Réflexions sur l'EDID lors du Sommet Voir Grand 2026

Rapport
31 août 2026

Le Sommet Voir Grand 2026 : Point d’Inflexion a inauguré un nouveau type d’événement de la Fédération des sciences humaines. Conçu à partir d’un appel ouvert de propositions interdisciplinaires, il a créé un forum national pour explorer les contributions des connaissances en sciences humaines à la vie publique. 

Plusieurs personnes participantes et intervenantes ont été invitées à porter un regard de rapporteur sur l’événement. Choisies pour les perspectives individuelles qu’elles apportaient au Sommet, elles ont livré leurs réflexions sur les échanges auxquels ils ont assisté au fil du programme.


Réflexions sur l'EDID lors du Sommet Voir Grand 2026 

Par Michael F. Charles J.D., Change Dezign Consulting

Introduction 

La Fédération des sciences humaines (la Fédération) a organisé le Sommet Voir Grand à Edmonton, en Alberta, en juin 2026. L’événement a donné lieu à près de 100 présentations de recherche, allocutions plénières, ateliers et tables rondes animés par des chercheuses et chercheurs en sciences humaines  de partout au pays. Quelque 450 universitaires et personnes aux études doctorales se sont inscrits à cette première édition organisée à la suite de la publication du Plan stratégique de la Fédération, intitulé « Inflection Point ». L’équipe de la Fédération indique que plus de 33 % des séances ont explicitement abordé le thème de l’équité, de la diversité, de l’inclusion et de la décolonisation (EDID). 

Mon rôle en tant que conseiller en stratégie et en EDID 

Engagé à titre de conseiller en stratégie et en EDID auprès de la Fédération, on m’a demandé de rédiger une réflexion sur le Sommet sous l’angle de l’EDID. Mon rôle découle du rapport de 2021 intitulé « Créer une étincelle pour le changement », dont le paragraphe 10 recommande à l’organisation « d’embaucher un membre du personnel désigné possédant une expertise en EDID pour soutenir et évaluer le Congrès et les autres événements organisés par la Fédération ».  

Ce qui suit ne constitue pas un commentaire ni une évaluation exhaustive du Sommet en soi. De nombreuses séances étaient programmées en parallèle, réparties en blocs horaires distincts, ce qui empêchait d’assister à plus d’une discussion par intervalle. Le nombre élevé de séances rendait également difficile la sélection d’un échantillon représentatif. Dans ces circonstances, j’ai délibérément évité de suivre les séances dont le titre mettait expressément l’EDID en avant, afin de mieux cerner son expression indépendamment de l’objet de la recherche. En d’autres termes, j’espérais comprendre, même de manière imparfaite, comment l’EDID est ou n’est pas habituellement abordé dans le cadre de la réflexion académique. Pour explorer cette possibilité, j’ai principalement assisté à des activités du Sommet dont les titres ne mettaient que peu ou pas du tout l’accent sur l’EDID.  

Afin d’exprimer clairement mon profond respect pour l’ensemble des travaux présentés, je tiens à préciser que le fait que je n’aie pas participé à certaines présentations ou que je ne les mentionne pas ne vise en aucun cas à les dénigrer. Je reconnais volontiers que je n’ai pas pu prendre part à plusieurs discussions passionnantes. Je dois également admettre les risques liés au fait de choisir d’examiner des sujets d’ateliers qui ne relèvent pas de mes propres domaines d’expertise. Lorsque je m’arrête pour réfléchir à d’autres possibilités en matière d’EDID découlant d’une présentation donnée, je soulève des questions ou cherche à extrapoler à partir des enseignements tirés, plutôt que de formuler des critiques. Compte tenu des réalités pratiques du programme ambitieux du Sommet et de mes propres limites en matière d’expérience, je demande d’avance l’indulgence des panélistes, des participantes et participants ainsi que du lectorat, tout en espérant contribuer aux importantes conversations en cours. =

Les espaces physiques façonnent l’inclusion 

Le Sommet Voir Grand s’est tenu au Centre des congrès d’Edmonton, au cœur de la ville. Magnifique édifice de verre construit à flanc de colline et s’y fondant en cascade, le bâtiment dispose d’une série d’escaliers et d’escaliers roulants, ainsi que d’un funiculaire transportant les participantes et les participants entre le premier niveau (avenue Jasper) et le quatrième niveau (vallée de la rivière – chemin Grierson Hill). La conférence elle-même s’est déroulée au quatrième niveau, le plus bas.  

Se déplacer d’un niveau à l’autre était gérable pour les personnes sans handicap, mais pour celles qui en ont un, l’accès au site et la sortie de celui-ci se sont avérés plus difficiles, d’autant plus qu’un des escaliers roulants était hors service pendant toute la durée de l’événement. Le funiculaire constituait une bonne solution de rechange, mais sa fréquence relativement faible exigeait davantage de patience de la part des personnes nécessiteuses. Les salles du Sommet (salons) étaient modernes et confortables, bien que le fait de devoir emprunter des escaliers plutôt que des rampes pour accéder aux estrades des panélistes ou aux estrades surélevées ait pu poser des difficultés. Cela est devenu plus évident lors du gala.  

