Plus qu'un simple jeu : trouver son appartenance grâce au soccer

Balado
30 juillet 2026

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Introduction

Le soccer est souvent décrit comme le sport universel. Il transcende les frontières et rassemble les gens au-delà des langues et des cultures comme peu d’autres sports savent le faire. Et tous les quatre ans, la Coupe du monde de la FIFA transforme ce lien en un spectacle mondial, entraînant des milliards de personnes dans la même histoire qui se déroule sous leurs yeux, faite de victoires, de déceptions et de fierté nationale.

Le soccer a le pouvoir de rassembler les gens, mais il peut également refléter les divisions qui existent déjà en dehors du terrain.
Alors, qui a réellement sa place dans ce sport?

Des clubs locaux à la Coupe du monde de la FIFA, l’expérience du jeu peut être très différente selon les joueur.euse.s.

Pour cet épisode, Karine Morin reçoit Greg Yerashotis, professeur adjoint à l’Université Trent. Depuis des années, il s’intéresse à la relation entre le sport et l’inclusion sociale, plus récemment à travers le prisme de la vie de jeunes immigré.e.s pratiquant le soccer à Toronto. Leurs expériences offrent une autre façon d’appréhender la Coupe du monde et de s’interroger sur ce que signifie l’appartenance lorsque le monde entier a les yeux rivés sur cet événement.

À propos de l'invité

Photo de Greg YerashotisGreg Yerashotis est professeur adjoint en sociologie à l’Université Trent. Il est titulaire d’une licence avec mention en sociologie, d’un master en criminologie et en études socio-juridiques, ainsi que d’un doctorat en études sur la culture physique de l’université de Toronto.

Ses recherches universitaires et son engagement communautaire portent sur le sport, le genre, la santé et l’inclusion sociale; il s’intéresse plus particulièrement à la manière dont la pratique sportive au sein de la communauté favorise l’intégration des jeunes immigré.e.s et des nouveaux arrivant.e.s dans la société canadienne.

[00:00:06] Karine Morin : Le soccer est souvent décrit comme le sport universel. Il transcende les frontières et rassemble les gens au-delà des langues et des cultures, comme peu d’autres sports le font. Et tous les quatre ans, la Coupe du monde de la FIFA transforme ce lien en un spectacle mondial, entraînant des milliards de personnes dans la même histoire qui se déroule sous leurs yeux, faite de victoires, de déceptions et de fierté nationale.

[00:00:33] Le soccer a le pouvoir de rassembler les gens, mais il peut également refléter les divisions qui existent déjà en dehors du terrain. Alors, qui a réellement le droit d’y trouver sa place? Des clubs locaux à la Coupe du monde de la FIFA, l’expérience du jeu peut être très différente d’un.e joueur.euse à l’autre. 

[00:00:49] Je reçois aujourd’hui Greg Yerashotis, professeur adjoint à l’Université Trent. Depuis des années, il s’intéresse à la relation entre le sport et l’inclusion sociale, plus récemment à travers le parcours de jeunes immigré.e.s pratiquant le soccer à Toronto. Leurs expériences offrent une autre façon d’appréhender la Coupe du monde et de s’interroger sur ce que signifie l’appartenance lorsque le monde entier a les yeux rivés sur l’événement. Je m’appelle Karine Morin. Bienvenue au balado Voir Grand.

[00:01:17] Karine Morin : Greg Yerashotis, bienvenue.

[00:01:20] Greg Yerashotis : Merci de m’accueillir.

[00:01:22] Karine Morin : Vous êtes donc professeur d’université, mais aussi fan de soccer, comme on appelle ce sport ici au Canada. Et cet épisode est enregistré quelques jours seulement après la finale de la Coupe du monde de la FIFA – quel match mémorable!

[00:01:36] Avant cela, Vancouver et Toronto ont accueilli certains matchs, et nous savons que des soirées de visionnage ont été organisées partout dans le pays tout au long du tournoi. Alors, selon vous, comment les Canadien.ne.s ont-ils vécu cette Coupe du monde en termes de liens culturels et d’inclusion sociale?

[00:01:52] Greg Yerashotis : Tout d’abord, d’un point de vue purement personnel, je pense pouvoir parler au nom de nombreux.euses Canadien.ne.s et fans de soccer en affirmant que cet événement revêt une importance particulière du fait que nous avons accueilli le tournoi.

[00:02:07] Je pense que cela a vraiment mis en lumière la passion pour le soccer qui anime les Canadien.nes. Mais c’est une question très intéressante dans le contexte canadien, et la raison en est que le soccer est un sport mondial, n’est-ce pas? Il possède cet attrait transnational.

[00:02:29] Vous savez, si l’on considère certaines des villes hôtes, ce sont les villes canadiennes les plus ouvertes sur le monde. Prenons l’exemple de Toronto : en tant que jeune ayant grandi dans cette ville, même avant que nous n’accueillions le tournoi, j’ai toujours beaucoup apprécié la période de la Coupe du monde. 

[00:02:46] Je suis à moitié chypriote de mon côté paternel. Je soutenais la Grèce quand j’étais jeune, et je me souviens du moment où elle a remporté l’Euro : j’étais là, sur Danforth, un moment marquant de ma vie de fan de soccer.

