Ottawa, ma ville bilingue

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3 février 2015
Auteur(s) :
Camille Ferrier, Fédération des sciences humaines

On parle beaucoup du Congrès des sciences humaines pour ses conférences, son caractère pluridisciplinaire, et son impact sur la communauté locale et la société au sens large. Mais si cette 84ème édition est unique, c’est aussi parce qu’elle se déroulera dans la plus grande université bilingue au monde. C’est dans un contexte linguistique très particulier que l’Université d’Ottawa a choisi de mettre le français et l’anglais sur un pied d’égalité, pour le plus grand plaisir de nos futurs congressistes.

En effet, loin d’être nouveaux, les débats sur le bilinguisme semblent fleurir plus encore que les tulipes de mai : Ottawa, la belle capitale du Canada et principal foyer de la population franco-ontarienne, n’est toujours pas officiellement bilingue. Guy Laforest, professeur de science politique à l’Université Laval, a déclaré lors d’une causerie Voir grand sur la Colline : quel beau cadeau cela serait-il si, pour le 150ème anniversaire de la Confédération en 2017, le statut linguistique de la Ville était enfin officialisé?

C’est vrai. Mais en attendant, je la sens déjà bilingue, cette ville. En tant que récente expatriée, c’est un bout de chez moi que je retrouve ici. Le pain est bon comme en France et le croissant croustille comme il faut; les commerçants du Marché By venus présenter leurs récoltes issues de l’autre côté du pont me servent en français; chaque matin je passe devant le majestueux Château Laurier et ses tourelles gothiques, nommé en l’honneur du fameux ancien premier ministre québécois; et dans la rue ce sont les deux langues qui se répondent et je sursaute encore aux chants de l’une et de l’autre. Tant et si bien que je ne sais jamais dans quelle langue m’adresser !

Les discours officiels, les pétitions en tous genres, l’encre noire sur du papier, tout ça c’est très important. Mais ce qui l’est encore plus c’est la réalité de tous les jours, celle qui s’entend dans l’accent de mes interlocuteurs et se ressent dans l’ambiance de mon quartier. Le bilinguisme ne réside pas nécessairement dans la traduction systématique mais dans la coexistence et le respect des deux cultures. Pour moi, officiellement bilingue ou pas, le cœur d’Ottawa bat pour la Francophonie. 

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Credits: Image by Nour Aoude, under CC BY-NC 2.0.