Des services d’interprétations en langue des signes américaine (ASL) étaient offerts pour toutes les présentations en plénière. Le sous-titrage était disponible dans certains ateliers, mais pas dans tous. Les participantes et participants ont fait part de commentaires positifs concernant les espaces réservés aux salons, destinés à la réflexion au calme, à la prière, aux cérémonies et aux rassemblements autochtones. 

Les services de traduction numérique simultanée Wordly™ ont été jugés utiles; le seul bémol étant le souhait que ces services aient fait l’objet d’une promotion plus mise en avant pendant la période initiale de promotion des inscriptions. Une communication plus intensive à cet égard aurait peut-être encouragé un nombre encore plus important de participation francophone au sein de la Fédération, ainsi qu’un engagement et une participation accrus de leur part. 

Dans l’ensemble, j’ai constaté que des efforts considérables avaient été déployés pour assurer un accès équitable au site et aux séances. Les observations soulignant des possibilités d’amélioration pour les événements futurs sont modestes lorsqu’on les examine dans un contexte plus large. 

La décolonisation en pratique 

Jerry et Jo-Ann Saddleback, Personnes aînées et conseillères sprirituelles du Traité n° 6, ont accepté l’offrande de tabac de Karinne Morin, présidente de la Fédération, lors de la séance plénière d’ouverture. En ancrant le Sommet dans la prière, les Personnes aînées ont préparé le terrain pour les recherches et les présentations à venir. Elles ont également joué le rôle d’enseignante et d’enseignant lors de trois séances dédiées au cours de l’événement, dont la première portait sur les pratiques autochtones de conclusion de traités avant le contact avec les populations européennes. À travers un récit narratif, les Saddleback ont évoqué les croyances culturelles et spirituelles ainsi que les approches de la conclusion de traités avec d’autres nations autochtones à travers ce que nous appelons l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. En tant que parties contractantes, ce récit a permis de mieux comprendre les intentions des nations autochtones lorsqu’elles ont convenu avec la Couronne d’établir le Traité n° 6, offrant ainsi un contraste avec les conceptions juridiques occidentales de la formation des contrats.  

Plus tard dans la semaine, Cassandra Hill a présenté de manière inattendue les avantages et les risques de l’IA et de l’apprentissage numérique d’un point de vue autochtone. Des approches interculturelles visant à explorer la culture écrite du peuple autochtone Saami sur les territoires connus sous les noms de Norvège, de Suède, de Finlande et de Russie ont été présentées, affranchies des préjugés culturels de l’historiographie européenne des XVIIIeet XIXesiècles. Bobbie Racette, une entrepreneuse autochtone, a mis en lumière les préjugés du secteur technologique à la lumière de son expérience unique. 

Lors de prochains événements, je prévois d’autres occasions de collaboration entre chercheuses et chercheurs autochtones, ainsi qu’entre chercheuses et chercheurs et praticiennes et practiciens autochtones et non autochtones des sciences humaines, afin de mener des travaux interdisciplinaires et d’élargir l’ambition de décoloniser la recherche. 

Séances auxquelles j'ai assisté 

La résilience démocratique  

La vulnérabilité des démocraties en période de transformation technologique et économique est un sujet qui préoccupe grandement le discours public contemporain et la recherche universitaire. Les panélistes du Sommet se sont également penchés sur cette question. Au cours de deux séances marquantes, le Sommet a offert une excellente tribune pour partager des analyses et débattre tout en examinant les pistes de solution possibles. Michael Wernick et Wendell Adjetey ont présenté des commentaires captivants lors de la séance plénière de la deuxième journée. Lors de la soirée de gala, Malinda Smith et Stephen Toope ont abordé avec passion les dilemmes sociaux et politiques du moment, alors que les personnes lauréates du Prix du livre du Canada étaient également à l’honneur. 

Dès le début, le public a été invité à examiner la situation politique actuelle à travers le prisme de l’équité et des classes sociales. Les démocraties d’aujourd’hui ont été décrites comme figurant parmi les systèmes de gouvernement les plus inégalitaires de l’histoire de l’humanité, alors que l’écart de richesse entre le secteur ouvrieret les personnes salariées et ceux qui détiennent le capital n’aurait jamais été aussi important. Une partie de cette divergence croissante peut être attribuée au capitalisme racial issu de la traite transatlantique des esclaves et aux efforts juridiques et politiques qui ont suivi pour maintenir la (dé) localisation socio-économique des personnes noires. Parallèlement, on observe une trajectoire marquée par la dépossession des terres autochtones et le processus de réconciliation qui piétine. 

Parallèlement, les panélistes ont reconnu que, comparée aux autocraties, notre forme ouverte d’autonomie gouvernementale, aussi imparfaite soit-elle, est plus durable et reste une source d’inspiration pour de nombreuses personnes à travers le monde. Dans ce contexte, les chercheuses et les chercheurs en sciences humaines ont été identifiés comme jouant un rôle central dans la conception de nouveaux modèles de résilience démocratique, d’utilisation éthique de la technologie, de promotion du développement humain et de renforcement des relations interculturelles entre de nouveaux partenaires internationaux. Les processus qui empêchent la démocratie canadienne de parvenir à une société plus équitable ne sont ni inexorables ni inévitables. Que se passerait-il si nous mettions en pratique les valeurs que nous prônons plutôt que de nous en tenir à des comportements bien ancrés? 