[00:02:58] Mais je pense que ma propre expérience met en lumière quelque chose, à savoir mon soutien à la Grèce à l’adolescence, que de nombreux.euses Canadien.ne.s partagent également : il s’agit de cette sorte de double allégeance, le fait d’avoir plusieurs affiliations en raison des liens transnationaux que beaucoup de Canadien.ne.s entretiennent.

[00:03:19] Ainsi, de mon point de vue de personne qui s’intéresse à la diversité ethnique et au multiculturalisme, ce qui a été vraiment intéressant à observer, c’est la manière dont les Canadien.ne.s ont, à bien des égards, trouvé un équilibre entre leur soutien à l’équipe nationale canadienne – qui, avant les deux derniers tournois, n’était pas vraiment une valeur sûre ni ne représentait une menace sérieuse pour remporter ce tournoi.

[00:03:45] Mais maintenant que c’est le cas, on constate soudain ces attachements et ces affinités contradictoires que les gens éprouvent à l’égard de leur héritage ethnoculturel, n’est-ce pas? Peut-être l’ascendance de leurs parents, d’une part, et leur sentiment d’appartenance à la nation canadienne, d’autre part.

[00:04:00] Ce qui a donc été vraiment passionnant, c’est de constater le soutien apporté à ces différentes nations à travers le monde, alors qu’en même temps, il y a cet immense et solide soutien en faveur du Canada. Je pense que c’est là quelque chose de typiquement canadien que j’ai vraiment eu envie de suivre et d’observer tout au long du tournoi, jusqu’à sa conclusion.

[00:04:24] Karine Morin : Vous venez donc d’utiliser le mot « multiculturalisme ». Considérez-vous la Coupe du monde comme un événement sportif où le multiculturalisme devient véritablement visible, plutôt que d’être simplement abordé ici comme un concept théorique?

[00:04:51] Greg Yerashotis : Je le pense, Karine. Je pense que si l’on observe à quoi ressemble le multiculturalisme sur le terrain, et encore une fois si l’on prend l’exemple de ces métropoles mondiales, on voit qu’il se concrétise, n’est-ce pas? Et je dirais qu’il existe différentes façons de l’observer, tant dans l’expérience des supporters que dans la composition même de l’équipe nationale canadienne.

[00:05:17] Je pense que si vous considérez l'accueil réservé à Toronto lors du dernier match du Portugal… Vous savez, Toronto compte, euh, l’une des plus grandes communautés portugaises en dehors du… je crois que c’est le Brésil, je pense que nous venons juste après… il y avait plus de 10 000 supporters portugais dans les rues, simplement, vous savez, pour soutenir le Portugal, et des entrevues ont été réalisées avec certains joueurs de l’équipe nationale portugaise, à qui l’on a demandé : « Est-ce normal? Est-ce que vous vivez cela dans d’autres villes hôtes? » 

[00:05:43] Et ils ont répondu : « Non, ce n’est pas normal. Nous l’apprécions énormément, mais c’est quelque chose d’incroyablement unique. » Et puis il y a cet article sur notre équipe nationale, qui, je pense, a fait l’objet d’une grande couverture médiatique; la diversité ethnique de l’équipe a été mise à l’honneur d’une manière qui, selon moi, est en quelque sorte unique dans l’histoire du sport canadien.

[00:06:11] Le Canada est une nation fière de ses traditions sportives. Cependant, je dirais que la relation entre le sport canadien et le multiculturalisme est fragile, et j’ajouterais que cela tient en grande partie au fait que nos équipes de hockey – bien qu’incroyablement inspirantes sur la glace – sont, pour la plupart, composées d’Anglo-Canadiens.

[00:06:34] Il est donc difficile pour les personnes issues de divers horizons raciaux et ethnoculturels de s’identifier à elles de la même manière. Si l’on considère certaines de nos équipes de club qui ont connu le succès – je pense notamment au parcours des Raptors de Toronto vers le titre, ou à celui des Blue Jays en Série mondiale –, on constate une plus grande diversité raciale, mais ces équipes sont majoritairement composées d’Américains.

[00:06:55] Je pense donc qu’avec cette équipe et la célébration de la diversité qui l’accompagne, il s’agit véritablement d’un moment rare dans le sport canadien. Je dirais même qu’il s’agit d’un moment multiculturel, n’est-ce pas ? Lorsque Stephen Eustáquio marque ce but qui nous qualifie pour les huitièmes de finale – c’est un jeune homme à double nationalité, portugais et canadien –, cela revêt, je pense, une certaine symbolique et crée une mythologie qui reflète pleinement le nationalisme multiculturel, et Canada Soccer en est conscient.

[00:07:32] Ils ont mené leur campagne publicitaire et la promotion de l’équipe dans cet esprit. Il y a cette campagne,  « Our Game Now », je crois qu’elle s’appelle ainsi, et la publicité commence par montrer des enfants jouant dans les rues en hiver, sous les réverbères, n’est-ce pas? Cela symbolise, vous savez, les hivers canadiens, et ils expliquent que personne ne nous voyait venir : c’est l’histoire de l’outsider. 

