Rapport sur la collaboration et les communautés de pratique présenté lors du Sommet Voir Grand

Rapport
31 août 2026

Le Sommet Voir Grand 2026 : Point d’Inflexion a inauguré un nouveau type d’événement de la Fédération des sciences humaines. Conçu à partir d’un appel ouvert de propositions interdisciplinaires, il a créé un forum national pour explorer les contributions des connaissances en sciences humaines à la vie publique.

Plusieurs personnes participantes et intervenantes ont été invitées à porter un regard de rapporteur sur l’événement. Choisies pour les perspectives individuelles qu’elles apportaient au Sommet, elles ont livré leurs réflexions sur les échanges auxquels ils ont assisté au fil du programme.  


Rapport sur la collaboration et les communautés de pratique présenté lors du Sommet Voir Grand

Par Gabriel Flacks, professeur de sciences humaines au Champlain College et cofondateur de Linkr

Contexte 

Lors du Sommet Voir Grand de la Fédération des sciences humaines, qui s’est tenu du 8 au 11 juin 2026, j’ai été invité à agir à titre de rapporteur. Je devais me concentrer sur la manière dont la Fédération pourrait améliorer la communication et la collaboration au sein de son réseau afin d’appuyer les mesures clés énoncées dans son plan stratégique 2026-2030, notamment : 

  • Accroître l’impact par le plaidoyer et l’engagement du public 
  • Renforcer la communauté par le développement des capacités, en aidant les chercheuses et chercheurs et les leaders à s’engager, à collaborer et à jouer un rôle de premier plan à l’échelle nationale 
  • Réimaginer de nouvelles façons de se réunir en faisant évoluer le Congrès et en développant des occasions flexibles, tout au long de l’année, d’échanges significatifs. 

Mon invitation à occuper ce rôle reposait sur ma vaste expérience des communautés de pratique en éducation, qui servent de moteurs à la collaboration et à l’innovation.  

Mes recherches universitaires portent sur la philosophie (maîtrise) et les sciences cognitives (doctorat en cours). Depuis 2006, j’enseigne et je coordonne le département des sciences humaines au Collège Champlain, à Saint-Lambert. S’inspirant de mes recherches, mes cours sur les sciences cognitives, la pensée critique, la philosophie des sciences et l’éthique intègrent toujours l’apprentissage par l’expérience, notamment par le biais d’Échanges virtuels, de projets de service communautaire, de portfolios d’étudiantes et d’étudiants et de la création de communautés en ligne. Au cours des dix dernières années, j’ai également dirigé l’élaboration et la coordination du programme de certificat en apprentissage expérientiel (en anglais uniquement) du Collège.  

J’ai eu le privilège de travailler au sein d’un établissement qui a toujours soutenu ces initiatives, mais même avec un appui administratif, la mise en œuvre de tels programmes s’est avérée presque impossible au départ, en raison des limites des logiciels utilisés sur le campus. Les technologies éducatives ont rarement été conçues pour favoriser la collaboration entre les campus, l’autonomie des étudiantes et étudiants ou les liens entre le milieu académique, la communauté et l’extérieur du campus. C’est ce qui m’a inspiré à développer des technologies visant à soutenir ces approches de l’enseignement supérieur.  

En 2016, j’ai cofondé Linkr (en anglais uniquement), une entreprise qui offre des plateformes sécurisées, confidentielles, sociales et personnalisables aux communautés d’apprentissage de toutes formes et de toutes tailles. Linkr a accompagné des dizaines d’établissements, d’organismes et de programmes confrontés à des changements technologiques, économiques et culturels rapides et persistants. Toutes les parties intéressées des universités et des collèges sont confrontés à des répercussions et à des défis considérables en raison des bouleversements causés par l’IA, des attaques contre la crédibilité de la recherche, du scepticisme quant à la valeur des diplômes et de la restructuration financière. Renforcer la communication et la collaboration au sein et à l’extérieur de notre communauté est un moyen pour l’enseignement supérieur ainsi que les sciences humaines de clarifier et d’affirmer notre pertinence, tout en permettant à nos disciplines de participer à la création d’un avenir meilleur pour le Canada.  

Études de cas 

Les panélistes du Sommet ont présenté des études de cas inspirantes illustrant comment les sciences humaines réagissent à ce tournant décisif. Le Sommet lui-même a amplifié la voix de membres novateurs et a offert aux participantes et participants des pistes de collaboration, renforçant ainsi la communauté. Au cours des trois jours du Sommet, j’ai découvert comment les modèles pédagogiques sont mis à jour, comment les possibilités de recherche sont élargies et comment les liens communautaires sont tissés par les établissements. Il est apparu clairement que la Fédération des sciences humaines se trouve bien placée pour soutenir ses membres dans leur réponse à ce moment décisif en donnant suite à son plan d’action et en bâtissant sa propre communauté en ligne avec diverses communautés de pratique, un désir de collaboration que de nombreux panélistes et participants ont souligné pendant le Sommet.  