Pour revenir à la question des relations interculturelles, l’expérience des communautés francophones minoritaires au Canada met en lumière un potentiel caché. Peter Dorrington a invité les panélistes Amy Vachon-Chabot, Anne-José Villeneuve et Ibrahima Diallo à partager leurs réflexions sur la façon dont ces populations, à l’extérieur du Québec, ne se contentent pas de survivre, mais prospèrent dans l’ensemble. On dit que ces communautés minoritaires misent sur une planification à long terme rendue possible par la proximité entre les membres de la communauté et par la nécessité d’établir des priorités communes dans un contexte fédéral marqué par la rareté des ressources. S’écartant des tendances actuelles observées dans le reste du Canada, elles demeurent ouvertes à l’accueil de personnes immigrantes francophones, notamment celles provenant des pays du Sud global, afin d’assurer une croissance démographique viable. Cela ne signifie pas pour autant que la tâche consistant à établir des priorités communes occulte ou élimine les fractures potentielles liées à la race ou au genre. Il ne faut pas non plus simplifier à l’excès ni idéaliser la résilience face à l’adversité. Néanmoins, l’amour commun de la langue et la volonté d’assurer sa vitalité favorisent la négociation interculturelle. Ces réflexions ont fasciné l’auditoire, mais le temps limité n’a pas permis une exploration approfondie. J’imagine que d’autres occasions se présenteront lors d’événements à venir.  

Alors même que les observations qui précèdent stimulaient l’auditoire, les panélistes de la séance plénière et de la soirée de gala nous ont mis en garde contre toute complaisance. Les démocraties peuvent être source d’inspiration, mais les autocraties sont perçues comme plus efficaces pour faire avancer les choses. En l’absence de mécanismes de reddition de comptes appropriés, les régimes autocratiques manient les leviers du pouvoir à leur guise. Les processus démocratiques sont rigides et inefficaces, ce qui incite les personnes élues à se concentrer sur le court terme, en raison de la durée limitée des mandats parlementaires et des mandats au Congrès. Les chercheuses et les chercheurs en sciences humaines jouissent d’une position et d’une influence qui leur permettent d’élaborer des critiques exhaustives et des solutions à long terme. Ces solutions doivent également inclure des processus de mise en œuvre efficaces et efficients afin de garantir que les résultats soient visibles et perceptibles dans des délais raisonnables. 

Pour favoriser le renforcement de cette influence, il faut amplifier les travaux en sciences humaines. Les panélistes du Sommet ont envisagé plusieurs tactiques. Cela commence par la reconnaissance du fait que les politiques se déroulent au sein de différentes juridictions, et non pas uniquement au niveau fédéral. Le plaidoyer doit être orienté en conséquence. Les chercheuses et chercheurs devraient diversifier le nombre et les types de canaux utilisés pour diffuser les résultats de la recherche. Ce travail doit être mieux reconnu par les institutions afin de réduire les tensions liées à la convention « publier ou périr ». Les revues resteront un moyen traditionnel de diffuser la recherche, mais les maisons d’édition auraient tout intérêt à s’orienter vers la diffusion en libre accès.  

En tant que force catalyseur de la recherche engagée envers la société, les panélistes ont plaidé pour que l’EDID soit au cœur du projet, tout comme elle l’était lors de la création du mandat de la Fédération il y a 30 ans. L’EDID, en tant qu’élément directeur des perspectives en sciences humaines , devrait orienter les questions de recherche dans tous les domaines disciplinaires et interdisciplinaires et ne pas être considérée comme un élément secondaire. Enfin, la Fédération devrait poursuivre son travail de mise en œuvre du rapport « Créer une étincelle pour le changement » de 2021; des codes de conduite devraient être élaborés à l’intention des leaders institutionnels. 

Malgré un large consensus sur de nombreuses questions, j’ai perçu certaines différences de perspective, ou du moins d’accent, entre les panélistes dans leur compréhension de l’histoire, des concepts, des stratégies et des pratiques de l’EDID dans les politiques publiques et le discours public, ce qui pourrait indiquer la possibilité d’un débat académique et public plus large. Ces différences n’ont toutefois pas nui à l’accueil généralement favorable réservé aux panélistes.  

Un avenir inclusif pour l’IA 

De nombreuses séances ont porté sur le sujet brûlant de l’IA. J’avais l’embarras du choix. En raison de cette abondance, la mise en garde initiale de mon introduction concernant la représentativité des présentations auxquelles j’ai assisté doit être réitérée.  