[00:07:58] Mais ensuite, en plus de cela, ils commencent à évoquer le fait qu’ils ont des liens avec d’autres pays, tout en représentant le Canada. Il y a donc ce troisième fil qui s’entremêle au symbolisme de l’« identité canadienne ». 

[00:08:09] Vous avez l’histoire de l’outsider, vous avez le fait de braver nos hivers rigoureux pour jouer, et puis vous avez cet élément nouveau qu’ils tentent d’ajouter à l’histoire, à savoir la diversité. Et je pense que cette Coupe du monde donne au soccer un rôle à jouer dans le multiculturalisme canadien.

[00:08:26] Karine Morin : Tout à fait, et dans le même ordre d’idées, diriez-vous que la Coupe du monde a redéfini, pour les Canadien.ne.s – et en particulier pour certain.ne.s nouveaux.elles Canadien.nens –, ce sentiment d’appartenance, et qu’elle élargit la notion de ce que signifie être Canadien.ne?

[00:08:42] Greg Yerashotis : Je ne me permettrais pas de parler au nom de tous les nouveaux arrivants et immigrants, mais je dirais, d’après mon parcours et d’après ce que mes recherches m’ont appris, que ces grands événements sportifs ont la capacité de susciter chez les gens un sentiment d’appartenance à l’échelle nationale qu’ils auraient autrement du mal à éprouver, n’est-ce pas?

[00:09:09] Que vous soyez issu d’une origine raciale ou ethnoculturelle différente, que vous viviez dans un quartier différent ou que vous apparteniez à une classe sociale différente, ou encore que vous ayez une orientation sexuelle différente : ce sont là des éléments identitaires qui divisent souvent les gens. C’est un cliché, certes, mais l’un de ces clichés, justement, est que le sport rassemble les gens.

[00:09:29] Et lorsque l’on peut se rassembler autour d’un point commun, qu’il s’agisse à la fois d’une passion et d’un intérêt partagés, mais aussi du soutien à une même équipe, cela nous rappelle l’humanité commune que nous partageons tous. Et j’ajouterais que cela ne doit pas nécessairement consister en le soutien à une même équipe. 

[00:09:48] Ce n’est qu’une anecdote personnelle : je me trouvais récemment en Norvège pour intervenir lors d’une conférence, et je me suis rendu sur la place principale de Lillehammer, où je logeais, pour regarder le premier match du Canada.

[00:10:00] La plupart des gens présents regardaient le match sans grand enthousiasme, leur équipe n’ayant pas encore joué. Je me suis assis tout au premier rang, et il y avait cet homme, ce monsieur, assis à côté de moi. Je me suis tourné vers lui et lui ai dit : « Bonjour, je viens du Canada », alors que le Canada affrontait la Bosnie-Herzégovine, et il m’a regardé en répondant : « Bosniaque. »

[00:10:19] C’était une sorte d’humour pince-sans-rire. Tout au long du match – ses amis l’ont d’ailleurs rejoint par la suite –, nous avons échangé des plaisanteries dans la bonne humeur, et j’ai fini par passer toute la soirée avec ce groupe de messieurs bosniaques. 

[00:10:32] Comme ils étaient à Lillehammer depuis un certain temps, ils m’ont fait découvrir différents endroits et m’ont indiqué où aller. Ce fut un véritable moment d’échange interculturel que je n’aurais jamais vécu sans la Coupe du monde.

[00:10:45] Et vous savez, j’évoque cela parce que je pense qu’il y a beaucoup de gens qui, bien qu’ils soutiennent des équipes différentes, vivent ces moments de connexion qui sont très forts. 

[00:10:57] Il y a une forte force affective, une force émotionnelle qui se dégage dans ces moments-là, euh, que votre équipe gagne ou perde, ou quelle que soit celle que vous soutenez, et qui va peut-être au-delà du simple sentiment d’appartenance nationale, pour devenir en quelque sorte : « Hé, nous sommes des citoyens du monde et ce jeu appartient à tout le monde. »

[00:11:13] Karine Morin : Exactement. Exactement. Avant de quitter le sujet de la Coupe du monde, car il y a d’autres points que nous souhaitons aborder, vous avez souligné qu’elle est largement présentée comme un moyen de rassembler le monde. Vous venez d’évoquer cette anecdote. 

[00:11:24] Mais nous avons également été témoins de cas d’exclusion, de difficultés à obtenir des visas de voyage ou de partialité dans les récits médiatiques. Pensez-vous donc que certaines de ces inégalités mondiales persistantes influencent la façon dont les supporters ou le grand public perçoivent le soccer?

[00:11:44] Greg Yerashotis : Vous savez, je me considère avant tout comme un chercheur critique, et lorsque l’on braque cette loupe, ce regard, sur la Coupe du monde et le soccer mondial, il y a beaucoup à dire.

[00:11:59] On peut évoquer la FIFA et les scandales de corruption, et parler de la mainmise capitaliste sur l’événement. Nous l’avons vu très clairement lors de l’édition de cette année, mais aussi dans les exemples que vous avez cités, en particulier le cas des visas de voyage, certains supporters africains n’ayant pas pu venir soutenir leurs équipes.