Le bibliothécaire en chef de l’Université de l’Alberta, le Dr Dale Askey, a évoqué, lors d’une table ronde sur « l’innovation en recherche », un « malaise lié à l’hyperspécialisation » qui entrave la recherche et la pédagogie dans l’enseignement supérieur. Si des cultures propres à chaque discipline émergent pour de bonnes raisons – l’expertise engendrant la spécialisation et les néologismes –, les méthodologies et le vocabulaire cloisonnés nuisent à la clarté de la communication, limitent la collaboration et entravent la généralisation de pratiques innovantes et percutantes.  

Une telle hyperspécialisation freine les progrès collaboratifs au sein des établissements et entre eux, et réduit la capacité du public à reconnaître et à tirer parti de la recherche.  

Lors d’une séance intitulée « Réimaginer l’enseignement supérieur », Shauna Hingston, du Bureau de la sécurité publique de l’Alberta, a décrit son rôle dans l’élaboration de politiques liées à la préparation aux catastrophes. Elle a participé à l’événement dans l’espoir de renforcer davantage le lien entre la recherche et les politiques, mais a souligné les défis liés à l’accès à la recherche pertinente pour une personne n’appartenant pas au milieu académique. Une occasion d’amélioration à cet égard s’offre à nous et, comme l’a illustré Hingston, elle est recherchée par celles et ceux qui ne font pas partie du milieu académique ; elle est ressentie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des milieux académiques et ouvre la voie à une meilleure communication des résultats de recherche existants afin de faciliter l’accès et de créer des occasions. 

La séance intitulée « Échange et mobilisation des connaissances » a décrit cela comme la nécessité de « relier les connaissances à l’influence ». Les participantes et participants ont discuté de la manière dont ces « vecteurs d’influence » peuvent être mis en œuvre et suivis, en encourageant et en multipliant les approches visant à aider le public à reconnaître les répercussions concrètes de la recherche en sciences humaines. La Fédération peut ici jouer un rôle clé en soutenant ses membres par le partage de stratégies visant à mobiliser la recherche et à en suivre l’impact, non seulement par le biais des citations, mais aussi dans des contextes communautaires non académiques. Les résultats issus de la recherche en sciences humaines sont de plus en plus recherchés, non seulement sous forme de résultats quantitatifs, mais aussi en tant que perspectives qualitatives capables d’inspirer et d’orienter les fonctionnaires, les leaders de l’industrie, les ONG et la population canadienne qui cherche à bâtir un Canada sain, fort et sécuritaire.  

La collaboration institutionnelle avec les personnes occupant des postes de décision en matière de politiques publiques et les communautés dont font partie les établissements académiques est un moyen de mettre en valeur et de renforcer cet impact. Au-delà de la recherche, la création d’occasions pédagogiques collaboratives entre le milieu académique et la communauté peut appuyer ce message, en mettant la recherche académique en contact avec les membres de la communauté. Cela permet également de moderniser le travail en classe, garantissant ainsi sa pertinence pour les étudiantes et les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs, tout en développant les compétences du XXIesiècle favorisées par l’étude de nos disciplines, notamment la communication, la créativité, la pensée critique, la maîtrise de l’information et la compréhension des liens entre le passé, le présent et l’avenir du Canada. De nombreuses présentations, y compris la mienne sur le programme d’apprentissage  du Collège (en anglais uniquement), ont mis en évidence le nombre d’établissements qui s’engagent dans cette voie. 

Dans la présentation intitulée « Comment pouvons-nous favoriser et développer des universités innovantes tournées vers l’avenir ? », des conférenciers et conférencières de l’Université Olin de Boston ont illustré une approche d’apprentissage par projet et expérientiel à l’échelle de l’établissement. Toute la communauté étudiante participe à un apprentissage par projet et à des modèles d’ingénierie collaborative, souvent en partenariat avec des entreprises locales, ce qui permet aux apprenantes et apprenants de constater l’impact direct de leur formation et son lien avec la vie extra-académique. La présentation a montré comment Olin est bel et bien « une institution dynamique et avant-gardiste qui transforme la façon dont l’ingénierie est définie, enseignée et dont un ingénieur peut servir les gens et la planète ». Les panélistes de cette séance ont mis en avant leurs approches de classe inversée, notamment à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong (Guangzhou), où de nombreux cours adoptent des méthodes d’apprentissage actif pour relever les défis communautaires.  