Comme s’il avait été inspiré, à l’instar de tant d’autres aujourd’hui, par le thème précédent de la résilience démocratique, Thaddeus Wong a mené une expérience captivante en temps réel en utilisant l’IA pour étayer son hypothèse. Il a demandé à sept modèles linguistiques de quantifier la proportion de personnes utilisatrices favorables à la redistribution de la richesse provenant des plus grandes entreprises d’IA afin de défendre la démocratie. La réponse standard indiquait que 62 % des personnes participantes étaient en faveur. Lorsqu’on les isolait, les sept « milliardaires de la grande technologie » identifiés par leur nom – Musk, Bezos, Zuckerberg, etc. – ne représentaient que 18 % des voix favorables. Si l’on retirait ces milliardaires de la réponse standard, 72 % des personnes sondées se disaient en faveur de cette mesure. Wong constate une surreprésentation apparente des opinions des grandes entreprises technologiques et propose de répéter ces expériences quotidiennement pendant plusieurs mois afin d’évaluer si les données évoluent en faveur des milliardaires.  

Si tel est le cas, il craint que les risques déjà associés à l'IA ne s'amplifient. Parmi les défis connus, on peut citer : (1) la précision, qui dépend de la fraîcheur de l’ensemble de données d’apprentissages; (2) la responsabilité, car les machines renforcent les préjugés de la personne qui les utilise afin de maintenir et de manipuler l’engagement; et (3) la cohérence, dans la mesure où un même bot produit des résultats différents lorsqu’on lui pose la même question à partir d’appareils différents en même temps. À cela s’ajoute, dans le projet de Wong, une préoccupation concernant les entrées ultérieures qui modifient l’ensemble de données d’apprentissages. Vers la fin de la séance, les personnes intervenantes ont également reconnu que les résultats de l’IA peuvent varier en fonction du genre ou d’autres profils indiqués dans la requête de recherche. Les faits saillants de la discussion ont également mis en évidence la possibilité d’explorer et de comprendre davantage le fonctionnement systémique et les implications des biais dans ces modèles, dans la mesure où ils sont liés à la diversité de la population. Les questions du public semblent indiquer qu’il s’agit d’un domaine qui n’a pas encore été pleinement exploré. 

Des informations plus approfondies sur l’évolution historique de ces modèles linguistiques ont été partagées lors d’une séance plénière animée par le modérateur Jérôme Cranston et les panélistes Kem-Laurin Lubin, Geoffrey Martin Rockwell et Robbie Racette. Bon nombre des ensembles de données d’entraînement ont été explicitement reconnus comme incomplets par les personnes universitaires  qui les ont créés au moment de leur remise, mais ont néanmoins été utilisés par des entreprises pour créer des modèles d’IA accompagnés de simples avertissements. Les panélistes ont qualifié ces origines peu glorieuses de « blanchiment éthique ».  

Rockwell est une universitaire, tout comme Lubin, qui se définit également comme une femme noire issue du milieu universitaire, élevée dans l’esprit d’un village des Caraïbes et ayant une expérience de direction dans l’industrie technologique. Racette s’est décrite comme une entrepreneure autochtone. D’une certaine manière, elles ont replacé l’expérience de Wong dans un cadre éthique plus large : 

Que faut-il pour que les outils d’IA inspirent confiance alors que la tentation d’anthropomorphiser les machines est bien réelle? 

L’IA a été développée par des « tech bros ». Et si l’IA avait été « mise au monde » ou conçue à l’origine dans un esprit de responsabilité communautaire? 

Alors que le cheval de l’IA a déjà franchi la barrière au galop, les panélistes semblaient préoccupés par l’élaboration immédiate de réponses structurelles. Celles-ci impliquent des politiques de confidentialité exhaustives, des voies claires permettant aux personnes qui l’utilisent de déposer des plaintes auprès des entreprises d’IA, soutenues par des cadres réglementaires et des mesures d’application. De telles mesures pourraient inclure des mécanismes de consentement centrés sur l’utilisateur ou l’utilisatrice et des évaluations d’impact sur les droits de la personne.  

Guerre épistémologique, mésinformation et désinformation 

Alors même que les personnes œuvrant en recherche et dans les professions des sciences humaines exprimaient leur inquiétude face aux risques liés à l’IA, elles se montraient tout aussi préoccupées par ses corollaires : l’amplification des campagnes de mésinformation et de désinformation, alimentées par la guerre épistémologique.  

Un consensus s’est dégagé sur les définitions opérationnelles. La mésinformation désigne une information fausse, inexacte ou trompeuse diffusée par erreur, sans intention malveillante ni volonté de tromper. Les personnes qui partagent de la mésinformation peuvent croire que ces renseignements sont vrais. La désinformation, quant à elle, consiste en de fausses informations délibérément inventées, manipulées ou diffusées dans l’intention de tromper, de manipuler ou de causer du tort. Ces deux pratiques, souvent rendues possibles par l’IA, découlent de dynamiques politiques polarisantes souvent ancrées dans la production de connaissances elle-même. 