[00:12:20] Je soupçonne que cela tient en grande partie à la situation géopolitique actuelle, au fait que les États-Unis aient joué un rôle si prépondérant dans l’organisation de cet événement, ainsi qu’aux soi-disant « préoccupations en matière de sécurité nationale » qu’ils invoquent à l’égard de certaines personnes issues de certains pays. 

[00:12:36] Je pense à l’arbitre somalien qui n’a pas été autorisé à entrer sur le territoire, je pense également au traitement réservé à l’équipe nationale iranienne. Ainsi, même si nous célébrons le pouvoir d’inclusion que peut avoir le sport, celui-ci est davantage le reflet de la société qu’un univers à part entière. 

[00:13:00] Ainsi, on constate souvent que les inégalités de pouvoir qui existent dans la société se retrouvent également dans le sport, et on voit ce phénomène se manifester même au cours du tournoi. Je dirais que la FIFA est actuellement confrontée à un grave problème de crédibilité et d’intégrité, et vous l’avez vu se concrétiser lorsque Donald Trump est intervenu de manière retentissante dans le déroulement du tournoi. 

[00:13:27] Cela va tout simplement à l’encontre de ce que l’on considère comme un sport équitable et de la symbolique censée l’accompagner. Mais non, je pense que vous avez raison : il reste beaucoup à faire pour rendre cet événement pleinement inclusif. 

[00:13:39] Je pense également que le point que vous avez soulevé concernant la manière dont certaines équipes et certains joueurs sont présentés dans les médias, en particulier les nations africaines, est pertinent : plusieurs études ont montré un certain degré de partialité médiatique dans la façon dont les athlètes noirs sont présentés dans le monde du soccer international, l’accent étant davantage mis sur leur physique que sur leurs capacités techniques.

[00:14:06] On a pu observer certains exemples chez des personnalités sportives mondiales ; je pense notamment à l’Allemand Bastian Schweinsteiger, qui a fait un commentaire sur les tactiques des nations africaines et sur le fait qu’elles pratiquent un style de jeu plus désorganisé. 


[00:14:22] Il existe donc ces sortes d’héritages du colonialisme qui sont ancrés dans le soccer mondial et dont il faut, selon moi, encore se débarrasser. Cela dit, je pense également que ma Coupe du monde préférée est celle que les Sud-Africains ont organisée. 

[00:14:38] C’est donc à la fois, je pense, une occasion de dépasser les stéréotypes, mais il s’agit là d’héritages qui existent dans la société et qui se transmettent également dans le sport.

[00:14:49] Karine Morin : Passons maintenant d’une perspective très mondiale à une dimension beaucoup plus locale, et abordons votre intérêt académique pour les questions liées au sport et à la culture, qui a abouti à la publication récente d’un ouvrage intitulé Social Inclusion Through Soccer in Global Toronto.

[00:15:03] Cet ouvrage s’appuie sur les années que vous avez passées à entraîner une équipe de soccer à St. James Town. Parlez-nous donc de ce quartier de Toronto et de la manière dont vous avez constaté que la pratique du soccer influençait l’expérience quotidienne d’intégration des jeunes, notamment des jeunes issus de l’immigration, au sein de cette communauté.

[00:15:20] Greg Yerashotis : Je commencerai donc par vous parler du quartier dans lequel j’ai eu la chance de travailler et où j’habitais juste à proximité pendant toute la durée de mes recherches. Lorsque je suis arrivé à St. James Town, c’était en réalité pour mener des recherches sur la délinquance juvénile. 

[00:15:30] C’est l’un des quartiers prioritaires de Toronto. C’est également, selon certains, le quartier le plus densément peuplé d’Amérique du Nord. D’après ce que j’ai lu, c’est en tout cas le quartier le plus densément peuplé du Canada. C’est l’incarnation même de l’expression « jungle de béton ».

[00:15:53] Je me suis rendu dans ce quartier, initialement intéressé par la délinquance juvénile, et j’ai fait du bénévolat dans des programmes de soccer afin de faire la connaissance des jeunes. J’ai été mis en relation par mon ancien entraîneur de soccer, Xavier Lucky Boothe, qui est une figure éminente de la communauté du soccer et de la communauté jamaïcaine de Toronto. Et il m’a suggéré : « Pourquoi ne pas faire du bénévolat dans ce programme ? Vous rencontrerez ainsi des jeunes. »

[00:16:14] Et en faisant du bénévolat dans le cadre de ce programme, je n’ai pas été surpris, mais j’ai tout de même constaté des expériences d’intégration très positives vécues par ces jeunes. Ils avaient une vision positive du Canada, ils réussissaient bien à l’école, ils étaient bien intégrés au niveau local, malgré leur relative marginalisation.
[00:16:36] Cela contredisait bon nombre d'études menées auprès d'immigré.e.s racialisé.e.s de deuxième génération en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis, et même en Europe. Je me suis alors intéressé au rôle du sport en tant que tel.

