01:02:42] Lors d'un discours que vous avez prononcé, après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010 intitulé « Lettre au pays natal », vous avez affirmé que « C'est alors que l'on brandit le grand mot de résilience pour caractériser le peuple haïtien. Miséricorde! Ce refrain aussi est insupportable. La résilience est le dernier recours des écorchés. » Dire notre histoire selon les perspectives du monde, c'est plutôt un récit de refus. 

[01:03:17] Vous parlez avec raison de résistance et d'ancrage. Certes par le Créole, mais aussi selon le poète Aimé Césaire dans son « Cahier d'un retour au pays natal », dans la façon d'imprégner tout récit - en français - de la nuance, la complexité et la beauté du pays natal où vous retournez systématiquement par amour et par devoir de mémoire. 

[01:03:48] L'histoire du peuple Haïtien nous a montré à toutes et tous le chemin, car ce peuple s'est mis « debout » et ainsi a dit au monde « qu'il croyait à son humanité. » Et Haïti insoumis le paye toujours.

[01:04:06] Qu'en est-il donc du futur? Le sujet de cette installation de séries du Congrès 2023 Voir Grand. En quoi ce retour nous permet-il de Réimaginer l'avenir des Noir.e.s?  

[01:04:22] Il me semble que votre réponse, Madame Jean, est incontournable. Le futur résident dans le retour. Sankofa, nous avons été témoins de ce mot et symbole développé par le peuple Akans, des États Ouest-Africains et du Ghana, ainsi que de la Côte d'Ivoire et du Togo, qui exige un retour aux sources.  

[01:04:51] Retourner pour retrouver ce qu'on a laissé derrière, c'est nécessaire pour construire notre avenir. Le retour n'est pas un retour au folklore, à une histoire de rois ou même « des Amazones du roi du Dahomey ou des princes du Ghana avec 800 chameaux… » Votre narration de l'histoire, toujours selon Césaire, nous oblige à apporter ce regard qui ne fléchit pas devant les déceptions récurrentes. Face aux forces qui œuvrent à détruire notre solidarité, nous avons une responsabilité énorme envers notre bien-être collectif, notre épanouissement communautaire. Nous avons besoin d'affronter la peur la plus profonde ou, pour paraphraser l'historien Vincent Harding, dans son récit sur la vocation du savant noir, la peur que nous soyons vraiment si puissants, si capable, pour oser bâtir encore une fois autre monde. 

[01:06:10] Vous le savez si bien, et vous y apportez ainsi un regard qui est plein de perception et d'empathie. Un œil passionné, votre œil passionné.   

[01:06:25] Après vous avoir admiré à distance depuis ma jeunesse, j'ai eu l'honneur de faire votre connaissance en 2012, Ambassadrice pour l'Unesco en Haïti, vous avez su que j’œuvrais avec l'organisation internationale à laquelle l'État Haïtien était membre depuis sa fondation en 1919, l'organisation internationale du travail aux côtés des syndicats, des employeurs, des représentants gouvernementaux, pour essayer de reconstruire un droit du travail post-duvaliérien, un futur d’un droit du travail qui remettait l'émancipation au cœur du droit du travail haïtien.  

[01:07:07] Et vous m'avez reçue à l'Université d'Ottawa et lors d'un échange qui m'a tellement marqué, par son engagement envers l'autodétermination du pays, vous m'avez laissé avec des mots généreux d'encouragement et de confiance dans ce potentiel collectif du peuple. 

[01:07:30] Bref, dans votre insistance sur le retour et sur l'engagement actif, vous incarnez cet espoir lucide aux yeux grands ouverts pour Haïti qui est indissociable du peuple haïtien, qui est indissociable de l'avenir des Noir.e.s, qui est indissociable de l'avenir du Canada, qui est indissociable de l'avenir mondial. 