On observe des informations erronées et de la désinformation dans de nombreux domaines du discours public, notamment dans le débat actuel sur le nombre de personnes étudiantes étrangères. En janvier 2024, l’IRCC a imposé des plafonds à cette catégorie de personnes nouvellement arrivées, ce qui a coïncidé avec une baisse de 30 % du soutien moyen de la population canadienne à l’égard de l’immigration en général, selon les sondages. Hijin Park a souligné que des récits erronés et largement diffusés, selon lesquels les personnes étudiantes étrangères seraient à l’origine de la crise du logement, aggraveraient la polarisation et augmenteraient les niveaux de menace pour la sécurité et contribueraient à cette situation. Elle soutient que ces clichés trompeurs occultent la pertinence des arguments en faveur de la justice en matière de mobilité, qui révèlent comment la migration est souvent le fruit de dynamiques coloniales. Dans le cadre d’entrevues menées auprès de personnes étudiantes, ses travaux ont mis en évidence leur prise de conscience de l’impact des politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions financières internationales. Ces régimes fiscaux contraignent les pays du Sud global à réduire drastiquement leurs dépenses en éducation, ce qui accroît la demande mondiale en matière d’éducation dans les pays du Nord. Les marchés de l’éducation protégés ont donc la capacité d’augmenter les frais de scolarité et autres coûts aux personnes étudiantes étrangères de manière discriminatoire, perpétuant ainsi les schémas de transfert de richesse du Sud vers le Nord qui existaient avant l’indépendance. Les données qualitatives de Park remettent également en cause les discours sur l’homogénéité des personnes étudiantes étrangères, en révélant des tensions entre les communautés et des obstacles disparates. Cependant, les facteurs et les causes qui permettent à ces fausses affirmations de gagner du terrain et de se propager rapidement restent obscurs. Des recherches supplémentaires seraient bénéfiques tant pour le milieu de la recherche que pour les personnes responsables de la prise de décisions. 

Certaines croyances erronées et issues de la désinformation découlent de conflits plus profonds et plus vastes liés à la production du savoir. Les chercheuses et les chercheurs ont expliqué comment la « guerre épistémologique » peut prendre plusieurs formes. 

Ubaka Ogbogu a mis en lumière le racisme épistémologique au sein des pratiques de gouvernance en médecine régénérative. La gouvernance mondiale est actuellement dominée par les perspectives occidentales, tandis que les perspectives du Sud en matière de médecine régénérative sont exclues sous prétexte qu’elles n’existent pas. Des essais cliniques de premier plan, adaptés aux besoins locaux et menés en Chine, en Inde et en Égypte, contredisent ces malentendus normatifs. L’invisibilité, soutient Ogbogu, est une forme d’injustice épistémique.  

Un type de lutte similaire persiste dans les débats sur l’alphabétisation. Dans ce contexte toutefois, la question de savoir qui a le droit de produire du savoir est remplacée ou subsumée dans la question plus large de savoir si la production de savoir doit tenir compte des dimensions culturelles et contextuelles. Melanie Janzen définit les enjeux de cette lutte. D’une part, une approche précoce de l’alphabétisation axée sur le développement met l’accent sur la lecture répétitive de mots. Il s’agit d’une approche centrée sur le code, impliquant généralement l’utilisation de la méthode phonétique, qui tire sa légitimité des sciences cognitives. D’autre part, une approche centrée sur le sens utilise des images et des sons, et pas seulement des lettres, pour accélérer l’acquisition du langage. La contextualisation de l’objectif d’apprentissage, en illustrant des valeurs, des croyances et des comportements à travers les mots et les lettres, tire parti de l’expérience de l’apprenant ou de l’apprenante.  

Entre ces deux positions, Janzen voit d’un mauvais œil l’approche axée sur le code, qu’elle considère comme un vecteur d’objectifs cachés et axés sur le profit. Par le biais d’une normalisation qui élimine la complexité, le contexte culturel et l’émotion, les approches axées sur le code s’alignent sur les projets de privatisation et d’expansion à l’échelle des grandes entreprises. Les approches axées sur le code ont également été récupérées par les défenseurs des « droits parentaux » qui cherchent à effacer la diversité de l’apprentissage au moyen d’arguments constitutionnels contestés. Ils invoquent également la légitimité scientifique, comme si une approche axée sur le sens n’avait aucune validation empirique. Pour Janzen, l’appartenance et le lien sont essentiels à la maîtrise de la langue. À ce titre, les « guerres de la lecture » ne sont pas des quêtes épistémologiques dénuées de valeurs; il s’agit d’un combat politique.  

Nikki Martyn étend les notions d’appartenance et de lien au-delà du langage pour les intégrer au domaine de la littératie numérique chez l’enfant en introduisant le modèle neurorelationnel de l’amour dans le débat. Cherchant à développer des approches correctives efficaces face à la mésinformation et à la désinformation, Martyn s’appuie sur les neurosciences et l’éthique du développement précoce pour recommander un retour à la sécurité émotionnelle, à la corégulation et à l’appartenance relationnelle comme stimulus principal du développement cognitif et comme moyen de réduire l’attachement algorithmique. En d’autres termes, « avant d’apprendre quoi croire, les enfants apprennent à qui faire confiance, qui aimer et avec qui créer des liens. L’amour, c’est l’expérience d’être vu, entendu, compris et valorisé. Lorsque les enfants ne bénéficient pas d’un amour et d’un sentiment d’appartenance fondés sur des bases neurologiques, le lien relationnel peut plus facilement être supplanté par l’engagement algorithmique. »  

Une question peut toutefois se poser : comment atténuer les héritages culturels profondément polarisants présents chez les parents et au sein des communautés, tant avant qu’après l’entrée en contact des enfants avec la technologie? Le racisme, la misogynie, l’antisémitisme, l’islamophobie, le capacitisme, l’homophobie et la transphobie s’appuient certes sur l’IA pour se propager, mais ils persistent également de manière indépendante. Je me demande si l’amour familial, faiblement ancré dans les valeurs collectives que sont les droits de la personne, la dignité, l’équité et l’inclusion, offre la même promesse.  