[00:16:50] C’est ainsi que je me suis intéressé à l’angle sportif. Quant à la communauté de St. James Town, j’ai tout simplement été captivé dès que j’y ai mis les pieds pour la première fois. J’utilise l’expression « jungle de béton », mais elle ne rend pas justice : les bâtiments gris et mornes prennent vie grâce aux personnes qui y vivent. 

[00:17:07] Il y a une véritable effervescence à St. James Town, c’est un village urbain au sens le plus authentique du terme. Oui, St. James Town a un véritable pouls. On trouve sur Internet des vidéos de moments où les Raptors ont remporté le championnat de la NBA, filmées par quelqu’un depuis son balcon à St. James Town : tout le village est illuminé et les gens font la fête depuis leurs balcons. C’est un endroit remarquable.

[00:17:33] À l’époque où j’étais entraîneur, j’entraînais les équipes du lycée Jarvis Collegiate et je dirigeais des programmes en collaboration avec la ville de Toronto. Dans mon équipe de lycée, j’avais, disons, 20 joueurs, et chacun d’entre eux provenait d’un milieu ethnoculturel différent. 

[00:17:47] Nous parlions justement de ce caractère transnational, et vous m’avez interrogé sur le multiculturalisme sur le terrain. C’est précisément cela, le multiculturalisme sur le terrain. Et le soccer constituait un moyen vraiment intéressant de permettre à ces formes uniques d’échanges transculturels de se dérouler dans les gymnases.

[00:18:07] On y rencontrait des jeunes venus d’horizons aussi divers que, disons, le Népal, qui connaissaient des mots en arabe. Je vais vous raconter une anecdote. Certains jeunes hommes juraient un peu trop dans mon programme, d’accord? Alors je leur ai dit : « Bon, les gars. À partir de maintenant, si je vous entends jurer, vous devrez faire des courses de va-et-vient, d’accord? »

[00:18:25] Ils se sont donc adaptés en apprenant à jurer dans toutes ces langues différentes, si bien que je ne pouvais plus m’y retrouver. Mais ils en tiraient une certaine fierté. Aller chez leurs amis et goûter ces plats venus, par exemple, d’Afghanistan ou de Somalie.

[00:18:41] C’est ainsi que le soccer est devenu pour ces jeunes un tremplin leur permettant de s’intégrer dans la société canadienne, une société multiculturelle, et de comprendre ce que signifie vivre dans un Canada multiculturel.

[00:18:53] Karine Morin : Y a-t-il un moment précis où vous avez, en quelque sorte, vu un jeune ressentir ce sentiment d’appartenance? Y a-t-il une histoire ou une personne que vous avez rencontrée et qui vous a permis d’en être témoin de vos propres yeux?

[00:19:10] Greg Yerashotis : Oui. Dans le livre, je présente de nombreux récits variés. Mais il y en a un qui me marque particulièrement ; j’ai oublié le nom, ou plutôt le pseudonyme que j’avais donné à ce jeune homme dans le livre, alors nous l’appellerons simplement Ahmed, d’accord?

[00:19:24] Ahmed était un réfugié syrien. Lorsqu’il a intégré le programme pour la première fois, il était très discret, nerveux, et avait du mal à suivre, mais il faisait preuve de persévérance et continuait à venir. 

[00:19:40] Je lui ai parlé plusieurs mois plus tard ; il s’est assis à côté de moi et nous avons eu cette conversation que je relate dans le livre ; je l’ai ensuite interviewé et j’ai fait un suivi.

[00:19:52] Il m’a expliqué quel rôle le programme avait joué dans son parcours d’intégration. Lorsque sa famille est arrivée au Canada, elle a dû séjourner dans un hôtel; sa mère n’avait donc aucun moyen de préparer des repas, et ils mangeaient beaucoup de restauration rapide. 

[00:20:09] Il ne savait pas où aller pour jouer; il a donc développé une sorte de peur de sortir, comparable à l’agoraphobie, que beaucoup de jeunes décrivent lorsqu’ils arrivent au Canada pour la première fois : ils ne savent pas où aller, ils ne connaissent personne, ils ne parlent pas la langue, c’est intimidant. 

[00:20:25] C’est pour cette raison qu’Ahmed a expliqué avoir pris du poids et avoir l’impression de devenir asocial. Il a précisé que ce que le programme lui avait apporté en premier lieu, c’était un exutoire, non seulement physique, mais aussi mental.

[00:20:38] Il m’a expliqué comment, dans cette chambre d’hôtel, il en était venu aux mains avec son frère. C’était presque comme s’il me décrivait le poids psychologique du processus d’immigration et disait que ce que le programme lui apportait, c’était un espace pour évacuer le stress lié à l’immigration.

[00:20:59] Ils se sont finalement installés à St. James Town, où ils avaient un appartement. Mais ce qui s’est passé, et cela a été rapporté dans les médias, c’est qu’un violent incendie s’est déclaré dans l’un des immeubles ; sa famille a donc dû faire ses valises à nouveau et se réfugier au centre communautaire. Et malgré tout cela, il a continué à venir au programme. 