[01:07:57] Deux de nos grandes lumières, C. L. R. James et Sylvia Wynter ont depuis longtemps théorisé le rôle central d'Haïti pour toute tentative de comprendre et de reconstruire les avenirs noir.e.s et les perspectives du monde. Ces visions sont enracinées dans une profonde croyance en notre potentiel comme peuple d'ascendance africaine, a se recréer et réussir à créer un monde nouveau. 

[01:08:27] À l'heure actuelle, au siège des Nations Unies, à New York, il se passe la deuxième session du nouveau forum permanent des personnes d'ascendance africaine, instituée comme suite logique de la décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. 

[01:08:46] Ses membres ont préparé la session en sollicitant des perspectives sur l'importance de l'histoire d'Haïti à la construction d'une déclaration sur la promotion, la protection et le plein respect des droits humains des personnes d’ascendance africaines pour cet avenir collectif. Et la récente déclaration de Halifax élaborée via votre fondation, avec la très grande participation des communautés noires, y compris, et surtout avec la jeunesse, un texte qui insiste sur l'importance de briser le silence, de reconnaître, de rechercher la justice et de favoriser le développement sera spécialement intéressant pour ce développement de la déclaration.

[01:09:43] Dans le secteur universitaire, je ne pourrais pas passer sous silence la charte de Scarborough contre le racisme anti-Noir.e.s et pour l'inclusion des Noir.e.s dans l'enseignement supérieur au Canada qui met de l'avant les principes d'épanouissement noirs, d’excellence inclusive, la mutualité, car nos dessins sont profondément liés, ainsi que la responsabilisation des institutions face à la réalisation de cette inclusion, ainsi que les actions bien concrètes pour façonner notre avenir. 

[01:10:14] Et je conseille un retour même à l'histoire des Nations Unies et de son prédécesseur la Société Des Nations pour prendre un seul exemple trop peu connu, l'avocat et l'ambassadeur haïtien Dantès Bellegarde un des seuls membres du comité temporaire sur l'esclavage de 1924, il y a 100 ans, qui n'était pas un administrateur colonial, et pendant l'occupation même d'Haïti par les États-Unis, osait insister sur l'importance des contributions de la révolution haïtienne pour conceptualiser la convention sur l'esclavage ainsi que le travail libre du monde entier. 

[01:10:57] L'histoire d'Haïti nous enseigne ou néglige d’articuler une vision du travail libre vécu en pleine dignité humaine à notre période. Et donc pour conclure dans la construction actuelle d'une déclaration future des Nations Unies sur les personnes d'ascendance africaine, ainsi, une justice réparatrice. 

[01:11:25] L’indifférence n'est pas une option. Vous le dîtes si bien. Nous ne pouvons pas être simples spectateurs quand à nouveau selon Césaire « la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. »

[01:11:46] Surtout, cher auditoire, quand vous imaginez et participez par solidarité, c'est-à-dire par profonde compréhension de notre mutualité humaine, à la construction des avenirs émancipateurs noirs, je vous invite à garder à l'esprit cette petite fille de 10 ans qui voudrait voir la mer se gonfler du soleil, devenir un bijou aussi gros que la terre. Merci.  

[01:12:43] Andrea Davis : Je tiens à exprimer ma sincère attitude gratitude à la très Honorable Michaëlle Jean pour cette discussion émouvante, c'est un grand honneur de vous avoir parmi nous aujourd'hui. Je remercie également Adelle Blackett pour cette réponse percutante.

[01:13:00] Au nom de la Fédération et de l'Université York, nous remercions à nouveau les commanditaires de la série Voir Grand : CRSH, FCI, Universités Canada et SAGE Publishing.

[01:13:12] La vidéo de la causerie d’aujourd’hui sera disponible sur la plate-forme du Congrès jusqu'au 30 juin. C'est la dernière causerie Voir Grand du Congrès 2023. Et ce fut un plaisir de vous accueillir cette semaine.  

[01:13:27] S'il vous plaît, remplissez un sondage parlant de votre expérience après votre départ. Merci d’être parmi nous aujourd’hui, je vous invite à profiter du reste de votre journée et des autres séances du Congrès. Merci.