L'espoir 

L’espoir était un thème récurrent dans plusieurs séances auxquelles j’ai assisté. Dans un cas, il en était la pièce maîtresse. Lors de la table ronde intitulée « Mettre en lumière l’espoir dans l’enseignement supérieur », animée par Christie Schultz, Jessica Riddell, Karine Morin, Carrie Smith, Tamara Leary et Malinda Smith, les panélistes ont souhaité que ce concept soit plus qu’un simple sentiment, mais plutôt un ensemble de pratiques délibérées et de mesures concrètes. Elles ont fait valoir que les disciplines des sciences humaines doivent continuer à donner la priorité au développement humain éthique et au pluralisme en cultivant la liberté de penser de manière critique. Les milieux de l’enseignement supérieur devraient favoriser la dissidence constructive et la résistance à la simplification. En ce sens, Smith a réitéré les points de vue exprimés dans ses travaux récents : « L’espoir naît lorsque les gens découvrent que leur identité et ce qu’ils apportent comptent pour la vie intellectuelle de l’établissement, non pas malgré leurs différences, mais grâce à elles. Pour cultiver l’espoir, nous devrons également nous pencher sur les cas où les établissements rendent involontairement invisibles les histoires, les voix et l’humanité »1 .  

L’enseignement supérieur favorise tant l’épanouissement personnel que la mobilité sociale. Les données relatives à ce dernier avantage demeurent convaincantes, même dans l’ère post-COVID. Il reste toutefois du chemin à parcourir, comme l’a clairement mis en évidence le panel consacré à la préparation à la carrière des personnes en doctorat et en stage postdoctoral. Un panel diversifié de titulaires de bourses du CRSH, qui tracent des parcours pour des carrières académiques alternatives, a plaidé en faveur d’une plus grande reconnaissance des candidatures s’appuyant sur des connaissances issues de la communauté et sur des partenariats avec des entités non académiques. Ces dernières années, des avancées ont été observées dans ces directions, mais les préjugés à l’égard de la recherche engagée auprès des communautés et de la mobilisation des connaissances semblent persister tant au niveau des organismes de financement qu’au niveau institutionnel. Cela pourrait avoir des répercussions disproportionnées sur les chercheuses et chercheurs issus de groupes racialisés qui se consacrent à des recherches qualitatives axées sur l’équité au sein de leur communauté. 

Comme le laisse entrevoir le paragraphe précédent, l’espoir se nourrit à la fois d’une éthique et se construit grâce à des structures et à des ressources durables. Morin a rappelé à l’auditoire que le Sommet Voir Grand avait été conçu comme une occasion de rassembler la communauté à la suite de l’annulation du Congrès 2026. Morin a également souligné le lien qui unit le CRSH, la Fédération et les membres des sciences humaines, lien qui n’a pas d’équivalent dans les domaines des STIM ou de la santé. Ainsi, l’écosystème des sciences humaines dispose de mécanismes permettant d’influencer les politiques, ce dont d’autres domaines sont dépourvus. Parmi les autres caractéristiques structurelles, Morin a également noté que le programme « Dimensions » du CRSNG, lancé en 2018, a été renouvelé.  

Une architecture solide de l’EDID sert de pont et de rempart contre la vague croissante de polarisation et de méfiance. Ensemble, la Fédération, les membres des sciences humaines, les partenaires et les personnes participantes pourraient souhaiter renforcer davantage ces fondements structurels. 

Conclusion et prochaines étapes 

Comme indiqué au début, ce résumé fait suite à une recommandation du rapport « Créer une étincelle pour le changement » visant à « appuyer et évaluer » les activités de la Fédération dans une perspective d’EDID. Je propose les observations finales suivantes en réponse à cette orientation. 