[00:21:17] Je lui ai alors demandé : « Vous avez traversé toutes ces épreuves, pourquoi continuez-vous malgré tout à vous investir dans le programme? » Et il m’a simplement répondu : « Le soccer m’aide vraiment à me changer les idées. » 

[00:21:26] Et quand on évoque ce moment, cette conversation a commencé entre lui et moi lorsque je lui ai dit : « Vous vous en sortez vraiment bien. » Je voyais bien qu’il communiquait avec les autres joueurs, son langage est plus assuré, son jeu est plus solide, sa confiance grandit; je vois ce jeune s’épanouir véritablement, ou peut-être s’agit-il davantage d’un retour à lui-même. 

[00:21:47] Mais dans son cas, tout au long de cette odyssée qu’il a vécue à travers toutes ces épreuves liées à la migration, en tant que réfugié politique, le fait de pratiquer ce sport, de participer à ce programme, lui a permis de trouver un ancrage, lui a donné le sentiment d’avoir sa place quelque part et a contribué à son bien-être personnel, tant sur le plan physique que mental.

[00:22:09] Karine Morin : Je peux dire que, sans ces épreuves, ma propre expérience du rugby et de l’aviron compte parmi les meilleurs souvenirs que j’ai de ma fin d’adolescence, ainsi que le fait d’avoir partagé ces moments avec des coéquipiers tout simplement formidables, entre autres.

[00:22:25] Greg Yerashotis : Puis-je vous poser une question? Lorsque vous ramez, que faites-vous, à quoi pensez-vous?

[00:22:31] Karine Morin : C’est une question intéressante. Hum, je ne m’en souviens pas exactement car cela fait un certain temps, mais je pense que ce sport procurait un immense plaisir à se concentrer sur la synchronisation…

[00:22:44] Greg Yerashotis : Oui.

[00:22:45] Karine Morin : De ramer dans un bateau à huit ou à quatre, mais surtout dans un bateau à huit. Et puis, il y a aussi le fait que nous tournions le dos au parcours, et que nous comptions sur cette seule personne qui voyait le parcours devant nous et les bateaux à nos côtés ; cette confiance en cette seule personne capable de voir, tandis que nous autres, sans pouvoir voir, nous nous contentions de fournir, comme je le disais, un effort unifié et synchronisé. C’était une sensation formidable, vraiment formidable, et je pense que c’est là que je me concentrais.

[00:23:15] Greg Yerashotis : Et je pose cette question car je pense qu’il existe des points communs entre tous les sports. Et lorsque nous parlons des bienfaits pour la santé mentale, en particulier pour les jeunes qui traversent des moments difficiles, vous avez décrit un véritable sentiment d’unité et de connexion, ainsi qu’un sentiment d’être simplement dans l’instant présent et dans le flux.

[00:23:31] On ne pense pas aux sources de stress extérieures. On est dans l’instant présent, et je pense que c’est quelque chose auquel beaucoup d’athlètes s’identifient. En effet, à mesure qu’ils grandissent – et les jeunes de mon étude en ont d’ailleurs parlé –, ils recourent activement au sport pour favoriser leur bien-être. Et cela s’explique par le fait que, lorsque l’on joue, on est tout simplement dans la zone, et il y a quelque chose de très puissant là-dedans.

[00:23:54] Karine Morin : Je pense que l’on associe souvent le soccer aux jeunes garçons, mais vous avez également étudié des jeunes filles issues des quartiers défavorisés. Souhaiteriez-vous nous parler des aspects spécifiques du soccer chez les jeunes filles de cette communauté, et nous dire s’il y avait des similitudes ou des différences importantes?

[00:24:12] Greg Yerashotis : Je pense donc que, tout au long de ma carrière d’entraîneur, les expériences les plus enrichissantes que j’ai vécues ont été celles vécues avec les jeunes femmes. Vous m’avez interrogé sur les comparaisons. À certains égards, c’est pareil, car elles pratiquent ce sport parce que c’est un plaisir, n’est-ce pas ? Elles y prennent du plaisir. 

[00:24:30] D’un autre côté, leurs expériences sont uniques, et les significations qu’elles leur attribuent sont uniques. Tout d’abord, l’une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à travailler avec ces jeunes femmes, c’est que certaines d’entre elles m’ont contacté pour me demander de les entraîner, car elles ne trouvaient pas… Il n’y avait pas de programmes pour les filles dans la région, car St. James Town est tellement densément peuplé que les espaces de loisirs disponibles sont des biens immobiliers de premier choix.

[00:24:57] Il y avait, en quelque sorte, des conflits de territoire, et les jeunes filles se retrouvaient souvent marginalisées lors de ces affrontements; elles finissaient donc par jouer… par exemple, si les garçons étaient sur le terrain, on voyait souvent les filles jouer à l’extérieur. Elles se débrouillent en quelque sorte avec ce qu’elles ont. 

[00:25:14] C'est ainsi qu'avec le soutien de Lucky Boothe, de la ville de Toronto, j'ai pu lancer un programme réservé aux filles et commencer à entraîner celles du Jarvis Collegiate. Lors de notre tout premier match, nous avons perdu 15 à 0, et nous n'avons même pas réussi à faire passer le ballon au-delà de la ligne médiane.