Louisa Cruz, de l’Université métropolitaine de Toronto, a animé un atelier pratique unique en son genre, au cours duquel les participantes et participants ont pu découvrir comment de telles approches actives en classe peuvent permettre à chacune et chacun de développer et de mettre à profit sa propre créativité et ses compétences en leadership, éléments clés de la recherche-création universitaire et de plus en plus essentiels dans l’air du temps actuel. J’ai abordé cet atelier animé, divisé en plusieurs étapes, avec curiosité, et j’ai finalement apprécié la façon dont l’atelier de Cruz a donné à chaque personne le temps de mener une réflexion sur sa propre manière d’apprendre, puis, en partageant nos diverses approches, a illustré l’intérêt de réunir des collaborateurs et collaboratrices ayant des approches différentes en matière de production de connaissances. 

À l’issue de la partie pratique de l’atelier, plusieurs participantes et participants ont souligné le caractère inclusif inhérent à ces méthodes, car elles offrent un espace où divers « styles » de processus créatifs sont valorisés, ouvrant ainsi la voie aux approches autochtones de la connaissance et de l’apprentissage. Le Sommet lui-même a soigneusement mis à l’honneur les modes de savoir autochtones tout au long de l’événement. Jerry et Jo-Ann Saddleback ont contribué à l’ouverture de l’événement aux côtés de Karine Morin, présidente de la Fédération, en respectant et en reconnaissant les différences culturelles afin d’ouvrir le dialogue. Ce coup d’envoi a illustré comment ce type de dialogue interculturel constitue un exemple concret de ce que Saddleback appelle la « magie des êtres humains », c’est-à-dire notre capacité à échanger des idées et des récits.  

La célèbre journaliste et autrice Tanya Tanaga a porté ce thème de l’écoute des voix autochtones à l’échelle nationale dans son discours d’ouverture du 9 juin. Tanaga a insisté sur le fait que le Canada doit mieux veiller à ce que les récits des peuples autochtones soient organisés et rendus accessibles, et elle a pris la responsabilité de recueillir et de partager ces récits en menant des recherches à cette fin. Ces recherches ont fourni la matière première de son travail. Elle a toutefois expliqué à quel point il a été difficile de trouver ces renseignements. Les disciplines des sciences humaines, avec l’aide de la Fédération, peuvent jouer un rôle à cet égard en tant que gardiennes et « contextualisatrices » de ces récits.  

Le Dr Wendell Nii Laryea Adjetey, dans le cadre d’une table ronde sur la Résilience démocratique, a fait écho aux messages de Tanaga. Même si le passé est peut-être marqué par l’injustice et la souffrance, nous ne pouvons pas nous permettre de faire comme s’il n’existait pas ; c’est en reconnaissant les comportements du passé que nous sommes le mieux à même de prendre des décisions concernant nos actions futures. C’est en approfondissant notre compréhension de la manière dont nous en sommes arrivés là en tant que société que nous pouvons envisager un avenir meilleur. Pour reprendre les mots d’Adjetey, « il y a de l’espoir dans la connaissance ». 

Conclusion 

Ce fut un privilège de pouvoir participer au Sommet, où j’ai pu constater directement la valeur de la collaboration au sein de la Fédération. Je me réjouis désormais d’appuyer la Fédération dans sa réflexion sur la manière dont tous ses membres peuvent s’engager dans une collaboration accrue entre les disciplines et les communautés.  

La Fédération met en place de nouvelles Communautés de pratique, offrant à ses membres et à l’ensemble de la communauté des sciences humaines des voies simplifiées vers la collaboration et la communication entre les disciplines, les établissements et les secteurs. Des Communautés de pratique nées lors du Sommet Voir Grand voient déjà le jour. Le groupe « Impact de la recherche » (en anglais uniquement) permet aux participantes et participants d’explorer des stratégies pour mettre en valeur l’impact de la recherche en sciences humaines. Un autre groupe explore « L’avenir des sciences humaines », ouvrant de larges discussions sur l’avenir que nous construisons collectivement. 

Si vous avez des idées concernant d’autres Communautés de pratique que vous aimeriez diriger ou auxquelles vous aimeriez vous joindre, n’hésitez pas à communiquer directement avec moi ou à les partager sur la plateforme (en anglais uniquement). Nous avons tous l’occasion non seulement d’imaginer, mais aussi de mettre en œuvre et d’incarner de nouvelles approches permettant aux chercheuses et chercheurs et aux enseignantes et enseignants en sciences humaines d’avoir un impact sur le monde. Mettons-nous au travail, ensemble.