  • Dans l’ensemble, j’ai constaté que des efforts considérables avaient été déployés pour assurer un accès équitable au site et aux séances, grâce à une attention particulière portée à la sélection et à l’aménagement des espaces physiques ainsi qu’à l’exécution logistique. Les possibilités d’amélioration identifiées sont modestes lorsqu’on les considère dans un contexte plus large; toutefois, cette mise en perspective ne doit pas être interprétée comme une minimisation de l’importance des changements nécessaires à l’avenir. 
  • Lors des prochains événements, j’entrevois des occasions supplémentaires de collaboration entre les chercheuses et chercheurs autochtones en sciences humaines, ainsi qu’entre les milieux de la recherche et de la pratique autochtones et non autochtones, afin de favoriser des collaborations interdisciplinaires et d’élargir l’ambition de décoloniser la recherche. 
  • Les considérations relatives à l’EDID ne semblent pas se limiter aux projets de recherche axés sur l’EDID et apparaissent régulièrement aux étapes de la formulation des questions, de la conception et de l’analyse, quel que soit le sujet de la présentation. Cette présence systématique a enrichi les travaux de recherche présentés.  Parfois, on avait l’impression que le potentiel n’était pas pleinement exploité. Dans ces cas-là, une exploration plus approfondie des implications de l’EDID aurait très bien pu enrichir et remettre en question la synthèse des données.  
  • Dans un esprit d’inclusion, tel que je l’ai évoqué dans l’annexe, des travaux interdisciplinaires supplémentaires entre les domaines bien représentés lors des événements de la Fédération et des domaines tels que le droit et l’économie, qui peuvent être sous-représentés, sont les bienvenus. Le développement des collaborations entre les milieux de la recherche en sciences humaines et en sciences, technologies, ingénieries et mathématiques (STIM) est extrêmement prometteur. 
  • Malgré un large consensus sur de nombreuses questions, j’ai perçu certaines différences de perspective, ou du moins d’accent, entre les panélistes dans leur compréhension de l’histoire, des concepts, des stratégies et des pratiques de l’EDID dans les politiques publiques et le discours. Ces différences pourraient représenter une occasion d’élargir le débat académique et public. J’espère que les propositions relatives à l’utilisation des concepts de l’EDID figurant dans l’annexe ci-jointe serviront de point de départ à un engagement accru au sein de la Fédération, de ses associations membres et de ses établissements. 

Mais les recommandations du rapport vont au-delà des interventions programmatiques. À divers égards, le document souligne la nécessité d’un changement structurel, politique, procédural et de gouvernance aux niveaux institutionnel et systémique. Inspirée par le rapport et forte des conclusions d’une consultation communautaire, la Fédération a publié plus tôt cette année « Inflection Point », un plan stratégique quinquennal dans lequel l’EDID évolue pour s’éloigner de ses formes tactiques et ponctuelles et devient un catalyseur stratégique pour tous les buts et objectifs opérationnels. Alors que l’organisation élargit son soutien aux milieux de la recherche en sciences humaines l’EDID occupe une place prépondérante dans cette réorientation.  

Annexe 1 – Utilisation des concepts et de la méthodologie 

Dans ce résumé, je m’en tiens largement aux principes2 exposés dans le rapport « Créer une étincelle pour le changement » et je ne porte qu’une réflexion complémentaire sur trois d’entre eux – l’équité, la diversité et l’inclusion – selon ma propre perspective. Mon objectif est d’engager un dialogue constructif avec les auteurs du rapport, dont l’expertise est largement reconnue et très réputée. Je le fais afin de réfléchir à la tendance, observée dans la littérature au-delà du rapport, à utiliser les termes de l’acronyme EDID de manière interchangeable, ce qui obscurcit souvent la conversation au lieu de la clarifier. Dans cette section, je tente de mettre en lumière certaines distinctions tout en restant fidèle à l’esprit et aux conclusions de l’œuvre prodigieuse qui m’a précédé. 

Équité 

« L’équité concerne la justice et l’équité »3 . Telle est la définition fondamentale et succincte qu’en donne Créer une étincelle pour le changement à ce terme. Au sein du milieu universitaire et de l’écosystème académique, l’équité implique de reconnaître que les personnes accèdent à certains espaces avec des avantages et des désavantages relatifs, souvent en raison de dynamiques systémiques historiques et contemporaines d’oppression et de privilège. Une telle reconnaissance exige que des mesures proactives soient prises pour démanteler les obstacles, assurer une répartition équitable des ressources, stimuler un changement culturel, promouvoir une représentation équitable et remettre en question les mécanismes de pouvoir et de gouvernance. En droit constitutionnel et en droit des droits de la personne, certains groupes démographiques et leurs intersections sont reconnus comme étant touchés par ces dynamiques historiques et systémiques; ils comprennent, sans s’y limiter, des catégories fondées sur l’identité et construites socialement, telles que l’âge, la race, l’ethnicité, le pays d’origine, la croyance, le handicap, le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression de genre. Ainsi, la réflexion et l’action en matière d’équité se concentrent sur ces identités autodéclarées et ces catégories de construction sociale. J’affirme que le droit constitutionnel et le droit des droits de la personne sont étroitement liés aux principes d’équité, en particulier en ce qui concerne la législation sur l’équité en matière d’emploi et le concept juridique d’égalité réelle; mais les distinctions entre le droit et les principes sont également importantes. Dans le cadre de ce résumé, je fais référence au principe d’équité non pas sous sa forme de conformité juridique, mais uniquement sous sa forme éthique – la responsabilité d’exiger l’équité et la justice dans les occasions et les expériences. 