[00:25:31] Et donc, même si le lancement de ce programme a été très bénéfique pour elles — elles ont pu tisser des liens au sein de la communauté et ont évoqué un sentiment d’autonomie et d’épanouissement personnel —, et même s’il était inclusif à cet égard.

[00:25:43] Paradoxalement, leur intégration dans le sport communautaire, n’est-ce pas ? Lorsque j’ai essayé de les faire passer au niveau supérieur et de les faire pratiquer un sport de compétition, cela a en réalité conduit à un sentiment d’exclusion chez beaucoup d’entre elles, car cela symbolisait une privation relative. Comme si elles affrontaient des écoles issues de quartiers plus aisés qui comptaient de nombreuses joueuses de club.

[00:26:03] Cependant, au fil des années, cette même équipe qui nous avait battus 15 à 0, nous l’avons battue 4 à 1 lors de ma dernière année en tant qu’entraîneur à Jarvis. J’avais pris en charge une équipe très jeune lors de ma première année ; ils étaient donc désormais en terminale, alors qu’ils avaient commencé en troisième. Vous savez, certaines d’entre elles pleuraient sur le terrain, tant elles étaient heureuses. Il y a donc là aussi l’expérience d’une évolution collective.

[00:26:26] J’ai développé cet argument en m’appuyant sur les entretiens que j’ai menés avec elles, et certaines jeunes femmes m’ont aidée à rédiger ce chapitre de mon livre ; beaucoup d’entre elles travaillent aujourd’hui dans le sport communautaire et accomplissent de grandes choses. 

[00:26:40] Mais j’ai fait valoir qu’il y avait un sentiment d’autonomisation, d’autonomisation physique, chez beaucoup de ces femmes : pour elles, cela symbolisait le fait de défier ces normes de genre que beaucoup d’entre elles avaient été conditionnées à accepter. Et au sein du groupe, il y avait un sentiment d’autonomisation collective, dans le sens où elles ne jouaient pas seulement pour elles-mêmes ; beaucoup d’entre elles ont expliqué qu’elles jouaient pour des filles comme nous.

[00:27:08] Et pour elles, cela comportait une dimension politique, une forme politisée d’appartenance qu’elles vivaient parce qu’elles avaient le sentiment d’avoir elles-mêmes créé cet espace qui leur était réservé. Vous savez : « Nous sommes passées de… », je ne fais que citer, « … nous sommes passées de l’exclusion à l’inclusion, nous y sommes parvenues par nous-mêmes, nous y sommes parvenues ensemble. » 

[00:27:24] Il s’agit donc de ce sentiment d’appartenance politisé, émergent, que beaucoup d’entre elles ont éprouvé à travers le sport. En ce sens, je dirais que les expériences de ces jeunes femmes étaient uniques, et que les significations qu’elles ont tirées de leur participation l’étaient également.

[00:27:40] Karine Morin : C’est très intéressant. Je pense que vous avez clairement montré que vous êtes ethnographe, ce qui signifie que vous ne vous contentez pas d’observer de loin, mais que vous vivez pleinement cette expérience. Vous êtes profondément immergé au sein de cette communauté de St. James et de ces équipes. Comment avez-vous vécu votre recherche? En quoi cela vous a-t-il marqué?

[00:28:00] Greg Yerashotis : C’est une excellente question, et j’essaie d’aborder ce sujet autant que possible dans le livre, car je me suis tellement rapproché de la recherche que je ne savais plus où s’arrêtait ma vie personnelle et où commençait la recherche.

[00:28:19] C’est, je pense, un problème auquel sont confrontés de nombreux ethnographes. Toute mon identité en est venue à tourner autour du coaching. Par exemple, la plupart des jours de la semaine, mon emploi du temps était le suivant : je me levais à 6 h 45, je me rendais à pied à l’école, j’animais un entraînement le matin, puis j’allais à l’université, et après mes cours, je retournais au centre communautaire pour animer ces programmes.

[00:28:44] Et je faisais cela pendant trois ou quatre jours, j’animais des séances tout au long de l’été. J’ai tissé avec ces jeunes des liens aussi réels et profonds que tous ceux que j’avais jamais noués dans ma vie. J’en suis venu à les considérer, en quelque sorte, comme des petits frères et sœurs. Beaucoup d’entre eux me voyaient comme une figure de mentor.

[00:29:06] Et cela a également compliqué la recherche, car je changeais moi-même : je n’étais plus simplement un observateur. Je n’étais pas une mouche sur le mur, n’est-ce pas ? Il ne s’agissait pas d’une participation observatrice, mais d’une observation participative. J’ai donc dû en tenir compte, d’un point de vue méthodologique, dans mon ethnographie du sport communautaire.

[00:29:26] Je dirais toutefois que, même s’il y a eu des défis, cela a enrichi les données d’une manière que je n’aurais jamais vraiment pu prévoir. Et, avant tout, je pense que cela m’a permis de développer un véritable climat de confiance avec ces jeunes. 

[00:29:43] Ainsi, lorsque le moment est venu de mener les entretiens, il régnait un sentiment de bien-être, et nous avions des expériences communes. Ils ne me racontaient pas simplement quelque chose qui leur était arrivé et que je découvrais ; nous avions vécu ces choses ensemble.