Diversité 

Dans Créer une étincelle pour le changement, l’utilisation du mot « diversité » est envisagée dans de multiples contextes, notamment en tant que descripteur social ou démographique. Je m’appuierai sur cet usage fondé sur l’identité pour le présent résumé. De plus, bien que cela puisse être sous-entendu dans le rapport, je pense qu’il est important de préciser expressément que ce groupe comprend également les hommes blancs hétérosexuels (non racialisés, non autochtones), non pas en tant que motif protégé par la législation sur les droits de la personne, mais comme une composante de la diversité sociale humaine et sociale. De même, les peuples autochtones, en tant que membres de nations souveraines, ne sont pas « divers »; toutefois, lorsqu’il s’agit de comprendre les expériences des peuples autochtones de ce territoire, ils peuvent constituer des groupes démographiques distincts aux fins de l’analyse. Enfin, la différence linguistique dans notre contexte national constitue une autre source de différence fondée sur l’identité. Le fait de reconnaître que la dualité linguistique et l’identité souveraine bénéficient d’un traitement constitutionnel particulier sert à affirmer, plutôt qu’à déroger à leur spécificité démographique dans le contexte de l’EDID. Il convient également de réserver une place aux différences et aux disparités socio-économiques. Quelques personnes considèrent que cette grande variance est propice, voire favorable, à la diversité des pensées et des expériences. L’intégration de cette perspective ne me pose aucun problème et, du point de vue de l’EDID,j’ai tendance à la trouver utile. La diversité, dans ce sens global, descriptif et démographique, ne comporte aucun contenu éthique tel que celui inévitablement lié au concept d’équité.  

Inclusion et excellence inclusive 

J’ai souligné plus haut que, dans le discours public et académique, on est souvent tenté d’utiliser indifféremment les différents termes composant l’acronyme EDID. Cela vaut peut-être tout particulièrement pour les emplois du terme « inclusion ». Pour mieux éviter ce piège, je trouve utile de mettre l’accent sur la caractéristique déterminante de ce concept. L’inclusion signifie « tout le monde ». Dans son champ d’application, il n’y a guère, voire pas du tout, d’attention asymétrique accordée aux populations protégées par la Constitution. Agir ainsi irait à l’encontre de la responsabilité et de l’engagement universels. Se concentrer sur les populations protégées constitue le travail difficile et préalable en matière d’équité auquel l’inclusion doit beaucoup. Les milieux inclusifs sont exempts de harcèlement et de discrimination; c’est là que l’équité est pleinement réalisée et que les intérêts souverains trouvent une expression significative en tant que conditions préalables nécessaires. Autrement dit, les droits de la personne, l’équité et le respect des intérêts souverains autochtones ne sont que les conditions préalables à l’inclusion, et non l’inclusion elle-même. Je plaide en faveur d’une distinction essentielle et plus nette entre ces concepts. L’inclusion n’est possible qu’une fois que les promesses relatives aux droits de la personne, à l’équité et à une décolonisation significative ont été tenues4 . Une fois ces conditions préalables en place et la culture imprégnée de justice et d’équité, l’inclusion devient la pratique continue qui consiste à valoriser et à cultiver la différence afin que chaque personne puisse réaliser son potentiel et s’investir pleinement au service d’objectifs communs clairement définis. De plus, c’est ce qui se produit lorsque « nous concevons dès le départ nos espaces éducatifs, [de recherche, de travail] et culturels de manière à ce qu’ils puissent être pleinement utilisés par tous les peuples et toutes les communautés5 ».  Enfin, s’appuyant sur le socle de la sécurité psychologique et portée par la conception universelle, la compétence interculturelle6, l’humilité et la curiosité, l’inclusion est ce qui se produit lorsque les frontières de la différence, tant ontologiques que disciplinaires, se remettent librement en question et convergent dans une relation mutuellement immersive et dynamique. Dans cet état, les façons d’être et de savoir se transforment. L’inclusion devient le processus et l’excellence inclusive en est le produit – un résultat naturel et organiquement génératif de l’inclusion7 . Compte tenu de cette vision, où il faut consacrer du temps et des efforts pour créer des conditions socialement mûres, l’inclusion émerge plus souvent dans de petits contextes. À l’échelle de la population, où de telles conditions sont plus difficiles à mettre en place à grande échelle, l’inclusion devient la destination à l’horizon de l’expérience politique et économique humaine. L’inclusion existe en tant qu’objectif, ce pont sincèrement « doux » vers notre avenir commun, si rarement présent dans notre réalité actuelle. 

Méthodologie 

Après avoir défini une approche pour mon expérience au Sommet EDID, je me suis lancé avec enthousiasme dans un exercice de trois jours d’écoute active. Parmi les séances auxquelles j’ai assisté, j’ai discerné plusieurs thèmes que je relate dans ce résumé : (1) Espaces physiques et logistique; (2) Décolonisation; (3) Résilience démocratique; (4) Avenirs inclusifs de l’IA; (5) Guerre épistémologique, mésinformation et désinformation; et (6) Espoir. Comme on pouvait s’y attendre, il existait des points de connexion et de transition entre ces thèmes. J’ai consigné ma compréhension de ces thèmes et certaines des façons dont ils exploitent les possibilités analytiques de l’EDID dans les pages qui suivent.