[00:30:00] Je suis donc en mesure de raconter ou, en quelque sorte, de croiser leurs propos avec ma propre expérience de ce dont ils parlaient. J’ai beaucoup appris de ces jeunes, et cela m’a profondément et définitivement transformée ; je suis d’ailleurs restée en contact avec bon nombre d’entre eux. 

[00:30:18] Je travaille actuellement avec l’une d’entre elles sur un projet portant sur les horaires réservés aux femmes et l’accès aux installations de la ville de Toronto pour les femmes musulmanes, afin d’étudier comment accroître la participation et les activités de loisirs au sein de cette population à Toronto.

[00:30:33] Et c’est parce que j’avais su instaurer un climat de confiance en travaillant avec eux qu’ils m’ont contactée. Mais pour toute personne qui envisage de se lancer dans ce type de travail, sachez que cela demande un effort émotionnel considérable. Je recevais des SMS de certains de ces jeunes tout au long de la soirée. Certains m’appelaient lorsqu’ils rencontraient des difficultés.

[00:30:51] Cela vous marque et… cela peut être pesant, c’est un véritable fardeau ; l’épuisement professionnel des entraîneurs est bien réel, et lorsque vous ajoutez à cela le fait d’être animatrice auprès des jeunes, cela ajoute une dimension supplémentaire. 

[00:31:04] Mais je n’échangerais pas cette expérience pour rien au monde, car je pense qu’elle a non seulement enrichi mes recherches, mais qu’elle a aussi fait de moi une personne plus équilibrée, je crois. Et comme je l’ai dit, j’ai énormément appris de ces jeunes. Je suis extrêmement reconnaissante d’avoir vécu ces expériences.

[00:31:19] Karine Morin : Excellente réponse quant à ce qui motive les chercheurs à mener des recherches. C’est aussi un moyen de s’améliorer soi-même. Nous avons abordé de nombreux sujets ; pour conclure, quelle réflexion principale souhaitez-vous transmettre à notre public?

[00:31:34] Greg Yerashotis : Cela peut sembler contradictoire, mais d’après mon expérience, même s’il s’agissait du sport, cela ne doit pas nécessairement être le sport. Mon livre porte essentiellement sur ce programme communautaire, et il est certain que le sport apporte des éléments uniques aux jeunes.

[00:31:53] Nous avons évoqué les aspects liés à la santé physique et mentale. Le sport peut également favoriser l’engagement, en mobilisant les gens pour contribuer à renforcer la communauté.

[00:32:03] Mais en réalité, il s’agissait d’une histoire concernant un programme public – c’est bien un programme public, n’est-ce pas ? Il s’agit de l’argent des contribuables. Et lorsque j’ai écrit ce livre, j’avais cela à l’esprit, notamment ces débats qui dominent le discours politique nord-américain sur la manière d’utiliser nos impôts, le gaspillage des deniers publics et ce genre de choses.

[00:32:25] Et j’ai commencé cette diatribe en précisant que cela ne devait pas nécessairement concerner le sport. Ce que je veux dire par là, c’est que dans ce cas précis, c’était le sport, mais cela pourrait tout aussi bien être un programme artistique, et cela aurait des effets tout à fait particuliers. Mais quoi qu’il en soit, cela va attirer un groupe différent de jeunes, cela va contribuer à renforcer le tissu social, cela va permettre aux jeunes d’exprimer leur passion et leur identité.

[00:32:48] Mais cela nécessite des investissements publics, et j’espère que ce que j’ai montré dans le livre, c’est que – même si le sport n’est pas une panacée pour tous les maux de la société – il peut certainement jouer un rôle, si vous me permettez ce jeu de mots, dans une stratégie d’inclusion sociale plus large et plus globale. 

[00:33:03] Cela s’est avéré particulièrement efficace pour les jeunes avec lesquels j’ai travaillé, mais les jeunes ont des centres d’intérêt variés, et il existe différentes manières de créer un sentiment de communauté et de favoriser l’appartenance ; cela nécessite toutefois une volonté politique et des investissements. Je pense toutefois avoir démontré dans mes travaux que cet investissement porte ses fruits.

[00:33:23] Karine Morin : Eh bien, merci beaucoup pour cette sagesse issue de vos années d’entraînement et de votre expérience d’ethnographe. Quelle belle conversation! Et dans quatre ans, voyons ce qu’il en sera de ce prochain tournoi de la FIFA. Merci beaucoup, Greg.

[00:33:37] Greg Yerashotis : Merci, Karine.

[00:33:44] Karine Morin : Merci de votre écoute et merci à mon invité, Greg Yerashotis, professeur à l’Université Trent. Je tiens également à remercier nos amis et partenaires du Conseil de recherches en sciences humaines, dont le soutien rend possible ce balado.

[00:34:00] Pour finir, merci à Sided Media pour son soutien à la production du balado Voir Grand. De nouveaux épisodes sont diffusés chaque mois, alors n’hésitez pas à nous suivre sur votre plateforme préférée. À la prochaine.

 

 

 

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